"Pourquoi j'ai pas mangé mon père": une "métaphore" de la vie de Jamel Debbouze

Au départ, il ne devait être que la voix du personnage principal de "Pourquoi j'ai pas mangé mon père", en salles en Belgique le 8 avril, mais au final, Jamel Debbouze aura travaillé sept ans sur le film, dont il est le réalisateur, le co-scénariste (avec Frédéric Fougea) et le personnage principal.

L'acteur prête en effet ses traits à Edouard, un pré-humain vif et espiègle auquel il a servi de modèle jusque dans sa blessure au bras droit.

"Ce singe qui tombe de son arbre, se casse le bras et invente la bipédie pour s'en sortir, ça devenait une métaphore de ma vie. Il fallait que je me l'approprie", raconte Jamel dans une interview au magazine Première.

Fils aîné du roi des simiens mais considéré à sa naissance comme trop malingre, Édouard est rejeté par sa tribu et grandit loin des siens.

Inventeur génial, il découvre le feu, la chasse, la cuisson, l'amour et même l'espoir. Généreux, il veut tout partager, et mène son peuple vers l'humanité... où on ne mange pas son père.

'Vilain petit canard'

Le film est inspiré du roman de l'Anglais de Roy Lewis "What we did to father" ("Ce que nous avons fait à père") paru en 1960, qui raconte dans une langue moderne les déboires d'une tribu préhistorique.

L'auteur nous questionne de façon ludique sur les grands débats qui agitent la société moderne, la technique, le progrès, l'éducation. Dans le livre, la maîtrise du feu puis le désastre de l'incendie peuvent être comparés à l'énergie nucléaire et la bombe atomique.

Dans son adaptation à l'écran, le personnage de ce "vilain petit canard" d'Édouard fait inévitablement penser à un jeune de banlieue, au droit à la différence, aux difficultés d'intégration.

"L'exclusion m'a profondément marqué", confirme Jamel Debbouze, qui a passé une partie son enfance à Trappes, dans les Yvelines.

"La seule issue est le dialogue. Pour comprendre l'autre, je dois l'écouter. Je suis convaincu de ça. Il faut se dire la vérité et ne pas prendre les gens pour des cons. Sinon, ça crée des frustrations et des drames terribles", assure-t-il. Voilà pour le message.

Pour le faire passer, Jamel Debbouze et les producteurs - dont Pathé - ont misé gros avec budget de 35 millions d'euros, au bas mot.

"Il faut non seulement que le succès soit au rendez-vous en France mais que le film se vende aussi très bien à l'international", affirme le producteur français Didier Brunner, cité dans Première.

L'équipe du film a fait appel, pour la première fois en Europe, à la motion capture (MoCap), technique qui permet de filmer les acteurs et de reproduire ensuite leurs mouvements sur ordinateur. La MoCap avait notamment été utilisée par James Cameron pour "Avatar" et Steven Spielberg pour "Le Secret de La Licorne", une aventure de Tintin.

Six mois de préparation physique ont été nécessaires pour les acteurs du film, qui jouent la moitié du temps à quatre pattes. Le tournage a été réalisé à Stains, en Seine-Saint-Denis, sur un plateau de 1.000 mètres carrés avec 70 caméras disposés à 360°.

"La forme est totalement au service du fond et des messages que vous souhaitez passer. S'il y a un sujet à retenir, c'est l'optimisme", affirme Jamel Debbouze.

Dans cette "préhistoire de ouf", l'humoriste partage l'affiche avec son épouse, la journaliste Mélissa Theuriau (sa compagne aussi à l'écran), Arié Elmaleh mais aussi, plus surprenant, Louis de Funès, dont les traits ont servi à animer ceux d'un des personnages. Olivier de Funès, l'un des fils de l'acteur disparu il y a 30 ans a collaboré à l'écriture du scénario.