Prochainement sur vos écrans

Christophe Bourdon aime les bandes-annonces
Christophe Bourdon aime les bandes-annonces - © RTBF

Vous êtes en train de lire un chapeau. Un bref aperçu qui doit vous donner envie de lire le reste du papier. Bref, le chapeau est à l'article ce que la bande-annonce est au long métrage. Tiens, justement : et si on se regardait quelques bandes-annonces ?

La semaine dernière est sorti "Eyjafjallajökull", alias  "Le volcan", avec Dany Boon et Valérie Bonneton. Un film précédé d'une bande-annonce qui sort un peu du lot, puisqu'on y voit des badauds tenter de prononcer tant bien que mal le titre du film.

Si l'idée est originale, elle est néanmoins à double tranchant, puisque mon esprit (certes tordu) en a conclu que le message était : "Ne va pas voir le film, tu auras l'air d'un con à la caisse".

Pas sûr donc que cette bande-annonce atteigne son objectif. Car la bande-annonce est au long métrage ce que la vitrine est au magasin, ou le programme électoral au candidat politique : elle est censée vous offrir un avant-goût du produit tellement alléchant que vous aurez une irrépressible envie de le consommer au plus vite.

Le seul problème, c'est que les bandes-annonces finissent toutes par se ressembler, en particulier celles des films américains à gros budget. On commence par des plans calmes espacés par des fondus au noir et accompagnés par des phrases chocs et des dialogues lourds de sens prononcés d'une voix digne d'un Barry White qui aurait une laryngite. Du genre : "Tu veux connaître la vérité... Mais tu ne sais pas ce qui se cache derrière... Si tu ouvres la porte... Tu ne pourras plus jamais la refermer.."

Et là, on balance l'artillerie lourde : des explosions dans tous les coins, des jolies filles, quelques répliques drôles, un enchaînement de plans fait par un monteur épileptique, le tout accompagné par une musique d'enfer à base de  "boums-boums" et une bande son tonitruante qui surligne le moindre mouvement par un "schboum", un "paouw" ou un "dziing".

Un peu comme ça, quoi...

Ou comme ça...

Enfin, comme ça quoi...

Alors, quand vous voyez passer un « trailer » qui se démarque un peu de ses petits camarades, vous vous sentez tel un navetteur de la SNCB face à un train à l'heure et pas bondé : vous savourez cet instant que vous savez rare.

CAUSE THIS IS TRAILER

Un des premiers à avoir compris qu'une bande-annonce différente pouvait attirer l'oeil du spectateur, c'est Alfred Hitchcock. Admirez ainsi l'idée que le maître du suspense a eue pour nous vendre son Psychose.

Hitchcock était un familier de la bande-annonce où il se mettait en scène. Pour ma part, j'ai une tendresse particulière pour ce savoureux ''trailer'' imaginé pour "Les oiseaux", qui illustre à la perfection cet humour à froid typiquement anglais.

Au rayon des bandes-annonces qui jouent la carte de la différence, celle de "On connaît la chanson" vaut elle aussi le détour. Alors que le film d'Alain Resnais met en scène des personnages qui chantent en playback des extraits de chansons connues pour exprimer leurs sentiments, la comédienne Agnès Jaoui eut l'idée inverse pour la bande-annonce : faire réciter des phrases de chansons par les acteurs du film.

Elle mit elle-même en scène cette bande-annonce bien décalée, faisant ainsi ces premiers pas derrière la caméra. Personnellement, je ne me lasse toujours pas de pour voir Jean-Pierre Bacri jouer le "Siffler sur la colline" de Joe Dassin.

Dans un autre genre, la bande-annonce de "Paranormal activity" a su faire parler d'elle, en nous montrant les réactions des spectateurs face au film.

Restons dans l'horreur avec le nouveau film de Alex de la Iglesia, "Les sorcières de  Zugarramurdi", qui devrait sortir chez nous dans les prochaines semaines. Pour ceux qui ne connaîtraient pas ce charmant garçon, il est l'un des réalisateurs les plus barrés de sa génération, qui ferait passer les films de Pedro Aldomovar (qui a d'ailleurs produit son premier long, "Action Mutante") pour du Ingmar Bergman sous Prozac.

Et pour sa bande-annonce, Alex de l'Eglise a eu une idée pas idiote : tourner une caméra cachée où une sorcière bondit hors de l'affiche pour terroriser les gens.

Bon, ok, ce n'est peut-être pas Monsieur de l'Eglise qui a eu cette idée. Je pencherais plutôt pour une agence de pub. Ben oui, qui est mieux qualifié qu'un publicitaire pour piquer les idées d'autrui ? Car quand on voit la vidéo qui suit, on se dit que le plagiat a encore de beaux jours devant lui...

Cela dit, dit, on saluera le côté écologique des publicitaires, passés maîtres dans l'art du recyclage.
 

AND NOW FOR SOMETHING COMPLETELY DIFFERENT

Allez, je m'en voudrais de vous laisser sans partager avec vous mes deux bandes-annonces préférées. La première résume à merveille tous les ingrédients nécessaires pour faire une bonne bande-annonce. Elle fut imaginée pour le délirant "The Hitchhicker's guide to the Galaxy", le seul film au monde où vous pouvez croiser un robot dépressif qui a la voix d'Alan Rickman.

                                          

Une bande-annonce digne des Monty Python pour un film digne des Monty Python. Et en parlant d'eux, j'espère que vous savourerez cette bande-annonce du "Sacré Graal", tout aussi drôle et imaginative que le film. La fin est tout bonnement géniale.

Comme quoi, une bande-annonce réussie d'un film réussi, c'est aussi jouissif qu'un court métrage de Pixar avant un film de Pixar...



Christophe Bourdon