"Mia Madre" ou comment affronter la mort de sa mère selon Moretti

"Mia Madre", le nouveau film de Nanni Moretti en compétition à Cannes, explore les façons d'affronter la maladie d'une mère, puis sa mort
"Mia Madre", le nouveau film de Nanni Moretti en compétition à Cannes, explore les façons d'affronter la maladie d'une mère, puis sa mort - © LOIC VENANCE - AFP

"Mia Madre", le nouveau film de Nanni Moretti en compétition à Cannes et que les Italiens ont pu découvrir avant le Festival, explore les façons d'affronter la maladie d'une mère, puis sa mort. Un drame vécu par le réalisateur et qu'il a voulu raconter "sans sadisme".

Ce fidèle de Cannes (Palme d'Or en 2001 pour "La Chambre du fils" et président du jury en 2012) a bénéficié d'un rare privilège: celui de concourir alors que son film est déjà sorti dans son pays.

Dans ce nouveau long métrage, il raconte la crise traversée par une femme réalisatrice, jouée de façon très juste par Margherita Buy, l'une des actrices fétiches du metteur en scène romain âgé de 61 ans.

Cette crise est professionnelle (elle doit composer avec l'ego de la vedette américaine de son film en cours de tournage, joué par l'irrésistible John Turturro) et personnelle (sa mère est gravement malade et hospitalisée).

Divorcée, Margherita vient de quitter son amant et vit avec sa fille en pleine crise d'adolescence. Celle-ci refuse d'étudier le latin, une langue à laquelle la mère de sa mère a consacré toute sa vie comme professeure.

Nanni Moretti, joue le frère de la réalisatrice. Contrairement à elle, il semble parfaitement gérer la situation, ce qui renforce la culpabilité et le mal-être de sa soeur.

Moretti s'amuse parfois avec son alter ego féminin, comme lorsque la réalisatrice excédée lâche à son équipe: "Mais pourquoi faites-vous tout ce que je vous dis ? Le réalisateur est un con à qui vous permettez tout!".

Margherita traverse de façon chaotique cette "expérience commune" à Moretti et à bien d'autres, la disparition de la "mamma".

'Egocentrique'

C'est pendant le montage de son précédent opus, "Habemus papam" (sorti en 2011), que la sienne, professeure de lettres classique, comme dans le film, est décédée.

"La mort d'une mère est un moment important pour tout le monde que j'ai voulu raconter sans sadisme", a-t-il déclaré à la presse italienne au moment de la sortie du film.

Même s'il avoue "être gêné de devoir parler de sa mère", avec qui il entretenait des liens très forts, Nanni Moretti poursuit, dans les colonnes du Corriere della Sera: "Après, quand on fait un film, on fait un film et basta, même si le thème en est fort. On se doit d'être concentré sur le casting, la régie, le montage".

"Je cherche toujours à être détaché de ce que je raconte", souligne-t-il, avant d'ajouter, : "En l'occurrence, je ne sais pas si je l'ai vraiment été".

En Italie, les critiques, s'ils reconnaissent toujours à Nanni Moretti ce rôle unique de "chantre le plus authentique et le plus ironique de sa génération" comme l'écrit la Repubblica, sont quasiment unanimes pour en faire l’œuvre la plus intime du réalisateur de... "Journal intime" (1994).

Certes, Nanni Moretti est toujours "irrité et irritant" et son cinéma "égocentrique", qui le met systématiquement dans la "position de l'observateur indigné", peut agacer, souligne la Stampa.

Mais, ajoute le quotidien turinois, il n'en reste pas moins que les spectateurs ressentent toujours le besoin de voir sur grand écran des morceaux de leur vie que Moretti sublime.

"Emouvant, fort, mais aussi léger et brillant", en résumé "la somme de 40 ans de cinéma "morettien"" pour la Repubblica, "Mia Madre" pourrait créer la surprise à Cannes en raison du caractère universel de son sujet, même si son scénario peut sembler quelque peu convenu. La sortie du film est prévue pour le 16 décembre 2015 en Belgique.

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