"Les Héritiers" : des élèves plongent dans le passé pour préparer leur avenir

A l'origine du film, une ébauche de scénario envoyé à la réalisatrice Marie-Castille Mention-Schaar par un lycéen de terminale du lycée Léon-Blum à Créteil. Il raconte l'histoire d'une classe tirée vers le haut par une professeure.

Les deux se rencontrent, discutent et réécrivent le scénario, directement inspiré de l'expérience du jeune homme, Ahmed Dramé. En 2009, alors qu'il était en seconde, sa prof d'Histoire propose à la classe, considérée comme la plus faible du lycée, de participer au concours national de la Résistance et de la Déportation.

Le thème? Les enfants et les adolescents dans l'univers concentrationnaire nazi. Peu d'enthousiasme du côté des élèves, qui se laissent cependant peu à peu convaincre et s'emparent de l'histoire de ces jeunes Juifs ou Tziganes, nés (et pour beaucoup morts) plusieurs décennies auparavant. Jusqu'à devenir leurs "héritiers".

"Une histoire incroyable, positive et, en plus, vraie", déclare à l'AFP Ariane Ascaride, qui incarne la professeure, rebaptisée Anne Gueguen dans ce long métrage.

Optimiste et tonique, le film évite l'angélisme. La professeure ne cède ni au copinage ni à la compassion et n'hésite pas à rétorquer à une élève qui conteste une sanction: "J'ai raison et vous avez tort".

Un voyage dans la mémoire

"Les Héritiers" ouvre d'ailleurs sur une altercation entre une jeune fille voilée, qui vient réclamer son attestation de réussite au bac, et le personnel administratif, qui la lui refuse car elle porte le voile au sein d'un établissement laïc. Soit elle enlève son voile, soit elle va chercher le document dans une antenne située loin du lycée.

Une scène nerveuse, filmée comme la séquence d'un reportage. Un rythme que l'on retrouve lors des chahuts de la classe face à une remplaçante très vite dépassée.

La réalisatrice a tourné par ordre chronologique, avec des acteurs professionnels et amateurs, dont Ahmed Dramé.

"On a commencé par l'appel, le premier jour de la rentrée, et je n'ai pas été bonne", se souvient en riant Ariane Ascaride. "Je ne pouvais pas me protéger derrière ma technique d'actrice. On a dû retourner toutes les prises de la journée."

Comme dans la véritable histoire, le tournant du film a lieu lors de la visite de Léon Zyguel, un vieil homme venu raconter aux élèves sa déportation lorsqu'il avait leur âge, 15 ans.

"Je n'ai donné qu'une directive à mes acteurs: pour une fois, vous allez oublier qu'on tourne un film. Vous allez écouter Léon et partir faire ce voyage dans la mémoire", indique Marie-Castille Mention-Schaar.

Ce témoin, qui remercie les élèves "pour l'énergie" qu'ils lui donnent, provoque un choc dans la classe, "le choc de la rencontre avec la réalité" alors que la Deuxième Guerre mondiale semble si loin aux adolescents d'aujourd'hui, dit Ariane Ascaride.

"Tous ces élèves, quelle que soit leur origine, sont des Français qui, dans le film, prennent en charge leur Histoire", affirme l'actrice.

 

AFP Relax News

 

Le film sortira en salles en Belgique le 7 janvier 2015.

L'actualité culturelle vue par Yakana

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Les héritiers, de Marie-Castille Mention-Schaar © RTBF - Yakana - 2014