Mostra 2020 jour 8 : "Notturno", le nouveau documentaire de Gianfranco Rosi

Le documentariste peut se vanter d’avoir remporté dans sa carrière à la fois le Lion d’Or à Venise en 2013 pour "Sacro GRA" (fresque sur le périphérique de Rome) et l’Ours d’Or à Berlin trois ans plus tard avec "Fuocoammare" (portrait des habitants et des immigrants à Lampedusa). Il est de retour à la Mostra avec un nouveau documentaire, "Notturno".

Notturno

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Gianfranco Rosi à la Mostra 2020 avec "Notturno" © Alberto PIZZOLI / AFP

Cette fois, Rosi s’est penché pendant trois ans sur la situation au Moyen-Orient, et a planté ses caméras aux frontières entre l’Irak, le Kurdistan, le Syrie et le Liban. Des pays confrontés à la guerre, au terrorisme, aux extrémismes religieux, au chaos. De façon délibérée, le cinéaste ne filme jamais frontalement la violence du conflit, mais plutôt ses conséquences. Son cinéma n’est jamais explicatif ou didactique. "Notturno" est une mosaïque où l’on croise des veuves qui pleurent leurs fils morts en prison, des militaires qui attendent une menace invisible, des patients d’un institut psychiatrique qui répètent une pièce de théâtre, un pêcheur sur sa barque avec, au loin, l’écho de bombardements. Gianfranco Rosi entend, à travers cette structure éclatée, tenter de montrer comment ces habitants, malgré la tourmente, malgré la chappe de plomb de la guerre, tentent de faire en sorte que la vie continue…

Ce qui pose problème avec le cinéma de Rosi, c’est son penchant pour l’esthétisme. Guidé par son goût pour la "belle image bien éclairée et bien cadrée", on devine bien que la plupart des protagonistes qu’il filme n’ont pas été saisis sur le vif. Après un méticuleux travail de repérages, on imagine bien qu’ils ont, tels des acteurs d’une fiction, rejoué des scènes de leur quotidien devant les caméras du cinéaste italien. Or, mettre en scène le réel, est-ce encore du documentaire ? On a toujours le sentiment que Rosi fait primer la démarche esthétique sur l’éthique et la véracité. Et c’est un sentiment assez désagréable.

Laila in Haifa

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Amos Gitai à la Mostra 2020 avec "Laila in Haifa" © Alberto PIZZOLI / AFP

Un night-club à Haifa, un des rares lieux où Israéliens et Palestiniens peuvent se côtoyer autour d’un verre. A côté du bar, se déroule le vernissage d’une exposition de Gil, photographe israélien militant, courtisé par la directrice arabe de la galerie, femme pour qui les affaires et la publicité importent plus que l’engagement politique… D’autres personnages vont graviter autour de lui pendant cette soirée et le cinéaste Amos Gitai, à travers leurs conversations, veut filmer leurs espoirs et leurs désillusions avec, en filigrane, la question ontologique sur le conflit israélo-arabe : y aura-t-il jamais moyen, un jour, de vivre ensemble ?

Est-ce parce qu’Amos Gitai partage aujourd’hui son temps entre Israël et Paris qu’il a attrapé les tics les plus snobs et les plus horripilants du cinéma parisien – à savoir cette propension paresseuse à filmer des bavardages d’intellectuels plus ou moins inspirés et croire qu’il suffit d’enchaîner des dialogues "signifiants" pour faire du cinéma ? "Laila in Haifa", c’est le prototype de film où les intentions nobles masque mal un résultat terne à l’écran, et terriblement ennuyeux.