"No" : comment un jeune publicitaire fit campagne contre Pinochet

Le vent de la liberté soufflera sur le Chili de Pinochet dans "No", attendu mercredi 6 mars dans les cinémas hexagonaux
Le vent de la liberté soufflera sur le Chili de Pinochet dans "No", attendu mercredi 6 mars dans les cinémas hexagonaux - © ©Fabula - Photo : Tomas Dittborn

Un jeune publicitaire de renom devient le fer de lance de la campagne pour le "non" au général Pinochet lors du plébiscite de 1988 : cette aventure, qui a débouché sur la transition démocratique au Chili, est au coeur du film "No" du cinéaste chilien Pablo Larrain.

"Beaucoup se souviennent de la façon dont Pinochet est arrivé au pouvoir mais peu savent comment il en est parti. J'ai voulu raconter comment il a été défait par un message de bonheur lors du plébisicite de 1988", a expliqué Pablo Larrain, dont le film (sur les écrans français le 6 mars) a été nommé aux Oscars dans la catégorie meilleur film étranger.

Avec peu de moyens et sous la surveillance constante des hommes de Pinochet, le publicitaire, incarné par l'acteur mexicain Gael Garcia Bernal, 33 ans, conçoit un plan audacieux pour remporter le référendum, décidé par le dictateur sous la pression internationale.

Pinochet est également contraint d'accorder une plage de 15 minutes à l'opposition à la télévision. C'est pendant ces quinze minutes, sur lesquelles se concentre "No", que le publicitaire, René Saavedra, parviendra à faire souffler un vent d'optimisme sur le Chili, qui débouchera quelques années plus tard sur le départ du dictateur.

"Je n'ai pas voulu faire un travail sur la mémoire, même si le film en est un", a souligné à l'AFP le cinéaste, qui s'est pourtant immergé dans cette époque, en étudiant les archives et en parlant avec des centaines de personnes. "Ce que je voulais, c'était raconter cette histoire fascinante et restituer un moment important pour la société chilienne", a-t-il ajouté.

Pablo Larrain a choisi de tourner le film en "humatic", un vieux format vidéo, brouillant ainsi la perception entre son tournage et les images d'archives. Le procédé est saisissant, l'image pas très belle, mais ce choix "s'inscrivait dans l'imagerie visuelle de l'époque", a-t-il expliqué. "Si j'avais tourné en haute définition, il y aurait eu un décalage entre les textures visuelles", a-t-il ajouté, rappelant que de son enfance "marquée par la dictature", il retient "une image sale, basse définition", emprunte "de souffrance, d'obscurité".

Pour le cinéaste, "le grand problème du Chili, c'est qu'il n'y a pas eu de justice. Pinochet est mort libre, la majorité des tortionnaires et des assassins sont libres et cela a empêché que cette blessure se ferme". L'acteur principal, Gael Garcia Bernal, s'est "préparé intensivement pour le rôle". "En peu de temps, mais en me documentant sur le contexte social de cette époque pour comprendre le fonctionnement de ces microsphères politiques et plus largement le +rythme+ chilien", a-t-il expliqué lors de la projection du film au dernier Festival de Cannes.

"J'ai bénéficié du fait que mon personnage est un Chilien qui a été exilé longtemps au Mexique", a-t-il ajouté. "C'était très courant à cette époque", a souligné de son côté le réalisateur.

 

AFP Relax News