Point Break, voilà 30 ans que ça farte pour Johnny et Bodhi !

Sorti aux Etats-Unis le 12 juillet 1991, il y a 30 ans jour pour jour, le film "Point Break" a révélé Keanu Reeves en star de films d’action, lui qui se voyait plutôt acteur de films d’auteur.

Laisse-moi juste une vague !

Une ultime requête en guise d’adieu. Une dernière preuve d’amitié même si tout sépare Johnny et Bodhi. L’un appartient au FBI et l’autre est le chef d’une bande de braqueurs de banques. Le premier a infiltré le gang du dernier et c’est grâce au surf qu’ils se lient d’amitié (et que le gentil a pisté le méchant). Voilà résumé en quelques mots le film "Point Break" de Kathryn Bigelow (la première réalisatrice à avoir reçu un Oscar pour le meilleur réalisateur, c’était en 2010 pour "Démineurs"), produit par son mari James Cameron (alors qu’il préparait "Terminator 2"). Juste comme ça, un point break est spot de surf, un lieu où les vagues se cassent soit sur le sable, soit sur de la roche. Des vagues qui démarrent toutes du même endroit comme une pointe rocheuse ou un débris (naturel ou non) émergeant de l’eau. Ces vagues sont plutôt longues, elles déroulent parfaitement bien et restent agréables à surfer.

Pour "Point Break", tout a commencé sur une plage avec Rick King, l’un des scénaristes du film. Rick apprenait à surfer. Avant l’un de ses cours, il venait de lire une série d’articles annonçant Los Angeles comme LA capitale des braqueurs de banques vu le nombre exponentiel de vols à mains armées dans la Cité des Anges. D’après ces articles, il était facile pour ces gangsters de commettre leurs méfaits et de s’enfuir via le réseau autoroutier des plus denses offrant pas mal d’échappatoires. Rajoutez à cela son envie de raconter l’histoire d’un flic infiltré (inspirée d’une des séries télé en vogue fin des années 80 comme "Un flic dans la Mafia") et vous obtenez le début d’une bonne idée pour un excellent film comme "Point Break". Un film qui aurait dû être réalisé par Ridley Scott mais rapidement il jette l’éponge. Arrive alors le couple formé par Kathryn Bigelow et James Cameron, véritablement tombé en amour pour ce projet. Kathryn venait de sortir "Blue steel" avec Jamie Lee Curtis (un excellent thriller psychologique) et "Aux frontières de l’aube" (un tout aussi excellent film fantastique sur fond d’histoire d’amour entre vampires). James, lui, non seulement avait réalisé "Terminator" mais il s’était surtout spécialisé dans les suites en proposant "Piranhas 2", "Aliens (ou Alien 2)" et "Rambo 2" (enfin c’est lui qui en a écrit le scénario). Cameron voulait se lancer dans la production. Et quand il découvrit avec son épouse cette idée de braqueurs-surfeurs, ils enfilèrent leurs combis en néoprène et attendirent la vague.

3 images
Plutôt BG Johnny et Bodhi © Largo Entertainment

La vague du succès certainement car 30 ans après sa sortie, "Point Break" fonctionne toujours autant. Mais n’allons pas trop vite et revenons au début du tournage. Après avoir retravaillé l’histoire de Rick King, Kathryn et James partent à la recherche d’un acteur pouvant incarner à la perfection Johnny Utah, notre agent du FBI infiltré. Plusieurs noms circulent comme Matthew Broderick ("La folle journée de Ferris Bueller"), Johnny Depp, Val Kilmer ("Top Gun") et la star de "Ghost", Patrick Swayze. Patrick impressionne tellement qu’il est retenu pour jouer Bodhi. Mais toujours rien ni personne pour Utah. C’est là que Kathryn pense à Keanu Reeves. Qui ? Reeves est quasi inconnu au bataillon. En 1989, on l’avait vu dans "L’excellente aventure de Bill et Ted" (Ted c’était lui), soit l’histoire de deux grands ados qui partent à travers les siècles (dans une machine à voyager dans le temps en forme de cabine téléphonique trouvée devant un supermarché) à la rencontre des grandes figures du passé pour écrire leur devoir d’Histoire et sauver leur année scolaire. Bref, une comédie de potaches mais drôle quand même (dont le 3e épisode est sorti entre deux confinements en 2020). Reeves venait encore de terminer le tournage de "My own private Idaho" de Gus Van Sant. Pour l’acteur, sa voie semblait toute tracée vers un cinéma d’auteur plutôt qu’un cinéma d’action mais Kathryn Bigelow en décida autrement.

Après le succès de "Point Break" et son assurance dans l’action, Keanu Reeves va enchaîner en salles les drames et les cascades, la preuve en quelques titres comme "Dracula" de Francis Ford Coppola, "Beaucoup de bruit pour rien" de Kenneth Branagh, "Little Buddha" de Bernardo Bertolucci et "Speed" de Jan de Bont voire "Johnny Mnemonic" de Robert Longo.

3 images
Il n’y a pas que le surf dans la vie de Johnny et Bodhi, il y a aussi le saut en parachute © Largo Entertainment

Ce système tue la spiritualité et transforme l’océan en fosse septique !

"Point Break", un film politique et écolo ? Assurément ! Bon ok, Bodhi justifie ses actes et ses braquages au nom d’une certaine spiritualité à sauver. Pour être complet, il déclare sur la plage face à ses camarades, "ce système tue la spiritualité et transforme l’océan en fosse septique. À tous les zombies dans leur cercueil mobile nous montrerons que l’esprit humain est vivant !" Braquer des banques pour se sentir vivant, on a déjà plus zen comme activité physique. En attendant le film a cartonné et inspiré plus d’un dont le célébrissime "Brice de Nice" de James Huth. Vous vous souvenez de cette scène où Brice (Jean Dujardin) rencontre enfin son idole qui lui dit : "Tu sais Brice, il ne faut pas confondre rêver sa vie et vivre ses rêves. C’est cette différence qui fera de toi un homme." Cassé le Brice !

La suite n’est pas aussi réussie, comme un mauvais retour de vague. "Point Break" connaîtra les honneurs (les horreurs) d’un remake au titre éponyme en 2015. Moins inspiré, moins inspirant, cette ode aux sports extrêmes fera un flop. Le manque de charisme de ses acteurs principaux expliquant certainement cela. Il faut bien avouer que personne ne peut rivaliser avec Keanu et Patrick. Donc cet été, revoyez "Point Break" et/ou sur une plage, mettez-vous au surf en retenant les sages paroles de Bodhi…

Le surf c’est la source, ça vous change une vie !