Reda Kateb dans la peau de "Django"

Séduit par la musique et l'aura de Django Reinhardt, Reda Kateb campe avec brio le fondateur du jazz manouche dans un biopic faisant le portrait d'un artiste ouvrant les yeux sur le monde.

Révélé dans "Un prophète" (2009) de Jacques Audiard puis dans "Hippocrate" qui lui valut un César du meilleur second rôle en 2015, le comédien de 39 ans porte cette fois un film sur ses épaules en incarnant le personnage-titre, Django Reinhardt.

C'est "un personnage plus grand que la plupart de ceux qu'on a l'habitude d'interpréter", a souligné l'acteur dans un entretien à l'AFP. Et d'évoquer au sujet du célèbre guitariste "le côté haut en couleurs, les contradictions, le génie musical ainsi que le fait d'avoir transformé un handicap en nouvelle musique". 

Car le musicien à la fine moustache, mort en 1953 à l'âge de 43 ans, a inventé le jazz manouche suite à un accident le privant de l'usage de sa main complète. Pour se mettre dans sa peau, Reda Kateb a appris à jouer de la guitare à trois doigts pendant un an.

"J'ai passé plus de temps à travailler la musique qu'à lire des choses sur lui", explique l'acteur. D'autant plus qu'il existe peu de documents sur l'artiste, ce qui laissait de la place à l'interprétation.

Le film, présenté en ouverture de la Berlinale en février, s'appuie sur un épisode peu connu de la vie de Django Reinhardt, forcé de fuir en 1943 le Paris occupé en raison de son appartenance à la communauté tzigane persécutée par les nazis. 

Il marque les débuts derrière la caméra du Français Etienne Comar, jusqu'ici connu comme scénariste et producteur (avec "Des hommes et des dieux", "Mon roi").

Rattrapé par la guerre

"Je ne voulais pas réaliser un biopic au sens classique, mais raconter une histoire qui a des correspondances avec la période contemporaine, avec le statut de l'artiste dans un monde en crise", explique le réalisateur. 

C'est l'histoire d'un personnage "aveuglé" par son art, "qui ne voit pas le monde changer et qui va être rattrapé par la guerre", souligne-t-il.

Le Django qu'il dépeint est un musicien renommé, doublé d'un homme à femmes mais qui n'a aucune conscience de ce qui se passe alors en Europe et du sort infligé aux siens. 

Grâce aux femmes, en particulier Louise, sa maîtresse (un personnage fictif interprété par Cécile de France), il va peu à peu ouvrir les yeux et composer un requiem (réécrit pour l'occasion par le musicien australien Warren Ellis) en mémoire des tziganes tués par les nazis, point d'orgue du film, qui compte plusieurs belles séquences musicales.

Django "est un personnage tiraillé, ce n'est pas un héros. Par contre, ce requiem, c'est sa réponse" aux drames qui l'entourent, souligne le réalisateur, qui voulait faire le portrait d'un artiste s'engageant à travers son art. 

Pour donner vie à l'écran à la communauté manouche, il a fait appel à des acteurs tziganes non professionnels, la plupart musiciens et installés à Forbach, en Lorraine.

Personnage doté d'un tempérament de feu, Nedros, la mère de Django est interprétée par Bimbam Merstein, qui avait tenu un petit rôle dans "Swing" de Tony Gatlif.

Débutante à l'écran, la chanteuse d'origine hongroise Bea Palya joue la femme de Django, Naguine, avec laquelle il va tenter de rejoindre la Suisse pour fuir les nazis.

Reda Kateb a, lui, appris quelques phrases de manouche pour les besoins du film.

"Django" sort en Belgique le 10 mai 2017.