"Marianne & Leonard : Mots d'amour", la muse et son artiste

"Marianne & Leonard : Mots d'amour", la muse et son artiste
"Marianne & Leonard : Mots d'amour", la muse et son artiste - © Lumière

Dans son dernier biopic musical, le documentariste Nick Broomfield centre son attention sur le couple que formaient Leonard Cohen et sa “muse” Marianne Ihlen. 

Vous connaissez la chanson. Dans le foisonnant répertoire musical de Leonard Cohen, “So Long, Marianne” fait partie de ces morceaux incontournables, connus même des non-initiés. Et comme de nombreuses chansons du parolier canadien, elle est dédiée à une femme : Marianne Ihlen, une mère célibataire norvégienne avec qui il a partagé sa vie pendant 8 ans, avant de se séparer.

C'est leur couple que Nick Broomfield a élu comme sujet de son nouveau documentaire — un choix qui n'a rien d'anodin. Spécialiste des duos musicaux (on lui doit “Biggie & Tupac” et “Kurt & Courtney”), le réalisateur était un ami de Marianne Ihlen, ainsi que son amant, comme il ne manque pas de le souligner à de multiples reprises. Cette intrusion du cinéaste dans l'histoire du couple (et dans son propre film), est une des rares anomalies qui parsèment ce documentaire à la narration assez conventionnelle. Entretiens face caméra, films amateurs et reportages télévisuels sont la règle ici.

Les moments les plus touchants de “Marianne & Leonard : Mots d'amour” sont ceux qui évoquent les beaux jours du couple, au début de leur relation, sur la magnifique île grecque d'Hydra. Cohen, à ce moment un romancier sans succès, est un compagnon affectueux pour Ihlen et un père de substitution adéquat pour le fils de celle-ci. Mais, comme le note une amie du couple “les poètes ne font pas des maris formidables.”. Alors que sa carrière de chanteur décole, Cohen se laisse de plus en plus gagner à son désir de fuite et abandonne femme et enfant sur l'île pour une vie de concerts, de conquêtes féminines et de drogues — un cheminement assez standard pour un célèbre musicien de cette époque.

Là est peut-être l'élément le plus déstabilisant du film : le duo formé par Leonard et Marianne n'est guère différent de nombreux couples d'artistes et de muses. Tandis que le documentaire suit leur parcours, il devient de plus en plus difficile de comprendre pourquoi leur histoire en particulier méritait d'être racontée. Seule la très belle lettre envoyée par Cohen à Ihlen peu avant leur décès respectif (ils sont morts à 3 mois d'écart) dénote quelque chose de différent. Du reste, Broomfield s'éparpille souvent dans son sujet, perdant de vue le couple au centre de son histoire pour se concentrer sur les frasques de Cohen, qu'elles aient trait à la drogue, l'amour libre ou la religion.

Cette mise en avant du chanteur canadien n'est évidemment guère surprenante. En tant que célébrité, Leonard Cohen est une personnalité autour de laquelle grand nombre de documents existent et il est, n'en doutons pas, la raison principale pour laquelle les spectateurs iront voir “Marianne & Leonard”. Mais son omniprésence a la fâcheuse conséquence d'éclipser Marianne Ihlen du film qui porte son nom, faisait d'elle un personnage plutôt secondaire dans la vie mouvementée du musicien. Lui, au contraire, est présenté comme le centre même de l'existence de sa “muse”, une ombre qui continue de planer longtemps après leur séparation. C'est regrettable car Broomfield semble porté par une affection sincère pour cette personne aux multiples qualités humaines. Mais en entretenant cette image d'une femme qui n'aurait existée qu'à travers son rôle de muse, il lui rend un hommage assez maladroit.

 

“Marianne & Leonard : Mots d'amour” sort dans les salles de cinéma le 1er juillet.