Les critiques d'Hugues Dayez avec "Wind River", la révélation d'un auteur

Wind River
Wind River - © DR

Coïncidence des sorties: deux films auréolés d'un Prix de la mise en scène à Cannes déboulent sur nos écrans cette semaine: "Les proies" de Sofia Coppola, primé dans la compétition officielle, et "Wind River" de Taylor Sheridan, primé dans la section "Un certain regard".

Wind River

"Wind River", c'est le nom d'une gigantesque réserve indienne au cœur du Wyoming. Le cadavre d'une jeune Indienne est découvert dans la neige par Cory, un pisteur en train de chasser le puma. Il signale sa découverte à la police locale, en pénible situation de sous-effectif, et bientôt Jane, une agent du FBI, est dépêchée sur place. Ne connaissant pas le terrain, Jane demande à Cory de lui servir de guide... Le duo s'enfonce alors dans la réserve pour tenter d'élucider le crime.

L'intrigue policière, dans "Wind River" , est presque un prétexte pour le réalisateur Taylor Sheridan pour montrer ce qui l'intéresse: les conditions de vie déplorables des Indiens, parqués comme des misérables dans un territoire hostile, et ce dans l'indifférence générale. S'étant fait connaître comme scénariste ( "Sicario", "Hell or high water"), Sheridan passe ici avec brio à la réalisation: ses personnages sont tous intéressants, sa direction d'acteur est impeccable - Jeremy Renner trouve avec Cory un de ses meilleurs rôles - et son utilisation des grands espaces enneigés du Wyoming très inspirée. Sheridan avait déjà décroché une nomination à l'Oscar du meilleur scénario pour "Hell or high water", il est probable qu'on le retrouve en bonne place dans les nominations l'hiver prochain.

Les Proies ( The Beguiled)

Le 6eme long-métrage de Sofia Coppola nous replonge en pleine Guerre de Sécession. La vie bien régulée d'un pensionnat de jeunes filles est bouleversée lorsqu'une des pensionnaires découvre dans la forêt avoisinante un soldat nordiste blessé. La directrice de l'établissement (Nicole Kidman) décide de soigner ses blessures avant de le remettre à l'armée Sudiste. Mais pendant sa convalescence, le soldat va se livrer à un jeu de séduction, seul homme dans cet univers de femmes...

Le roman "Les proies" de Thomas Cullinan avait déjà fait l'objet d'une adaptation en 1971 par Don Siegel, avec Clint Eastwood dans le rôle principal. Ici c'est Colin Farrell qui incarne le soldat, tandis que Nicole Kidman est bien entourée par Kirsten Dunst et Elle Fanning. Sofia Coppola prétend avoir voulu développer un point de vue plus féminin dans cette nouvelle version. Mais c'est surtout une version édulcorée: Coppola gomme toute référence raciale à l'intrigue, car on ne voit pas le moindre esclave noir dans ce pensionnat du Sud... Grâce à son casting de haut vol, "Les proies" se regarde sans ennui, mais reste un peu trop lisse pour laisser une impression durable.

Mon Garçon

Julien, toujours aux quatre coins du monde pour son travail, n'a pas vu grandir son fils. Et lorsque son ex-femme l'appelle pour le prévenir de sa disparition pendant un camp de vacances, Julien accourt et décide, face à la police qu'il juge inefficace, de mener l'enquête lui-même...

Toute la campagne de promotion de "Mon Garçon " est axée sur le Making of: le réalisateur Christian Carion ne donnait le scénario à Guillaume Canet qu'au compte-gouttes, pour lui faire vivre son jeu de piste avec le plus de réalisme possible...

Cette campagne semble vouloir occulter le principal : la qualité dudit scénario. Et celui-ci est tellement faible, tellement linéaire, tellement cousu de fil blanc qu'on se demande si Carion a déjà regardé la moindre série anglo-saxonne sur le même thème: "Mon Garçon", dans son écriture et dans sa réalisation, apparaît comme du vieux cinéma dépassé en comparaison des séries policières actuelles.