Pour le 71ème Festival de Cannes, un "renouvellement" à haut risque

La Présidente du jury 2018, Cate Blanchett est arrivée hier à Cannes
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La Présidente du jury 2018, Cate Blanchett est arrivée hier à Cannes - © ANNE-CHRISTINE POUJOULAT - AFP

"Renouvellement", c’est le mot-clé utilisé par le délégué général du Festival Thierry Frémaux pour expliquer le profil de la sélection officielle de 2018. Un mot qui cache des réalités très contrastées.

Un vent de nouveauté

On a souvent reproché à la compétition du plus grand Festival de cinéma du monde d’être le rendez-vous des "abonnés", autrement dit de cinéastes confirmés, multi-primés, parfois déjà lauréats d’une Palme d’Or (Ken Loach, les frères Dardenne, Nanni Moretti, Michael Haneke…). La qualité de la sélection était souvent au rendez-vous, l’effet de surprise beaucoup moins.

Officiellement, après avoir soufflé les 70 bougies du Festival, Frémaux voulait instaurer du changement et éviter l’immobilisme. Résultat : sur les 21 cinéastes retenus pour la compétition officielle cette année, on dénombre pas moins de 9 nouveaux arrivants dans la jungle cannoise. C’est énorme. Si on prend par exemple la sélection française, on constate que des cinéastes réputés – et attendus – comme Jacques Audiard sont absents, et remplacés par des jeunes noms inconnus du grand public : Eva Husson, Yann Gonzalez… On voit aussi arriver des films en provenance d’Egypte, du Liban aux côtés des auteurs russes, iraniens et asiatiques.

Dans cette sélection, pointons quand même quelques cinéastes plus réputés : l’Iranien Asghar Farhadi, qui a les honneurs du gala d’ouverture ce mardi soir avec "Everybody knows" (avec le couple Javier Bardem/ Penelope Cruz) ou encore le Turc Nuri Bilge Ceylan, seul cinéaste cette année à avoir déjà remporté une Palme d’Or avec "Winter Sleep". Ce sont des noms réputés, mais surtout auprès des cinéphiles…

L’absence de Hollywood

Mais ce qui frappe surtout dans cette sélection, c’est la faible présence du cinéma américain : à peine deux films en compétition, l’un de Spike Lee – cinéaste un peu has been à Hollywood, il faut bien l’avouer – et l’autre de David Robert Mitchell, nouveau venu qui s’était fait remarquer en salles par un sympathique film d’horreur, "It follows". Hors compétition, les studios Disney viendront faire une montée des marches promotionnelle – sans même une conférence de presse – pour le nouveau "spin off" de "Star Wars". Et c’est à peu près tout.

En réalité, Frémaux souffre de la disparition d’un Harvey Weinstein, autrefois grand fournisseur de films sur la Croisette, et d’un bras-de-fer infructueux avec le nouveau géant Netflix, qui n’aura aucun film dans aucune sélection.

Dans les colonnes du "Nouvel Obs", l’ancien boss du Festival Gilles Jacob analyse cet échec de Frémaux avec des mots très durs : " Une des missions du directeur du Festival est d’y maintenir la présence de Hollywood. Qui dit "Hollywood" dit "stars". Les stars sont une locomotive qui tire les wagons que sont les films d’auteur pointus. Il faut les deux. Sans Hollywood, Cannes n’est pas Cannes. Le Festival doit rester l’endroit où le cinéma mondial se retrouve chaque année dans sa globalité. " Le message est on ne peut plus clair.

A la décharge de Thierry Frémaux, les dates de Cannes jouent contre lui : les Américains, Hollywoodiens ou non, préfèrent désormais garder les films candidats pour les Oscars pour les festivals de la rentrée, Toronto ou Venise. C’est ainsi que la Mostra a pu montrer ces dernières années des films d’envergure comme "Gravity", "Birdman", "La La Land" ou "The Shape of Water"…

En jouant la carte de la découverte et des cinémas du monde, le Festival de Cannes joue gros cette année. Si les films de la compétition sont de qualité, on louera le flair du comité organisateur. Si, par contre, peu d’entre eux sont mémorables, le Festival va avoir du mal à garder sa réputation de "Numéro 1", et les quelques 4000 journalistes accrédités réfléchiront à deux fois à revenir couvrir aussi massivement un évènement culturel qui perd, chaque année, un peu plus de son glamour légendaire.