Rappeneau: "Le rythme est au coeur de mon cinéma"

Jean-Paul Rappeneau
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Jean-Paul Rappeneau - © BERTRAND GUAY - AFP

"Pour moi, un film, c'est une musique". Avec "Belles Familles", qui sort en Belgique le 14 octobre, le cinéaste Jean-Paul Rappeneau signe une oeuvre sans cesse en mouvement, qui oscille entre fresque romanesque et comédie chorale, douze ans après son dernier opus "Bon voyage".

"Belles Familles" est seulement le huitième long métrage du cinéaste, après une carrière de plus de 50 ans jalonnée par "La vie de château" (1966), "Les mariés de l'an II" (1971), "Le sauvage" (1975) ou "Cyrano de Bergerac" (1990), récompensé par le César du meilleur film et le Golden Globe du meilleur film étranger en 1991.

Avec une distribution prestigieuse (Mathieu Amalric, Marine Vacth, Gilles Lellouche, Nicole Garcia, Karin Viard, Guillaume de Tonquédec ou André Dussollier), "Belles Familles" raconte l'histoire de Jérôme Varenne (Mathieu Amalric), un homme qui a quitté la France pour vivre en Chine.

Apprenant que la maison familiale dans laquelle il a grandi en province est au coeur d'un conflit local, il décide de se rendre sur place. Les péripéties s'enchaînent, qui vont l'amener à faire des découvertes sur sa famille et sur lui-même.

"Cela faisait un moment quand même que j'avais ça en tête. C'est un film sur la province, la France profonde mais dans le bain de la mondialisation", dit Jean-Paul Rappeneau, qui souligne avoir aussi voulu retrouver quelque chose de "cette province qu'il a connue adolescent et enfant".

"J'ai vécu 18 années en province, je suis un provincial des années anciennes monté à Paris. Et j'ai toujours pensé à l'idée qu'il faudrait un jour qu'on fasse un film qui brasserait un peu des souvenirs, qui ne parlerait pas vraiment de ma vie tout en en parlant", explique-t-il.

"C'est ce qui m'a plu, brasser des souvenirs et les mêler à des choses qui sont vraiment celles de la France d'aujourd'hui", ajoute le réalisateur de 83 ans.

'Mélange des genres'

A partir de cette trame, Jean-Paul Rappeneau dit avoir voulu signer "un film +mélan-comique+", qui mélange la comédie avec un ton plus grave.

"Ce que j'aime avant tout, c'est le mélange des genres, le mélange des tons, où on peut passer d'un éclat de rire à quelque chose qui brusquement vous serre la gorge", dit le cinéaste élégant au crâne dégarni et à la fine barbe.

"Chaque film a sa musique. Cette musique, on peut l'inventer pendant le tournage mais moi, j'écris la partition avant", affirme encore ce perfectionniste, réputé pour prévoir précisément tous les déplacements des acteurs avant le tournage, pour leur demander d'être très fidèles au texte et aux mouvements prévus et pour faire des plans courts, où il coupe au bout de quelques répliques.

"Les déplacements, les mouvements, les répliques, tout ça a été conçu avant, pas tout seul d'ailleurs, dans des séquences où je joue les scènes devant mes collaborateurs", explique-t-il.

Le tempo, "c'est ce qui me préoccupe assez vite quand je commence à concevoir un film", détaille-t-il. "Ca finit par devenir une sorte d'étude de rythme. Et le rythme ne veut pas dire la précipitation ni l'agitation, ça veut dire une pulsion, une tension sans cesse, avec des accélérations mais aussi des moments plus calmes."

"Le rythme est au coeur de mon cinéma", souligne le cinéaste, pour qui "un film doit se ressentir physiquement pour un metteur en scène".

Il confie d'ailleurs "ne pas pouvoir s'empêcher pendant le tournage, quand les acteurs jouent, de se balancer dans le rythme de leurs répliques, comme si malgré lui, il essayait de sentir physiquement la pulsation de la scène".

"Je suis comme une sorte de métronome", conclut-il.