Love story, 50 ans d’amour

Classique parmi les Classiques, le film "Love story" est sorti en salles il y a 50 ans. Mais un demi-siècle plus tard, est-ce qu’il fonctionne encore ? N’est-il pas trop désuet voire nunuche ? Nous l’avons revu pour vous…

 

"Que dire d’une femme qui meurt à l’âge de 25 ans ? Qu’elle était belle et très intelligente. Qu’elle aimait Mozart, Bach, les Beatles… et moi."

Non, je ne viens pas de vous divulgâcher la fin du film romantique le plus célèbre de l’Histoire du Cinéma. Car voilà bel et bien comment débute "Love story" d’Arthur Hiller, avec cette triste nouvelle. Ses paroles sont prononcées par Oliver. Il est assis dans Central Park. Le poumon vert de New York étant recouvert de neige, aussi froid et triste et gris que le cœur de notre héros. Oui, dès le départ, on sait que cette fameuse love story va mal se terminer. Alors comment expliquer son succès ? Comment cette histoire d’amour va en inspirer tant d’autres ?

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Tout d’abord, il y a l’histoire, le scénario, à la fois simple, classique et intemporel. Oliver est riche. Fils de bonne famille, il entame des études de droit à la prestigieuse université de Harvard. Jenny est d’origine plus modeste. Fille d’immigrés italiens, elle étudie la musique au Radcliffe College (une université artistique). Ces deux-là se croisent pour la première fois à la bibliothèque municipale et se disputent. Disons plutôt que Jenny taquine Oliver car elle n’est pas insensible à son charme. Plus tard, elle avouera que c’est le corps d’athlète d’Oliver qui l’a séduite ! Ils tombent amoureux, se marient et décident d’avoir des enfants. Mais cette grossesse tarde à venir. Après quelques analyses, le couple apprend que Jenny est atteinte d’une leucémie et qu’il lui reste peu de temps à vivre…

Un drame intime pour un amour profond, "Love story" connaît dès sa sortie en salles un succès phénoménal et transforme ses deux vedettes en stars internationales. D’un côté vous avez Ali MacGraw, toute jeune actrice qui tournera peu et qui se mariera avec Steve McQueen, et de l’autre, Ryan O’Neal, surnommé le "Prince charmant de l’écran", il vivra une longue aventure amoureuse aux bras de Farrah Fawcett et incarnera Barry Lyndon dans le film éponyme de Stanley Kubrick. Et dire qu’O’Neal a failli ne jamais jouer dans "Love story" car le réalisateur n’aimait pas son jeu, lui préférant des acteurs comme Michael Douglas, Peter Fonda voire Jeff Bridges. C’est le producteur du film qui l’a imposé.

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Ryan O’Neal et Ali McGraw dans "Love story" © Paramount Pictures

Mais si le film est un succès c’est surtout grâce au personnage de Jenny, une jeune femme forte, intelligente, belle et qui ose. C’est elle qui drague Oliver. C’est elle qui fait le premier pas. "Je vous imagine riche et stupide" lui dit-elle à la bibliothèque avant de conclure, "stupide de ne pas m’inviter à boire un café !" Le tout balancé avec malice et un joli sourire en coin qui en dit davantage. Ensuite, quand Oliver et elle se marient alors qu’ils sont toujours aux études, c’est Jenny qui va travailler pour subvenir aux besoins du ménage. Personnage moderne aux propos et à l’attitude révolutionnaires pour l’époque, Jenny va en séduire plus d’un… et influencer plus d’une.

Une autre source du succès de cette histoire d’amour reste son humour et ses drames. Ce film mélange subtilement des scènes dramatiques et de purs moments de comédie. Tout est parfaitement dosé. On rit le temps d’une scène et la suivante, on pleure à torrents. Il y a aussi la musique de Francis Lai (compositeur, entre autres, de la bande originale du film "Un homme et une femme" de Claude Lelouch) récompensé par l’Oscar de la Meilleure musique pour le thème de "Love story". Si vous l’avez vu ce film, vous avez certainement en tête ces quelques notes de piano.

L’Amour, c’est de ne jamais avoir à dire qu’on est désolé…

Et puis, un classique ne deviendrait jamais un Classique sans ses punchlines, ses répliques. LA phrase du film est prononcée par Jenny (je vous l’écrivais, c’est elle le véritable moteur de cette histoire d’amour et son essence aussi). Son langage est direct, cash, parfois un peu grossier mais elle est juste dans ses propos. Oliver s’en veut de ne pas pouvoir sauver Jenny. Elle lui explique que cette maladie n’est de la faute de personne. Il demande pardon en pleurant et elle lui répond (en VO) "love means never to say you’re sorry" ! Cette phrase devient rapidement culte et se classe même à la 13e place du Top 100 des plus grandes répliques du Cinéma américain (un classement établi en 2005 par la chaîne CBS), derrière "C’est à moi que tu parles ?" entendu dans "Taxi driver" et devant "Téléphone maison" de "ET l’extraterrestre". Une phrase qui sera également moquée et détournée par Ryan O’Neal en personne dans la comédie "On s’fait la valise doc ?" sortie en 1972. Face à Barbra Streisand qui vient de lui lâcher que "l’amour c’est de ne jamais dire qu’on est désolé", l’acteur avance qu’il n’a "jamais entendu quelque chose d’aussi stupide" !

Donc, pour répondre à la question de ce début d’article, oui, vous pouvez (re) découvrir "Love story", un film à la fois sensible, drôle, touchant, authentique et en avance sur son temps, preuve ultime que l’amour est éternel !