"Soy Nero", portrait d'un immigrant mexicain et fable sur l'exil

"Soy Nero" de Rafi Pitts
"Soy Nero" de Rafi Pitts - © DR

Ils sont immigrants et s'enrôlent dans l'armée pour obtenir la citoyenneté américaine: le parcours des "green card soldiers" est au coeur du film "Soy Nero" de Rafi Pitts, portrait de l'un d'entre eux et fable sur l'exil.

Le film raconte l'histoire de Nero (Johnny Ortiz), 19 ans, fils d'immigrés mexicains illégaux, qui a grandi en Californie avant d'être expulsé au Mexique.

Il décide de repasser la frontière pour retrouver son frère à Los Angeles et se résout à entrer dans l'armée américaine pour échapper à sa vie de clandestin.

Il rejoint alors les rangs des "green card soldiers" venus du monde entier, avec en ligne de mire la citoyenneté américaine au bout de deux ans.

"Au départ, je voulais faire un film sur l'immigration. J'ai choisi le lieu, les Etats-Unis, parce que je trouvais que c'était le seul pays qui était réellement composé d'immigrés", a raconté à l'AFP le réalisateur iranien Rafi Pitts, 49 ans, fils d'un Anglais et d'une Iranienne, qui a quitté son pays à la fin des années 1970 pour la France et le Royaume-Uni.

"Je voulais savoir quelle était la façon la plus rapide pour avoir la citoyenneté américaine et j'ai vu que c'était comme +green card soldier+. Après, je suis parti à la recherche des vrais +green card soldiers+", a ajouté le réalisateur, qui a passé un an aux Etats-Unis pour préparer le film.

"On en parle très peu, c'est presque tabou, mais cela existe depuis la guerre du Vietnam", explique-t-il.

"Le fameux +Patriot Act+, décidé par George Bush après le 11 septembre et qui durcissait la chasse aux immigrants, comprenait aussi un volet +Dream Act+, qui permettait aux migrants illégaux de rejoindre l'armée américaine pour devenir +green card soldier+ et éviter l'expulsion", poursuit-il. "Beaucoup d'hispaniques ont rejoint l'armée américaine après le 11 septembre."

Conçu comme une fable sur l'exil, "Soy Nero", présenté en compétition à la dernière Berlinale, se montre critique envers les Etats-Unis mais parle aussi plus largement de la question de l'appartenance à un pays.

Le film, qui n'est pas encore sorti aux Etats-Unis, y sera projeté pour la première fois lors d'un festival fin octobre à Miami.

"Je ne désespère pas qu'on arrivera à le sortir (là-bas). Mais c'est vrai que je ne m'attendais pas à ce que le film dérange à ce point", souligne Rafi Pitts.

"Le problème des +green card soldiers+ est gênant pour les Démocrates et les Républicains. (...) Peut-être que c'est pour ça aussi qu'un distributeur est gêné par le fait de le sortir en ce moment", poursuit-il. Dans la campagne, "on ne parle pas des +green card soldiers+".