Les rayures du zèbre: Benoît Mariage et Benoît Poelvoorde ensemble pour la troisième fois

Rencontre avec Benoît Poelvoorde

 

Vous êtes José dans le film, quelqu'un qui connaît les codes africains ?

Oui qui les connaît pour s'y rendre souvent, et qui n'a pas de préjugés. Mais ce qui est génial chez José c'est qu'il ne prétendra jamais connaître l'Afrique. En revanche il sait comment s'y débrouiller, ce n'est pas pareil. Au début du film il peut paraître assez insensible, tout le monde me le dit, c'est un sale con.

 

Ce petit con, grande gueule va montrer rapidement ses émotions. C'est la force de Benoit Mariage ?

Oui c'est la qualité des films de Mariage, et c'est génial à jouer parce que il n'y a rien à faire, il te met en doute comme un être humain. On n'est jamais tout méchant ou tout gentil. On se dit, José quel pouilleux, et en même temps il a quelque chose de touchant, il se débat, il drague l'hôtesse en arrivant. C'est une réflexion sur le père encore une fois, comme tous les films de Mariage, et moi j'adore jouer ces personnages-là parce qu'ils sont complexes.

 

On sent en voyant le film que le tournage a été périlleux ?

Très dur, parce que la Côte d'Ivoire ce n'est pas le Sénégal. Abidjan c'est pollué, et c'est deux fois plus embouteillé que Paris. C'est 42 degrés à l'ombre et 98 % d'humidité. Très dur; on n'a pas pu nous maquiller, ça coulait aussi vite, on m'appelait l'éponge ou la méduse. Je transpirais comme un bouc, hors tournage j'étais tout nu.

Evidemment on n'a pas tourné dans les palaces, c'est un gamin qui vient de la rue. Et on a tourné dans des rues encombrées, sans argent donc on ne pouvait pas bloquer la circulation. Et les Africains dès qu'ils voient une caméra ils sont 200 à se bousculer. Et tu ne peux pas les discipliner, leur dire qu'on tourne un film, ils n'en tournent pas. Donc il faut y aller à l'arrachée, et on n'a pas choisi les meilleures conditions. C'était très dur pour moi; moins pour Benoit Mariage, il arrivait à porter des chaussettes. Enfin le film est là, c'est l'essentiel.

 

Rencontre avec Benoît Mariage

 

Il a fallu apprivoiser l'univers du foot, pour être à l'aise avec les autres éléments du film ?

Je pense que la meilleure chose était de suivre ce genre de personnages et de les voir évoluer dans leur contexte. Ce que j'ai fait, j'ai appelé un agent de joueurs que je ne connaissais pas qui s'appelle Serge Trimpont, et j'avais des appréhensions, je prenais le risque de me retrouver avec une sorte d'esclavagiste contemporain, parlant mal à ses joueurs. Si c'est le cas je vais m'ennuyer et je n'aurai pas envie d'écrire, me suis-je dit. Mais là c'était l'inverse, j'ai rencontré un mec qui vit du commerce des joueurs bien sûr, mais qui aime l'Afrique et qui vit plein d'aventures là-bas. C'est cette rencontre chaleureuse qui m'a fait dire qu'il y avait matière à faire un sujet.

Une fois cela maitrisé je pouvais parler d'autre chose. Et forcément de la paternité parce que cela sous-tend de façon naturelle, un lien filial. Il y avait cela, puis les amours de cet expatrié, puisque pour pas mal d'Européens, l'Afrique est une terre de conquêtes diverses, par rapport à un désert affectif qu'ils connaissent en Europe. Tout cela j'ai voulu le mettre dans le film.

On sent des enjeux économiques énormes, quand on parle de foot. Il fallait être vrai ?

Oui il fallait être vrai parce que le réel est toujours plus riche et plus étonnant que la fiction que l'on peut imaginer, en travaillant dans un bureau. Sur le terrain on s'aperçoit que l'argent est le nerf de la guerre, et dans le football encore plus qu'ailleurs. Il y a énormément d'argent qui circule dans le film. On monnaie l'amour, le talent, on monnaie son cul, on monnaie ses jambes... Et tout le film pose cette réflexion de l'adoption des valeurs occidentales, auxquelles l'Afrique adhère malgré elle. Ce qui arrive au protagoniste au milieu du film, est l'arc qui tend le film et qui lui permet d'accéder au niveau de fable.

Christine Pinchart