"Selma", une page cruciale de l'Histoire des USA

L'affiche de Selma
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Les critiques ciné d'Hugues Dayez. Dans la foulée du discours commémoratif du président Obama, voici qu’arrive sur nos écrans un film qui retrace le "black Sunday" survenu à Selma, bourgade du sud des USA, il y a cinquante ans.

Selma

 

Le 7 mars 1965, 600 défenseurs des droits civiques entament une marche pacifique à Selma, mais une fois sur le pont Edmund Pettus à l’orée de la ville, ils sont brutalement arrêtés dans leur élan par les forces de l’ordre, à coups de matraque et de gaz lacrymogènes… L’altercation, terriblement violente, est filmée et retransmise à la télévision, provoquant un choc dans l’opinion publique. Le pasteur militant Martin Luther King, auréolé de son prix Nobel de la Paix, continue alors de plus belle, sa partie de bras de fer avec le président successeur de Kennedy, Lyndon Johnson, pour décrocher le droit de vote pour tous, sans la moindre restriction, alors que la ségrégation faisait encore rage dans certains Etats du sud…

La réalisatrice Ava DuVernay et la productrice Oprah Winfrey, plutôt que de livrer un biopic exhaustif sur Martin Luther King, ont choisi de se concentrer sur le drame de Selma. C’est un choix pertinent : en se limitant à une période très précise de l’Histoire, le film montre bien tous les enjeux qui se posent pour Martin Luther King et ses alliés. Si la mise en scène n’est pas très originale, " Selma " jouit néanmoins d’une reconstitution des lieux tirée au cordeau, et d’un casting brillant, dominé par des acteurs britanniques pour jouer cet épisode 100% américain : David Oyelowo, Tom Wilkinson et Tim Roth.

Phoenix

 

Il y a trois ans, le réalisateur allemand Christian Petzold remportait un grand succès critique et public avec son drame " Barbara ". Aujourd’hui, il revient avec un autre drame avec la même actrice, Nina Hoss, qui s’intitule " Phoenix ".

L’action se déroule en juin 1945. Nelly, une chanteuse de cabaret d’origine juive, gravement défigurée pendant la guerre, subit une opération de chirurgie esthétique. Méconnaissable, elle revient à Berlin dans l’espoir de retrouver son mari pour découvrir la vérité : est-ce lui qui l’a dénoncée aux Nazis ?

Le problème de " Phoenix " est que le scénario de Petzold repose sur une invraisemblance énorme : même si Nelly a changé de visage, sa voix, ses mains, sa démarche devrait la rendre immédiatement identifiable aux yeux de son mari. Il n’en est rien, et le réalisateur essaye alors de faire avaler des couleuvres au spectateur, qui se demande quand cette abracadabrante intrigue va enfin toucher à son terme… Tout cela est bien pénible.

L’art de la fugue

 

Une famille, trois frères. Le premier (Laurent Lafitte) vit avec son compagnon, mais s’ennuie dans son couple. Le deuxième (Nicolas Bedos) va bientôt se marier, mais trompe sa fiancée pendant ses semaines de travail à Bruxelles. Le troisième (Benjamin Biolay) est retourné vivre chez ses parents, totalement déprimé par la séparation avec sa femme…

Ce genre de comédie douce-amère, le cinéma français en produit à la pelle depuis des lustres. Inspiré d’un roman anglo-saxon de Stephen McCauley, " L’art de la fugue " de Brice Cauvin n’ajoute rien au genre. Certains dialogues font mouche ; on revoit avec plaisir Marie-Christine Barrault et Guy Marchand dans le rôle des vieux parents intrusifs…Tout cela permet de passer un moment pas désagréable, mais pas vraiment inoubliable.

Le dernier coup de marteau

 

Il y a cinq ans, Alix Delaporte signait " Angèle et Tony ", un émouvant premier film porté par deux excellents comédiens de théâtre, Clotilde Hesme et Grégory Gadebois. Pour son deuxième film, elle reprend le duo, plus un adolescent, Romain Paul. Celui-ci incarne Victor, un adolescent qui découvre à treize ans qu’il a un père, célèbre chef d’orchestre qui vient faire étape à Montpellier pendant une tournée. Alors que sa mère lutte contre un cancer, Victor quitte régulièrement le modeste bungalow qu’il partage avec elle sur la plage pour tenter de se rapprocher de ce père inaccessible…

Delaporte ne parvient pas à retrouver l’état de grâce de son premier film dans " Le dernier coup de marteau " : si les acteurs restent d’une très belle justesse, son scénario multiplie les mauvaises ellipses, accumule des personnages secondaires inutiles, et laisse un goût d’inachevé, terriblement frustrant pour le spectateur.

 

Hugues Dayez