"Okja" : la fable écolo qui arrive à bon porc

“Okja” : la fable écolo qui arrive à bon porc
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“Okja” : la fable écolo qui arrive à bon porc - © Tous droits réservés

Le film avait fait polémique lors de sa projection au Festival de Cannes le mois dernier. Beaucoup de critiques s’indignaient de la présence d’une production Netflix dans la sélection officielle. Si Okja n’est pas une réussite à tous les plans, la démarche est quand même digne d’intérêt.

 

“Lourdaud”, “guimauve et grand guignol”, la presse n’est pas tendre avec le nouveau film de Bong Joon-ho (Memories of Murder, Snowpiercer, Mother) mais cela semble plus lié à son affiliation Netflix qu’à sa qualité et sa réalisation. Okja est un récit dystopique dans lequel une multinationale verreuse a créé une race de super-cochons “eco-friendly” pour répondre aux revendications des consommateurs. En parallèle, une opération marketing a été menée, vingt-six cochons ont été dispersés aux quatre coins de la planète et confiés à des éleveurs pendant dix ans. Au terme de la décennie, le plus beau spécimen porcin est couronné et se voit représentant de la marque. Okja est un de ces animaux, elle vit dans les montagnes coréennes auprès de Mija, la petite-fille de son éleveur. Ici, faune, flore et humains vivent en harmonie au rythme des ruisseaux, jusqu’au jour où une équipe de télévision rend visite à Okja et la désigne gagnante de la compétition. La suidée va être retirée à ses éleveurs pour rejoindre New York mais Mija ne l’entend pas de cette oreille. Elle va suivre son amie qui est, entre-temps, secourue par le Front de Libération Animale (FLA). Okja va devenir leur cheval de Troie pour dénoncer les conditions de vie des super-cochons. Elle intègrera l’abattoir avec une caméra à la place de sa puce et les images serviront ensuite d’arme politique pour dénoncer le mensonge de la grosse société. 

 

Disponible dans le catalogue Netflix depuis le 28 juin, Okja avait déjà été projeté à Cannes en avant-première. Le film a des allures très marquées de fable écologique dans sa globalité comme dans les détails. L’idée de base est habilement déroulée : l’insouciance de cette petite fille et son animal et le bonheur simple qui en découle se trouve confrontés à des intérêts capitalistes qui les dépassent. Sans le vouloir, elles font partie d’un système qu’elles n’ont pas choisi. Okja dénonce non seulement l’enrichissement industriel au détriment de la nature mais aussi le mensonge assumé et la perversion qui en émanent. 

 

Au premier abord, on se dit que l’on a affaire à un film enfantin un peu farce, un peu lourd peut-être. Les super-cochons sont des gros hippopotames attachants pas très crédibles, le présentateur de l’émission de télévision joué par Jake Gyllenhaal est clairement dans l’excès burlesque, certaines blagues tâchent comme du mauvais vin rouge et les émotions à la coréenne surfont encore un peu l’ensemble. Mais, il faut l’avouer aussi, le récit tient la route, le sujet est bien amené et le retournement courageux. Okja est en fait une fable écologique engagée et subtile sous ses airs rustres. Bong Joon-ho a réussi a amener des idées alternatives anti-capitalistes dans un film à l’apparence mainstream, un film qui va faire réfléchir toute la famille, n’en déplaise à la croisette des nantis.