Les critiques d'Hugues Dayez - mercredi 21 octobre

L'affiche de "Crimson Peak"
L'affiche de "Crimson Peak" - © DR

Le premier film de la semaine est "Crimson Peak", en français "La pointe écarlate".

Aussi brillant qu’éclectique, Guillermo del Toro, le réalisateur du "Labyrinthe de Pan", de "Hellboy" et de "Pacific Rim", se lance dans un vibrant hommage à la tradition du roman gothique avec "Crimson Peak" ( "La pointe écarlate").

Buffalo, dans l’Etat de New York, à la fin du XIXème Siècle. Édith (Mia Wasikowska), fille d’un riche industriel, tombe amoureuse de Thomas (Tom Hiddleston), jeune aristocrate britannique désargenté. A la mort violente de son père, Édith épouse Thomas et part vivre dans son gigantesque manoir délabré, perdu dans la campagne anglaise. Là, elle doit apprendre à vivre avec la sœur de Thomas, l’énigmatique Lucille (Jessica Chastain)…

On peut s’amuse à déceler les nombreuses influences distillées dans "Crimson Peak" : "Frankenstein" de Mary Shelley, "Le tour d’écrou" d’Henry James, "Jane Eyre" de Charlotte Brontë, "Rebecca" de Daphné du Maurier… del Toro parvient-il à transcender ces influences ? Pas complètement : les rebondissements du scénario de "Crimson Peak" sont assez convenus.

Mais sur le plan esthétique, le film est une splendeur. Le cinéaste s’est offert le luxe de construire un véritable manoir sur un site canadien, et ne s’est pas contenté de décors en carton-pâte – ou en images de synthèse, ce qui donne à son manoir une vraie dimension spectaculaire. Le casting est tout aussi impressionnant, et Jessica Chastain, dans son premier rôle "inquiétant", prouve qu’elle est une des stars les plus talentueuses du cinéma d’aujourd’hui. En conclusion, même si "Crimson Peak" n’est pas d’une originalité fracassante, cela reste un très bel objet de cinéma.

Mon roi

Victime d’un grave accident de ski, Tony (Emmanuelle Bercot) est immobilisée dans un centre de rééducation. Elle se remémore toute sa relation tumultueuse avec Georgio (Vincent Cassel), avec qui elle a eu un enfant. La réalisatrice Maïwenn, par un jeu de flashbacks, dresse la chronique d’une passion dans "Mon Roi". Pas besoin d’avoir fait des études poussées de psychologie pour comprendre que Georgio est l’exemple parfait du pervers narcissique, qui manipule Tony, liée à lui par une dépendance affective irrépressible.

Maïwenn aurait peut-être pu accoucher d’un film intéressant sur ce cas clinique. Mais elle n’a pas les moyens de sa politique. Autant son film précédent "Polisse" était bien documenté, autant celui-ci sombre dans un déballage sentimental au premier degré sans intérêt. Vincent Cassel cabotine, son rôle l’exige mais l’effet est très agaçant, et Emmanuelle Bercot joue son personnage sans charisme.

"Mon Roi" ressemble à une caricature de psychodrame parisien, superficiel et rapidement insupportable. Mais il a eu l’heur de plaire au jeune cinéaste québécois Xavier Dolan, qui s’est battu pour qu’il figure au Palmarès du Festival de Cannes. Résultat : un incompréhensible prix d’interprétation pour Bercot (ex-aequo avec Rooney Mara pour "Carol" de Todd Haynes).

La Glace et le Ciel

Le documentariste Luc Jacquet ("La marche de l’empereur") dresse le portrait du glaciologue français Claude Lorius, qui a vécu pour une obsession pendant toute sa carrière : creuser au plus profond des glaces de l’Antarctique pour y recueillir des bulles d’air, témoignages de l’atmosphère qui régnait sur la Terre il y a des milliers d’années. En analysant ces bulles, Lorius et son équipe ont été des précurseurs dans l’analyse détaillée des évolutions climatiques sur notre planète.

Jacquet dispose d’un matériel d’archives formidables : les expéditions de Lorius ont été filmées, et le scientifique lui-même a accordé de nombreuses interviews au cours de sa carrière. Mais au lieu de se contenter d’un minutieux travail de montage, le documentariste veut imprimer sa patte et faire de la mise en scène. Il balade Lorius, honorable vieux monsieur, dans des paysages glaciaires grandioses, tandis qu’un comédien récite un commentaire à la première personne, prenant la place de Lorius pour raconter " son " aventure.

Cette mise en scène est tellement solennelle, le commentaire – écrit par Jacquet – tellement pompeux que " La Glace et le Ciel " passe complètement à côté de son sujet. Dommage, car il y avait matière à un vrai documentaire passionnant ; au lieu de cela, on subit un film aux prétentions poético-visionnaires horripilantes.