Mostra 2020 jour 3 : Deux films de réalisatrices pour débuter la compétition

En guise d’apéritif ce jeudi, "The human voice", un film de 30 minutes signé Pedro Almodovar avec Tilda Swinton, le monologue d’une femme au téléphone qui apprend le départ de son amant. Joli exercice de style librement inspiré de la pièce de Jean Cocteau, "La voix humaine"…

 

Ensuite, place à la compétition avec :

"Quo Vadis, Aida ?" de Jasmila Zbanic

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La réalisatrice Jasmila Zbanic à la Mostra 2020 © Tiziana FABI / AFP

La réalisatrice bosniaque nous replonge dans un jour noir de l’histoire contemporaine. Le 11 juillet 1995, après trois ans et demi de conflit, l’armée serbe prenait le contrôle de Srebrenica et organisait, sous couvert de déplacement vers une autre cité, le massacre de la population masculine de la ville, sous le regard implorant des femmes et des enfants, sans réaction des Casques Bleus, réduits à l’impuissance en l’absence de réaction de leurs supérieurs de l’ONU.

Le film suit le combat d’Aida, institutrice bosniaque engagée comme interprète auprès des militaires de l’ONU, pour sauver ce qui peut encore l’être, en priorité son mari et ses deux fils. Avec une mise en scène sobre, entièrement au service de la gravité de son sujet, Jasmila Zbanic réalise un film instructif sur la vanité des tractations entre les Casques Bleus, dépassés par la duplicité des Serbes victorieux. "Quo Vadi, Aida ?" pourrait valoir à son interprète principale, Jasna Duricic, une place de choix dans les délibérations du jury pour élire la meilleure actrice de la Mostra cette année.

"Amants" de Nicole Garcia

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L’équipe d'"Amants", le producteur Philippe Martin, la réalisatrice Nicole Garcia, l’acteur Pierre Niney, l’actrice Stacy Martin, et l’acteur Benoît Magimel. © Tiziana FABI / AFP

Lisa, jeune étudiante à l’école hôtelière, est folle amoureuse de Simon, un séduisant voyou dealer de drogue. Un soir, en présence du couple, un ami client de Simon succombe à une overdose. Paniqué, le dealer prend le large… Sans Lisa dans ses bagages. Acte 2 : on retrouve Lisa quelques années plus tard, mariée à Léo, un richissime homme d’affaires dont elle n’est pas très éprise. Lors d’un voyage exotique avec Léo, elle recroise la route de Simon…

Avec "Amants", Nicole Garcia revisite une figure imposée du drame, à savoir le triangle amoureux. Le résultat à l’écran n’est pas déshonorant, mais n’est jamais passionnant non plus. Première erreur : le casting. Si Benoît Magimel en nouveau riche qui croit que tout s’achète joue bien sa partition, Pierre Niney, même avec un blouson de cuir et une barbe de trois jours, n’est pas crédible en petite frappe… Quant à Stacy Martin (vue dans "Nymphomaniac" de Lars Von Trier et en Anne Karina dans "Le redoutable", le biopic de Godard par Michel Hazanavicius), elle est cinégénique, certes, mais totalement sans charisme. Qui plus est, Nicole Garcia filme la passion dévorante de ce jeune couple avec une retenue assez conventionnelle. C’est du cinéma "qualité française", qui se veut actuel mais qui semble hélas un peu déconnecté des vrais enjeux d’aujourd’hui.

La conférence de presse d'"Amants" à la Mostra