Les critiques d'Hugues Dayez : le fantastique comme thérapie

Les critiques d'Hugues Dayez : le fantastique comme thérapie
Les critiques d'Hugues Dayez : le fantastique comme thérapie - © NIKLAS HALLE'N - AFP

Le cinéaste espagnol Juan Antonio Bayona s’est d’abord fait remarquer avec un thriller fantastique, " L’orphelinat ", a ensuite gagné ses galons hollywoodiens avec " The impossible ", saisissante reconstitution du tsunami de 2004, et revient aujourd’hui avec " A monster calls " (" Quelques minutes après minuit "), l’adaptation d’un best-seller de la littérature jeunesse de Patrick Ness

« Quelques minutes après minuit »

Conor O’Malley traverse une enfance difficile : harcelé par ses camarades à l’école, il vit avec sa mère depuis la séparation de ses parents. Or celle-ci est atteinte d’un cancer, et le voilà obligé de vivre avec sa grand-mère, sévère et peu complice (Sigourney Weaver). Et voilà que chaque soir, " A monster calls ", un monstre l’appelle : dans ses cauchemars, il voit un arbre gigantesque prendre vie pour lui raconter des fables très instructives.

Sur le papier, " A monster calls " propose un étonnant mélange des genres : les scènes de la vie quotidienne de Conor pourrait figurer dans un drame social anglais, tandis que les scènes de cauchemar semblent issues d’un délire de Guillermo Del Toro (qui a produit " L’orphelinat " de Bayona, et qui osa, lui aussi, un mélange de genres dans " Le labyrinthe de Pan "). Il faut un vrai talent de metteur en scène pour orchestrer ce mélange, pour alterner séquences effrayantes et émouvantes, le spectaculaire et l’intime. Bayona relève le défi avec pas mal de panache, offrant en définitive une parabole initiatique sur la difficulté du passage à l’âge adulte et l’acceptation du deuil.

Neruda

Le Chili en 1948. Pablo Neruda, poète reconnu et intellectuel de gauche redouté, s’érige contre le gouvernement du président Videla. La virulence de ses attaques le pousse à l’exil. Le régime en place mandate un policier, Oscar Peluchonneau, pour mener la traque… Commence alors un jeu du chat et de la souris entre le flic et l’écrivain, entre l’agent du pouvoir en place et le contestataire.

Le cinéaste chilien Pablo Larrain ne livre pas un " biopic " classique sur la vie et l’œuvre de Neruda, il préfère choisir un épisode authentique de son parcours pour livrer un portrait impressionniste de cette grande figure artistique du XXème Siècle, quitte à flirter avec la fiction (le personnage de Peluchonneau, incarné par Gaël Garcia Bernal a certes existé, mais est ici complètement réinventé).

Le point de vue de Larrain est incontestablement original, mais son film est ce qu’il est convenu d’appeler un " film à clés " : on le devine truffé de références qui restent, hélas, assez opaques pour le spectateur peu connaisseur de Neruda. Pablo Larrain évite le didactisme – tant mieux – mais pas un certain hermétisme – tant pis…