"Point Limite" : quand la bombe atomique faisait trembler Hollywood

“Point Limite” : quand la bombe atomique faisait trembler Hollywood
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“Point Limite” : quand la bombe atomique faisait trembler Hollywood - © Rimini Editions

Réalisé en 1964, le thriller de Sidney Lumet sur la menace nucléaire vient d'être réédité en Blu-ray.

Malheur à celui qui arrive en deuxième position : il court le risque d'être oublié des mémoires. C'est le cas de " Point Limite " ("Fail-Safe" en anglais), grand film sur la menace atomique qui a eu la malchance de sortir quelques mois après le succès commercial et critique d'une œuvre aux préoccupations similaires : le "Docteur Folamour" de Stanley Kubrick. Alors que la satire mordante du réalisateur d’ "Orange Mécanique" jouit encore aujourd'hui d'une excellente réputation, le film de Sidney Lumet, qui vient d'être réédité en vidéo, est souvent (et injustement) relégué au rang de pâle copie. 

Il faut dire que les deux films se ressemblent. Leurs récits respectifs partent de la même idée : des avions américains se dirigent par erreur vers l'Union soviétique pour y lâcher une bombe atomique, provoquant l'affolement de l'armée et du Président des États-Unis qui veulent à tout prix éviter une guerre nucléaire. Négociations par téléphone avec le Kremlin, folies militaires et stratégies vouées à l'échec s'ensuivent, dans des scènes qui partagent souvent d'étranges similarités. Mais les deux œuvres, il faut le préciser, s'inscrivent dans des registres radicalement différents. Face à la terrifiante perspective de l'annihilation nucléaire, "Docteur Folamour" rit à gorge déployée alors que "Point Limite" lâche un grand cri d'angoisse. L'un est une farce absurde, tandis que l'autre est un thriller anxiogène qui nous confronte à un scénario catastrophe plus que plausible.

Tout (ou presque) semble en effet crédible dans le long-métrage de Lumet, ce qui rend le sentiment de crainte provoqué par son récit encore plus prégnant. Obéissant à une logique implacable, mais tout à fait réaliste, " Point Limite " fait de nous les témoins des dangers de la course à l'armement nucléaire. L'édifiant spectacle qui en résulte se regarde avec un mélange d'effroi et de fascination, qui croit au fur et à mesure que le film progresse.

L'autre grande force du long-métrage, c'est son minimalisme. La majeure partie du récit se déroule dans des salles et des pièces cloisonnées, où le sort de l'humanité se discute au pied levé entre dirigeants et militaires. Lumet utilise ces lieux clos pour renforcer la tension et susciter un sentiment de claustrophobie. Rattrapés par leurs propres machinations, les personnages (portés par de talentueux acteurs comme Peter Fonda, Walter Mathau et Fritz Weaver) semblent pris au piège, et c'est ainsi qu'il les filme. Il n'y a pas d'échappatoires, et nous sommes emportés avec eux dans ce terrible engrenage. 

Si le film n'a pas obtenu le succès critique et public qu'il méritait en 1964, c'est peut-être justement à cause du sérieux avec lequel il aborde la question de l'armement nucléaire, alors que la crise des missiles de Cuba était encore fraîche dans les mémoires. En faisant le pari (réussi) de l'absurde et de la dérision, "Docteur Folamour" invitait les spectateurs à rire de la bombe, tandis que "Point Limite" les poussait à regarder sobrement cette situation traumatisante. C'est ce qui fait son intérêt à l'heure actuelle : il reflète les craintes enfouies de son époque, projetant en images ses anxiétés les plus puissantes.

 

"Point Limite" est sorti aux Editions Rimini en Blu-ray le 16 juin.