Richard Donner, le plus grand des Goonies

Le réalisateur américain Richard Donner est décédé ce lundi 5 juillet, à 91 ans. On lui doit quelques-uns des plus grands succès de la Pop Culture comme "Superman", "Les Goonies" et "L’arme fatale". Dans les années 80, c’était lui le roi des blockbusters !

Pour toute une génération, la mienne, la vôtre aussi certainement, il nous avait fait croire qu’un homme pouvait voler avec "Superman". Il nous avait poussés à chercher un trésor pirate au-delà de nos égouts après avoir vu "Les Goonies". Grâce ou à cause de lui encore, pour toute la Génération X (ceux nés entre 1966 et 1976), Mel Gibson c’est d’abord Martin Riggs de la saga "L’arme fatale" avant d’être Max Rockatansky de la saga "Mad Max". Mieux encore, il nous avait fait peur avec sa "Malédiction" et pour nous tous les Damien n’étaient qu’une réincarnation du fils du Diable. Last but not least, il nous a fait rêver aussi avec "Ladyhawke", magnifique romance sur fond d’heroic fantasy. Il ? C’est Richard Donner, LE réalisateur de nombreux succès sortis dans les années 80, lui qui a réinventé les blockbusters. Décédé ce lundi, il avait 91 ans. Mais reprenons tout depuis le début…

Au départ, Richard Donner voulait devenir acteur malgré des études commerciales. Ses débuts sur les planches ne sont guère convaincants. Lui-même l’avoue. Il se tourne alors vers la réalisation. Nous sommes à la fin des années 50. Pour la télévision, il va concevoir des publicités et mettre en scène des épisodes de grandes séries comme "Au nom de la loi" avec Steve McQueen, "Les mystères de l’Ouest" avec Robert Conrad et "Les rues de San Francisco" avec Michael Douglas. Le Cinéma lui fait de l’œil bien entendu mais il faudra attendre 1976, le 6 juin pour être exacte (la date est importante), pour que Donner connaisse son premier et grand succès avec la sortie du film "La malédiction". Ce film d’horreur revient sur le destin de Damien, un gamin né le 6 juin à 6 heures, soit le 6 du 6 à 6 heures, soit encore le triple 6, le signe du Diable ! Damien c’est l’Antéchrist revenu sur Terre et tout autour de lui, les accidents et morts atroces vont se multiplier. Terriblement efficace et glaçant (la prestation du jeune Harvey Stephens), ce film s’inscrit dans la lignée de "L’exorciste" (sorti en 1973) mais avec davantage de malaises, de scènes qui prennent aux tripes et des effets spéciaux forts réussis pour l’époque qui appuient intelligemment le côté surnaturel de l’histoire. Rendre le surnaturel le plus naturel possible, effacer la complexité d’une scène pour n’en garder qu’une certaine simplicité, il est déjà là le talent de Richard Donner dans sa réalisation ! Sans oublier la musique de Jerry Goldsmith (avec qui Donner va longtemps travailler) qui fera chanter en latin une messe (noire) à la gloire de Satan !

Avec le succès de "La malédiction", les portes des grands studios d’Hollywood lui sont grandes ouvertes. Et voilà qu’on lui propose de réaliser un film de super-héros mais pas n’importe lequel, le plus célèbre de tous les super-héros en collants en Lycra qui gratte, Superman ! Donner accepte et là aussi, il va tout faire pour que le surnaturel devienne naturel. J’en veux pour preuve la punchline, le slogan marketing, du film sorti en 1978 présent sur toutes ses affiches…

Vous n’allez pas le croire mais un homme peut voler !

Nous faire croire à l’impensable, le voilà le génie du réalisateur. Il y a dans ce film des passages complexes réalisés de main de maître avec au bout du compte le dégagement d’une simplicité extrême. Prenez la scène où Clark Kent aka Superman tente de parler à Lois Lane dont il est follement amoureux. Nous sommes à la rédaction du quotidien The Daily Planet et c’est l’effervescence des grands jours avec tous ces journalistes qui courent dans tous les sens, ces téléphones qui sonnent dans le vide, cette vie trépidante. Cette scène est un magnifique plan séquence de plus ou moins 2 minutes où chaque figurant exécute une chorégraphie parfaite… où (une fois de plus) tout semble naturel. Avec son "Superman" idéalement joué par le regretté Christopher Reeve, Richard Donner va ouvrir la voie aux films de super-héros que nous connaissons aujourd’hui. Les Iron man et autres Spiderman, ils lui doivent tous quelque chose !

Richard Donner réalise encore "Superman 2" mais il se fait jeter par la production pour divergence de points de vue. Remplacé par Richard Lester, ce deuxième opus est bien mais pas dingue. Des années plus tard, en 2006, Donner va quand même sortir sa version, avec sa vision, son histoire et les scènes en trop qu’il avait réalisées lors du premier "Superman". Le succès de la vidéo (des DVD) lui permet de sortir son film sous le titre "Superman 2 : The Richard Donner Cut". La même histoire arrivera encore en 2021 au réalisateur Zack Snyder avec son Superman et son "Zack Snyder’s Justice League" !

Mais les gamins que nous avons été ne remercieront jamais assez Richard Donner pour son meilleur film… "Les Goonies" (sorti en 1995). Les Goonies sont des Indiana Jones en culottes courtes, une bande gamins qui part la recherche du trésor de Willy le Borgne. L’aventure est bout des égouts de leur petite ville. C’est fun et excitant. Tout paraît simple et pourtant la mise en scène, les décors, tout est complexe. Et aujourd’hui encore, ça marche. Essayez avec vos gamins, ils vont trouver ça "trop stylé" ! Produit par Steven Spielberg, scénarisé par Chris Columbus ("Maman j’ai raté l’avion"), "Les Goonies" réinvente le blockbuster, soit le film qui cartonne à sa sortie et qui devient une référence. Un terme appliqué pour la première fois de l’Histoire du Cinéma à "Jaws" de… Steven Spielberg. L’élève Donner aurait-il surpassé le maître Spielberg ? Certainement !

Car des blockbusters, Donner va encore en réaliser avec la saga "L’arme fatale". Emmenée par Mel Gibson, cette série va redéfinir le Buddy Movie, ces films de duos improbables mais qui marchent. Richard Donner va toucher à tous les genres avec le même succès. Prenez "Ladyhawke", c’est de l’heroic fantasy, ou le fantastique et drôlissime "Fantômes en fête" ("Scrooged" en VO) avec Bill Murray. Il retrouvera encore Mel Gibson avec bonheur dans le western "Maverick" et le thriller "Complots". Juste comme ça, revoir "Complots" en cette période de fake news est jouissif (et visionnaire pour l’époque) !

Depuis l’annonce de la disparition de Richard Donner, les témoignages d’affections affluent de partout, de cinéphiles anonymes ou de stars. Pour Mel Gibson, "il donnait généreusement à tous ceux qui le connaissaient." Pour Steven Spielberg, il était "le plus grand des Goonies". Pour nous, gamins devenus grands, Richard Donner nous a fait rêver dans tous les sens du terme et bien plus encore. En guise de conclusion, reprenant le mojo des Goonies pour qui justement la Mort n’est pas une option, Richard Donner…

Never say die !