Oscars 2016 - Le cinéaste mexicain Iñarritu entre dans la légende d'Hollywood

Leonardo DiCaprio et Alejandro Inarritu lors de la soirée de remise des Oscars
Leonardo DiCaprio et Alejandro Inarritu lors de la soirée de remise des Oscars - © MARK RALSTON - AFP

Le réalisateur mexicain Alejandro Iñarritu est entré dimanche dans l'histoire d'Hollywood avec "The Revenant", une superproduction contant l'odyssée d'un trappeur dans le Grand Nord, grâce à laquelle il a démontré une nouvelle fois sa virtuosité.

Iñarritu est devenu le troisième cinéaste de l'histoire à gagner deux fois de suite l'Oscar du meilleur réalisateur, après John Ford (1941 et 1942) et Joseph L. Mankiewicz (1950 et 1951).

L'an passé, il avait triomphé avec la comédie noire aux accents fantastiques "Birdman". Son doublé avec "The Revenant" le place aussi sur la liste prestigieuse des cinéastes ayant obtenu deux statuettes pour leur réalisation parmi lesquels Billy Wilder, Clint Eastwood, Steven Spielberg, Milos Forman, Oliver Stone ou Ang Lee.

"Je ne peux pas y croire", a-t-il lancé en recevant sa statuette, avant de rendre hommage à Leonardo DiCaprio, récompensé par l'Oscar du meilleur acteur pour son rôle de trappeur en quête de vengeance.

L'Oscar du meilleur film a en revanche échappé au Mexicain et est revenu à "Spotlight" de Tom McCarthy, saga journalistique sur les crimes pédophiles dans l'Eglise.

"The Revenant" est sans doute le film qui résume le mieux le cinéma d'Iñarritu, visant à secouer le spectateur pour lui faire comprendre un peu plus la nature humaine.

Durant cinq années, le réalisateur a mûri son projet par des voyages, des lectures pour donner forme à cette histoire de vengeance, de survie et d'espérance.

Le cinéma est pour lui "une autre manière de montrer qui tu es". Un film "est une extension de soi-même, c'est un bébé", dit-il.

Le succès actuel de la carrière d'Iñarritu, né à Mexico il y a 52 ans, n'est pas totalement surprenant. Tous ses films (six au total) ont en effet été nominés par l'Académie américaine des arts et sciences du cinéma, un véritable exploit.

Avant de trouver sa voie dans le cinéma, "El Negro" ("Le Noir") comme il est surnommé par certains, avait vécu plusieurs vies.

Dans les années 80, il fut l'une des voix les plus populaires de la radio mexicaine, à la tête d'un programme de rock sur la station Wfm.

Son esprit d'aventurier l'a poussé à se détourner des micros dans les années 90 pour se lancer dans la réalisation de spots publicitaires et de courts-métrages avec sa société de production Z Films.

Durant ces années cruciales pour sa formation, Iñarritu a étudié la direction théâtrale sous les ordres du metteur en scène polonais Ludwik Margules.

C'est à cette époque qu'il a effectué la rencontre la plus marquante de sa carrière en la personne du scénariste mexicain Guillermo Arriaga, qui a écrit le scénario de son premier long-métrage "Amours Chiennes" (2000).

Le film, dont l'interprète principal est Gael Garcia Bernal, a représenté le Mexique aux Oscars et marqué le début d'une nouvelle phase pour le cinéma latino-américain.

Ensuite est venu "21 grammes" (2003) avec Sean Penn, puis "Babel" (2006) avec Brad Pitt, complétant la trilogie de la mort créée avec Arriaga et grâce à laquelle Iñarritu a mis un pied à Hollywood.

Quatre ans plus tard, il réalise "Biutiful" (2010), un drame interprété par Javier Bardem et financé par la société de production, désormais quasiment inactive, Cha Cha Cha Films, fondée par Iñarritu avec les autres réalisateurs mexicains Alfonso Cuaron et Guillermo del Toro.

Avec "Birdman", une comédie créée pour "se donner une respiration et passer un bon moment", Iñarritu a raflé quatre statuettes aux Oscars l'an dernier, dont celle du meilleur film, et a été sacré meilleur film étranger aux César vendredi.

Il a réalisé dans la foulée "The Revenant", un projet personnel au budget considérable, qui l'a définitivement consacré comme un des meilleurs cinéastes d'Hollywood.

"Ca a été exténuant de faire deux films d'affilée, a-t-il récemment reconnu. "C'était comme courir deux marathons(...). Le seul défi actuellement devant moi est de me reposer durant six mois. Comme un ours, je veux rentrer dans une grotte et hiberner."

Avec le triomphe de Spotlight comme meilleur film, il passe à côté d'un doublé inédit dans l'histoire des Oscars. Jamais encore en effet un réalisateur n'a vu deux de ses oeuvres sacrées dans cette catégorie deux années de suite.


Belga