Séries TV américaines: anatomie du couple, de la famille et du groupe social

Leurs fans sont venus en nombre rencontrer leurs auteurs au Festival Séries Mania à Paris cette semaine. Certains "séries maniaques", trop impatients, ont cependant déjà vu l'intégralité des saisons sur internet en "streaming", suivant le rythme de diffusion américain.

"Depuis 10 ans il y a beaucoup moins de créativité au cinéma que dans les séries télévisées", explique à l'AFP Pacôme Thiellement, écrivain, auteur d'essais sur les séries, pour expliquer l'engouement du public. "Le cinéma est devenu extrêmement conformiste, tandis que les séries vont beaucoup plus loin, les possibilités narratives ouvertes sont nombreuses, et la qualité de jeu incroyable."

Don Draper, ce loser

Le créateur de la célébrissime série "Mad Men" née en 2007, Matthew Weiner, qui a également collaboré à l'aventure des "Sopranos", a fait le voyage pour la projection des deux derniers épisodes de la saison 6 au Forum des Images, où il a longuement pris la parole pour en raconter les dessous.

Son héros Don Draper, publicitaire des années 50-60, personnalité complexe aux multiples facettes, pas toutes reluisantes, se révèle être un loser, qui trompe tout le monde: sa famille, ses enfants, ses collègues.

"Il cache un mystère depuis longtemps et ne contrôle plus sa consommation d'alcool, sa vie doit changer", prévient l'auteur.

Anatomie d'un adultère

"The Affair" ("L'adultère") est une autre "success story" de l'Israélien Hagai Levi, auteur de la série "Betipul", adaptée au Etats-Unis sous le titre "In Treatment" ("En thérapie") par son amie Sarah Treem.

La série "The Affair" a été récompensée par un Golden Globe et son premier rôle féminin Ruth Wilson en a reçu un autre. Elle interprète Alison, la ravissante maîtresse de Noah (Dominic West). Chacun de son côté répond à un interrogatoire de police qui enquête sur un crime dont on ne devine rien... Leur relation semble être au cœur de l'affaire. Questionnés sur les circonstances de leur rencontre, l'évolution de leurs rapports, ils livrent leurs souvenirs, leurs visions qui diffèrent systématiquement et en tous points.

"Le conflit moral m'intéresse résolument: dans un monde post-moderne totalement ouvert et permissif, le mariage est un domaine au sein duquel s'exerce une bataille morale", confie Hagai Levi à l'AFP, en qualifiant sa série d'"anatomie d'un adultère".

En principe, il a signé pour trois saisons, mais Hagai Levi se dit prêt à en écrire une quatrième.

Le roi Lear version hip hop

"The Empire" a été créée par Lee Daniels ("Le Majordome", 2013) et lancée l'an dernier par la Fox aux Etats-Unis, où son audience est en croissance constante.

"C‘est le roi Lear en version comédie musicale black: Lucius n'est pas Peter O'Toole mais il est le roi Lear à sa façon", dit Lee Daniels, qui a co-écrit ce soap avec son partenaire Danny Strong.

Un producteur de musique rap et hip-hop, Lucius (Terrence Howard), ex-rappeur qui a fondé un empire, apprend qu'il est gravement malade. Son ex-femme Cookie, jouée par l'hilarante Taraji P. Henson sur laquelle tient toute la série, resurgit après avoir passé 17 ans en prison, tombée pour trafic de drogue, veut récupérer sa part du gâteau et régner sur leurs trois fils.