Michel Hazanavicius : "Le court métrage doit être un espace de créativité, sans formatage"

Le réalisateur Michel Hazanavicius préside le jury du Nikon Film Festival et rendra son verdict le 11 février
Le réalisateur Michel Hazanavicius préside le jury du Nikon Film Festival et rendra son verdict le 11 février - © ©Nikon

Le réalisateur oscarisé de "The Artist" et de "The Search", en salles en Belgique le 26 novembre, est le président du jury du Nikon Film Festival. Ce concours s'adresse aux cinéastes professionnels ou amateurs : ils peuvent proposer des petits films d'une durée maximale de 140 secondes. Relaxnews a rencontré Michel Hazanavicius. Il revient sur son rôle au sein de ce concours et sur sa vision du court métrage

Pourquoi avoir accepté de devenir président du jury ?
J'ai toujours souhaité participer à ce genre d'événement mais je manquais de temps. Quand on débute, c'est toujours très agréable de voir quelqu'un du métier s'intéresser à son travail. Je me souviens qu'il y a plusieurs années, j'avais présenté mon court métrage ("Échec au capital", en 1997, NDLR), et Jean-Pierre Bacri était présent. J'avais beaucoup apprécié.

Qu'attendez-vous des films que vous allez visionner ?
J'ai envie d'être surpris mais surtout, j'aimerais voir des films dans lesquels on ne trouve pas d'autoformatage. C'est le problème des longs métrages : ils se ressemblent beaucoup car il y a des codes, des écoles... J'espère voir de la création plutôt que de la répétition.

Quel regard portez-vous sur le court métrage ? Doivent-ils rester un format réservé aux réalisateurs débutants et à l'expérimentation ?
Le problème quand on est un réalisateur de long métrage, c'est que le jouet coûte cher ! La structure est lourde et contraignante, cela implique beaucoup de monde. Le court est un endroit théorique, il permet d'essayer des choses, de se créer des envies. J'aimerais beaucoup que les courts métrages sortent des cases dans lesquelles ils sont réservés car je suis pour une exposition maximale des oeuvres. L'absence d'économie réelle pour en soutenir la création est dramatique. Ça pourrait anoblir ce format. Mais d'un autre côté, si des structures financières et des règles se mettaient en place, cela risquerait d'entraîner un formatage... On pourrait perdre en créativité.

Vous avez vous-même travaillé sur des formats courts...
J'ai commencé par la télévision puis j'ai fait un court métrage avant de réaliser pas mal de publicités. Ce qu'on propose au Nikon Film Festival se rapproche un peu de ce dernier format. Ces années-là ont été très formatrices. J'ai pu y rencontrer beaucoup de personnes importantes, dont des techniciens qui font toujours partie de mon équipe. Et ça peut paraître paradoxal pour un président du jury d'un festival de courts métrages mais j'ai beaucoup appris car je n'aimais pas ce format imposé des 30 secondes. Mes premiers montages étaient toujours longs de 50 secondes. Ça a été le principal enseignement de ma période dans la pub : raccourcir. Même si c'est dur.

Est-ce la clé d'un bon court métrage ?
Sur ce type de films, il faut être simple, direct et percutant. Il ne doit pas y avoir en trop, il faut virer le gras. Ensuite, c'est la même règle qui s'applique au long : il faut savoir ce qu'on raconte. Si on part dans tous les sens, on se perd. Impossible sur quelques minutes.

Vous avez d'ailleurs raccourci le montage de "The Search", depuis sa projection à Cannes...
Oui, j'avais dû me dépêcher de faire une première version pour le festival. Depuis, je l'ai coupé de quelques minutes et le film est beaucoup mieux ! On en revient à la nécessité d'épurer.

Seriez-vous prêt à retenter l'expérience du court ? Voire d'un autre format tel que la série ?
J'ai récemment eu une idée de court métrage mais je l'ai finalement utilisée pour un format "classique". J'ai plus d'envie et de désir pour les longs métrages mais si un jour j'ai une idée qui s'applique à ce format, pourquoi pas? Concernant les séries, on me l'a proposé après mes Oscars mais j'avais d'autres projets et ni moi ni l'autre partie n'avons donné suite. Ce qui me séduit dans les séries, c'est la longueur. Pouvoir étaler une histoire sur plusieurs épisodes, sur plusieurs saisons. Dans un film, on ne peut pas creuser indéfiniment les personnages secondaires, par exemple. Je ne suis pas un grand connaisseur ni consommateur mais je cite souvent "Les Soprano". C'est tellement approfondi. C'est un chef d'oeuvre. Un projet comme ça, ça me fait envie.

Le thème de cette cinquième édition est "Je suis un choix". Les projets peuvent être soumis jusqu'au 15 janvier.
 

 

AFP Relax News

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