"Night moves" de Kelly Reichardt : un thriller écolo dans l'Oregon

"Night moves"
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La fin justifie-t-elle les moyens ? "Night moves", en salles en Belgique le 30 avril, est un thriller mettant aux prises des écologistes radicaux, qui évoluent dans une nature magnifiée par la caméra de la réalisatrice américaine Kelly Reichardt.

Ce film, couronné au dernier festival du film américain de Deauville, raconte l'histoire de Josh (Jesse Eisenberg, "The social network" et "Insaisissables"), Dena (Dakota Faning, exfiltrée de "Twilight") et Harmon (Peter Sarsgaard, "Dans la brume électrique", "Blue Jasmine"..).

Tous trois sont convaincus de la nécessité de passer à l'action extrême pour défendre la cause écologiste, pour réveiller les consciences.

Ils décident de faire exploser un barrage hydroélectrique mais cet acte aura des conséquences qu'ils n'avaient pas prévues et dont Dena n'arrivera pas à se remettre.

Kelly Reichardt ménage le suspense, de la préparation minutieuse de l'action au déroulement de l'attentat jusqu'au sort qui attend - ou pas - les héros.

Qui sont d'ailleurs ces trois personnages? Le spectateur doit imaginer leur passé, compléter les pistes proposées.

"Ils sont comme des gars qui vont attaquer une banque et qui sortent de prison. Ils ne se connaissent pas, posent des questions sur la fiabilité de l'autre", explique à l'AFP la réalisatrice, de passage récemment à Paris.

"S'ils se connaissaient avant de s'unir pour agir ensemble, il n'y aurait pas cette tension", poursuit-elle.

Josh, garçon mystérieux et peu loquace, travaille dans une ferme biologique de l'Oregon. Dena est une fille de bonne famille en rupture qui utilise l'argent de ses parents pour financer l'opération. Quant à Harmon, c'est un ancien militaire dont on ne sait pourquoi il a basculé dans l'activisme.

"Mûs par une force supérieure"

Dans leur vie de tous les jours, ce sont presque des citoyens lambda qui ne se font pas remarquer.

Leur comportement change selon qu'ils sont seuls ou en groupe. "Quand ils sont ensemble, ils sont concentrés sur leur objectif alors ils sont mûs par une force supérieure. Dès qu'ils se retrouvent seuls après, ils font face au vide, ils n'ont plus de plan en tête et en plus, l'après-attentat ne se passe pas comme ils l'avaient imaginé."

Son idée et celle de son scénariste habituel, John Raymond, est de questionner l'activisme radical. "Dans le film, il s'agit d'écologistes mais cela aurait pu être des chrétiens fondamentalistes ou d'autres mouvements extrémistes", poursuit Kelly Reichardt en citant le Tea Party, le parti des ultra-conservateurs américains.

La réalisatrice de "La dernière piste", "Wendy et Lucy" ou "River of grass" ne juge pas ses héros. Comment peut-on résister "quand un Etat peut marcher main dans la main avec l'industrie du pétrole ou une autre industrie?", demande-t-elle.

Kelly Reichardt n'appartient formellement "à aucun mouvement" écologiste ou autre. Mais son engagement transparaît dans les sujets qu'elle choisit, comme ici la vie d'une ferme bio avec ses rythmes, le choix de vie, les interrogations de ses participants.

Elle montre un des fermiers détruisant la licence qui l'autorise à faire du fromage (aux Etats-Unis, tous les fromages doivent être pasteurisés).

"Il y a plein de niveaux de résistance ou d'activisme", dit la cinéaste indépendante, qui se situe aux antipodes du système hollywoodien et partage sa vie entre New York et l'Oregon, où elle a déjà souvent tourné.

Jon Raymond y habite ainsi que son producteur exécutif. C'est donc là, logiquement, qu'ils ont trouvé cette vraie ferme et décidé de filmer encore les décors majestueux de cet Etat du nord-ouest américain, qui a vu naître les premiers mouvements écologistes.

 

AFP Relax News