Napoléon bon à part au Cinéma !?

Mort le 5 mai 1821, le premier Empereur des Français a toujours fasciné le 7e Art. Dès les débuts du Cinématographe, l’Homme au bicorne a envahi les plateaux, entre Austerlitz et Waterloo, gloire et décadence, succès et échecs. Et puis, si vous lisez cet article jusqu’au bout, nous vous dévoilerons le nom du meilleur de ses interprètes !

- Comment fait-on pour sortir victorieux d’autant de défaites ?

- Comment sort-on vaincu d’autant de victoires ?

Ce dialogue entre Napoléon et Hudson Lowe, major général de l’Armée britannique, sort tout droit du film "Monsieur N." réalisé par Antoine de Caunes (sorti en 2003). Alors que l’ex-Empereur et son geôlier à Sainte-Hélène sont interprétés respectivement par Philippe Torreton et Richard E. Grant, ce double questionnement résume assez bien le personnage de Napoléon joué au Cinéma avec ses grands films et ses ratés. Voici donc un aperçu non exhaustif des longs métrages ayant un rôle, qu’il soit petit ou grand (et la taille est importante), pour Bonaparte. Depuis l’invention du Cinéma par les frères Auguste et Louis Lumière en 1895, l’historien et critique de cinéma français Antoine de Baecque a évoqué, dans la revue mensuelle L’Histoire, à travers un article intitulé "Monstre de Cinéma" (publié en 2014), plus de "700 apparitions de Napoléon sur le grand écran et à peu près 350 à la télévision." Pour lui, l’Empereur est l’un des personnages historiques les plus représentés sur les écrans.

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Albert Dieudonné est le Napoléon du film "Napoléon" d’Abel Gance © Gaumont & MGM

Tout commence en 1897 avec Louis Lumière et ce premier film "Entrevue de Napoléon et du Pape". Suivent alors d’autres productions tant françaises qu’anglaises mais aussi américaines comme "Napoléon Bonaparte" de Ferdinand Zecca et Lucien Nonguet (en 1903 pour les productions Pathé, les concurrents des frères Lumière), "La Partie d’échecs de Napoléon" de Victorin Jasset (1907), "Napoléon et le marin anglais" de Alf Collins (1908), "Napoléon et la sentinelle" d’Henri Desfontaines (1908) ou "Napoléon et l’Impératrice Joséphine" de James Stuart Blackton (sorti aux États-Unis en 1909).

Si la figure de Napoléon se frotte à tous les genres, du récit historique (bien entendu) au drame en passant par la comédie, le premier grand succès cinématographique avec l’Empereur nous le devons au réalisateur français Abel Gance. Sorti en 1927, son "Napoléon" a révolutionné le Cinéma. Pour sa réalisation épique, afin de donner plus de souffle et de dynamisme à son histoire, Gance n’a pas hésité à installer des caméras sur des chevaux. Du jamais vu pour l’époque. Le réalisateur voulait raconter le destin de Napoléon en huit épisodes. Il n’en fit que deux. Si dans le premier opus, l’homme d’État est joué par Albert Dieudonné, dans sa suite "Austerlitz" (sortie en 1960), il est interprété par le futur sergent-chef Chaudard (voire le commissaire Cordier), Pierre Mondy en personne.

Plus loin dans le temps, en 1955, Sacha Guitry nous raconte aussi la vie de Napoléon avec Raymond Pellegrin (immense acteur qui a encore prêté sa voix à Fantômas dans la trilogie comique emmenée par Louis de Funès et Jean Marais, sans oublier qu’il a été Monsieur Kovalic le méchant de la saga "Châteauvallon") dans le rôle-titre. Au casting de ce film de plus de 3 heures, on retrouve encore Michèle Morgan (Joséphine de Beauharnais) et Danielle Darrieux (Eléonore Denuelle de La Plaigne). Guitry, qui joue M. de Talleyrand et qui n’est autre que le conteur de cette histoire, avait reçu un budget illimité pour son film. Il ne s’en priva guère en mélangeant reconstitutions grandeur nature de batailles et scènes intimistes. Ce personnage de Napoléon, Guitry le connaît bien vu qu’il avait déjà exploité son image dans plusieurs de ses films dès 1938 comme "Les Perles de la couronne", "Remontons les Champs-Elysées" et "Le Destin fabuleux de Désirée Clary".

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Marlon Brando est le Napoléon du film "Désirée" © 20th Century Fox

Désirée Clary qui est encore au centre du drame amoureux tout simplement intitulé "Désirée" sorti en 1954 avec Marlon Brando dans le rôle de Napoléon. D’autres grands noms, d’autres acteurs bien connus du public prêteront leur visage à l’Aigle ou au Petit caporal comme on le surnommait selon le camp qu’on occupait. Parmi eux, il y a en vrac et dans le désordre : Dennis Hopper ("Easy Rider") dans "L’Histoire de l’humanité" soit un film américain réalisé par Irwin Allen sorti en 1957 ; Ian Holm (Bilbon le Hobbit) dans "Bandits, bandits" (ou en VO "Time Bandits") de Terry Gilliam, sorti en 1981, avec la bande des Monty Pythons ; Christian Clavier dans le téléfilm "Napoléon" d’Yves Simoneau ; Aldo Maccione (vous avez bien lu) dans "La grande débandade" d’Enzo G. Castellari (en 1975) ; Gérard Oury (le réalisateur de "La grande vadrouille") dans "La belle espionne" un film américano-britannique de Raoul Walsh (sorti en 1953) ; Jean-Marc Thibault (sans Roger Pierre) dans "Napoléon II, l’aiglon" de Claude Boissol (1960) ou bien encore Daniel Auteuil dans "Napoléon (et moi)" de Paolo Virzi avec Monica Bellucci (en 2006). Même Eli Wallach, le truand du "Bon, la Brute et le Truand" a incarné un Napoléon gay dans "Les aventures de Gérard" en 1970 !

Mais… mais… mais… le meilleur des Napoléon reste sans conteste Alain Chabat dans "La nuit au musée 2" de Shawn Levy (2009) à travers lequel l’acteur incarne un Empereur bêtement belliqueux surtout quand on évoque sa petite taille ! Voilà pour les films tournés. Quant aux projets avortés, eux aussi, ils sont nombreux même si le plus célèbre n’est autre que celui porté par Stanley Kubrick qui voulait en faire, d’après ses mots, "le plus grand film jamais tourné". En préproduction, le réalisateur de "2001 l’odyssée de l’espace" avait pris 15.000 photos sur différents lieux de tournages à travers l’Europe (dont la commune de Waterloo en Belgique), réuni 17.000 documents relatifs à Napoléon et confectionné des centaines de costumes avant que tout ne tombe à l’eau. Quelle… Bérézina !

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Stanley Kubrick a pris plus de 15.000 photos pour préparer sa version ciné de Napoléon © Droits réservés

Quid de l’avenir cinématographique de Bonaparte me direz-vous ! ? Il faudra encore patienter jusqu’en 2023 pour voir "Kitbag" de Ridley Scott (la saga "Alien") avec dans le rôle-titre Joaquin Phoenix, déjà excellent en empereur… romain dans "Gladiator". Mais ça, c’est une autre histoire !