"Snowpiercer": une Arche de Noé futuriste pilotée par Bong Joon-Ho

L'affiche du film "Snowpiercer" avec Tilda Swinton
L'affiche du film "Snowpiercer" avec Tilda Swinton - © ©All Rights Reserved

Oeuvre d'anticipation magistrale, le film "Snowpiercer" du Sud-Coréen Bong Joon-Ho nous emporte en 2031 dans un monde figé dans la glace où le dernier refuge de l'humanité est un train, Arche de Noé infernale livrée à l'arbitraire.

Projeté samedi soir à l'issue de la cérémonie de remise des prix du Festival du film américain de Deauville, "Snowpiercer" est le premier film de Bong Joon-Ho tourné en langue anglaise et un tour de force pour le réalisateur puisque toute l'action se situe dans un train en mouvement. C'est aussi le dernier film tourné sur pellicule en Corée, regrette-t-il.

"J'ai toujours été littéralement obsédé par les trains, avec leurs déplacements magnifiques et graphiques. Et puis c'est un espace confiné, ce qui représente un défi en termes de mise en scène. Les réalisateurs adorent ça!", explique Bong Joon-Ho, qui a déjà signé "Memories of Murder", "The Host", "Mother" et "Shaking Tokyo", l'un des films du triptyque "Tokyo!" coréalisé par Michel Gondry et Leos Carax.

Décors époustouflants à l'intérieur du train, reconstitué dans les studios Barrandov en République tchèque, paysages glacés post-apocalyptiques et suspense au rythme effréné, "Snowpiercer" est une coproduction internationale qui réunit un casting de choix.

On y retrouve Chris Evans ("Captain America"), Ed Harris ("Les chemins de la liberté"), Tilda Swinton ("Moonrise Kingdom"), Jamie Bell ("Billy Elliot"), John Hurt ("Melancholia"), ainsi que Song Kangho et Ko Asung ("The Host").

BD culte

"Snowpiercer" est librement adapté de la bande dessinée culte "Le Transperceneige" (1983), avec Jacques Lob au scénario et Jean-Marc Rochette au dessin. Rochette a fait revivre le train fin 1999, scénarisé par Benjamin Legrand, après le décès de Lob. Un 3e volume est paru en 2000 et Casterman publie l'intégrale à l'occasion de la sortie du film. "Le film est extraordinaire, je l'ai déjà vu trois fois", confie à l'AFP Benjamin Legrand.

"J'ai découvert par hasard cette bande dessinée dans une toute petite librairie de Séoul. J'ai tout lu d'une traite, debout dans la boutique. J'étais très jeune mais je me suis dit: +un jour, je l'adapterai au cinéma+", raconte à l'AFP Bong Joon-Ho, 44 ans à la mi-septembre.

"Cette parabole politique est toujours restée présente dans un coin de ma tête. Quand le moment est enfin venu, je me suis senti libre de l'adapter. Cela m'a pris huit ans", ajoute-t-il.

Après une tentative malheureuse pour stopper le réchauffement climatique qui produit l'effet contraire, la Terre est plongée dans une nouvelle ère glaciaire. Les rares survivants ont pris place à bord du "Snowpiercer", gigantesque train condamné à tourner autour de la Terre sans s'arrêter. Dans ce microcosme de métal fendant la glace, la société est hiérarchisée par castes. A l'avant, les wagons de luxe où vit la nouvelle aristocratie. En fin de convoi, les pauvres, réduits en esclavage. Des wagons militaires assurent la sécurité, des wagons potagers l'alimentation.

A la tête de ce système féodal, Wilford (Ed Harris), le concepteur du train, demi-dieu pour les nantis, mal absolu pour les miséreux. Mais la révolution gronde en queue de train.

Curtis, interprété par un très convaincant Chris Evans, décide de remonter tout le train jusqu'à Wilford pour le remplacer par un guide spirituel, le vieux Gilliam (John Hurt). Aidé par le jeune Edgar (Jamie Bell), Curtis et son armée d'insurgés affrontent l'arrogante Mason (Tilda Swinton), de redoutables gardes et mille périls. Parviendront-ils en tête du train?

"Snowpiercer" est déjà un immense succès en Corée du Sud, où il a réuni quelque 10 millions de spectateurs. Aux Etats-Unis, le film d'un peu plus de deux heures devrait être amputé de vingt minutes, avec l'ajout d'une voix off.

 

AFP Relax News