Quoi de neuf sur Netflix ? "Annihilation"

Annihilation de Alex Garland
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Annihilation de Alex Garland - © Peter Mountain

L'ambitieux film de science-fiction mené par Natalie Portman est disponible sur la plateforme de streaming. 

Certains films peuvent très bien se regarder sur une télévision, tandis que d’autres se prêtent mieux au cinéma. Les images magnifiques et terrifiantes d’"Annihilation" ont clairement été conçues pour être vues sur le plus grand écran possible, en compagnie d'un grand nombre de spectateurs avec lesquels partager les sentiments de terreur et d'admiration que le long-métrage est propre à inspirer. Pourtant, pour la majorité du public, une telle expérience ne sera pas possible. Victime de la frilosité du studio qui l’a produit (la Paramount), l’ambitieux film d’Alex Garland devra "se contenter" d’une sortie exclusive sur Netflix (exception faite de la Chine, du Canada et des Etats-Unis). Le choix est regrettable, mais n’est guère étonnant : "Annihilation" constitue une des propositions de science-fiction hollywoodiennes les plus radicales de ces dernières années. C’est un film mystérieux et fascinant, destiné à frustrer une bonne partie des spectateurs, et à susciter d’intenses débats quant à son sens.

Il n’est ainsi pas facile d’appréhender ce dont il parle, bien que les enjeux de sa première partie soient relativement clairs : après le retour de son mari (Oscar Isaac) mystérieusement disparu pendant un an dans le "Shimmer", Lena (Natalie Portman), une biologiste autrefois militaire, part explorer cette zone de laquelle on ne revient pas intact. Accompagnée dans cette mission presque suicidaire par quatre autres scientifiques (Tessa Thompson, Jennifer Jason Leigh, Gina Rodriguez et Tuva Novotny), elle se retrouve rapidement confrontée à des phénomènes naturels de plus en plus inexplicables, qui relèvent peut-être de la psychose collective… ou d’une complète modification de la réalité telle qu’elle la connait.

Créatures et plantes en continuelle mutation foisonnent dans ce décor post-apocalyptique fascinant, qui semble autant issu d’un magnifique rêve que d’un terrifiant cauchemar. Il est difficile de faire justice au travail visuel accompli dans le film et à ses images audacieuses qui marquent l’esprit pour longtemps par leur poésie macabre. Le beau et l'hideux se suivent fréquemment, deviennent indistinct, et entre fascination et dégoût, on laisse le film nous emmener dans d’improbables territoires esthétiques.

"Annihilation" prend son temps pour nous amener d'un point à l'autre, distillant minutieusement son intrigue avec une lenteur hypnotique. La tension y monte doucement, mais inexorablement, et le long-métrage nous saisit à quelques occasions dans des séquences viscéralement éprouvantes, dignes des meilleurs films d’horreur.

Flirtant fréquemment avec le métaphysique, "Annihilation" est assez opaque dans son propos. Le film se refuse à livrer toutes ses clés, laissant libre le spectateur de trouver sa propre interprétation des événements. Certains y verront une allégorie sur la dépression, d’autre une méditation sur le suicide - les lectures possibles sont multiples, ce qui fait à la fois la richesse et le défaut majeur du film.

Convoquant autant l’ambition visuelle de "2001, l’odyssée de l’espace" que l’exploration métaphysique de "Stalker", "Annihilation" (adapté très librement du roman éponyme de Jeff VanderMeer) a un lourd bagage cinématographique derrière lui, et s’en montre digne. De là à dire qu’il est du niveau de ces œuvres majeures de la science-fiction est peut-être une exagération, mais il constitue une expérience cinématographique comme on aimerait en voir plus souvent de la part d’Hollywood. Et si celle-ci pouvait de préférence se dérouler dans une salle de cinéma, on en serait encore plus ravi.

 Le film sur Netflix.