"Rafiki" : une romance politique kenyane

"Rafiki" : une romance politique kenyane
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Le film kenyan présenté à Cannes dans la sélection “Un certain regard” passait pour la première fois en Belgique. C’était jeudi soir au Cinéma Galeries et en présence de la réalisatrice Wanuri Kahiu. 

 

Après un premier long métrage remarqué et auréolé de cinq prix aux African Movie Academy Awards (From a Whisper, 2009), un moyen métrage sélectionné à Sundance en 2010 (Punki, 2009), la réalisatrice kenyane Wanuri Kahiu parvient à faire sélectionner Rafiki au Festival de Cannes en 2018. Présent dans la sélection “Un certain regard”, le long métrage est la première oeuvre kenyane dévoilée à la Croisette alors qu’il souffre de la censure de son pays. Il aborde un sujet particulièrement tabou dans les sociétés africaines de l’Est : l’homosexualité. La réalisatrice s’est basée sur la nouvelle Jambula Tree de Monica Arac de Nyeko pour faire le bilan de la question LGBT+ dans sa région d’origine. Soutenu par de nombreux fonds à travers le monde, le film a été tourné à Nairobi mais ne sortira pas dans les salles obscures kenyanes, prouvant le problème du pays avec l’orientation sexuelle évoquée.

 

 

Kena est une jeune femme insouciante et heureuse qui vit avec sa mère dans un petit appartement. Elle vient de finir ses examens et elle est en attente des résultats qui la mèneront à l’université ou dans une école. Kena aimerait devenir infirmière. Durant l’été, elle aide son père commerçant à tenir le magasin tandis que lui entame une campagne pour les élections locales. Le problème est qu’en face de lui se présente un homme riche qui n’a pas de soucis pour attirer l’attention. Alors que Kena partage son temps entre ses amis et ses parents, elle croise le regard de Ziki, une jeune femme aux cheveux roses. Elle est la fille du rival de son père. Dans un jeu de chassé-croisé à l'allure de Roméo et Juliette des temps modernes, Kena et Ziki vont finir par se rapprocher et goûter au risque de dévoiler leur amour dans une société pas vraiment prête pour accepter leur romance. 

 

A 38 ans, Wanuri Kahiu est sans conteste une réalisatrice qui incarne la nouvelle vague cinématographique kenyane. Son deuxième long métrage est une vraie réussite et un pamphlet politique. Il est particulièrement esthétisant et agréable à regarder, avec des jeux de couleurs franches qui se répondent, une accumulation de motifs hommage à la culture swahili, une manière de filmer Nairobi pleine de tendresse. Au delà de sa beauté directe, “Rafiki” a aussi le goût de la revendication. Avec finesse, la réalisatrice dénonce une société kenyane où la religion est particulièrement présente et culpabilisante, où l’argent est valorisé au détriment des idées et où la différence est traitée par la violence, le seul échappatoire semble l’exil. Malgré la censure appliquée dans son pays, Wanuri Kahiu entame les discussions et attire l’attention sur un véritable problème égalitaire.