Les critiques d'Hugues Dayez avec "The Disaster Artist", le making-of d'un nanar-culte

The Disaster Artist
The Disaster Artist - © DR

En janvier, James Franco remportait le Golden Globe du meilleur acteur dans une comédie pour son film "The Disaster Artist", tandis que Gary Oldman était sacré meilleur acteur dans un drame grâce à "Darkest Hour". Alors qu’Oldman semble promis à l’Oscar, Franco a vu son étoile pâlir avec des accusations d’harcèlement… Ce qui n’empêche heureusement pas "The Disaster Artist" de sortir ce mercredi chez nous.

The Disaster Artist

Au début des années 2000, un certain Tommy Wiseau cherche, comme tant d’autres quidams avant lui, à percer à Hollywood. Doté d’un accent indéfinissable et d’une chevelure digne d’un guitariste de rock métal, Tommy n’a pas le moindre soupçon de talent et se fait jeter à toutes ses auditions… Qu’à cela ne tienne : avec sa fortune personnelle – dont l’origine reste mystérieuse – il va lui-même écrire son film, le produire, le réaliser et bien sûr y jouer le rôle principal ! Ce sera "The Room", grand mélodrame qui va montrer à la face du monde le génie jusqu’ici incompris de Tommy Wiseau !

James Franco reconstitue la genèse de ce navet hors norme : Tommy multiplie les prises et les jours de tournage devant un équipe de techniciens et de partenaires consternés, mais fidèles car Tommy les paye rubis sur l’ongle – ce qui, à Hollywood, n’est pas forcément monnaie courante… Entouré de ses complices (Judd Apatow, Seth Rogen, son frère Dave), James Franco incarne lui-même Wiseau et a dû, pour la circonstance, apprendre à jouer très faux. Le résultat est savoureux, parce que "The Room" est tellement hénaurme qu’il est devenu, au fil du temps, un nanar-culte projeté dans des séances de minuit à Los Angeles. L’histoire de Tommy Wiseau méritait assurément d’être racontée ; Franco a trouvé le ton juste pour le faire, entre moquerie et tendresse pour cet homme inclassable.

Cro Man

Pour les amoureux du cinéma d’animation, le nom de Nick Park restera à jamais associé à un inoubliable tandem créé en pâte à modeler : "Wallace et Gromit", soit un vieil inventeur farfelu flanqué de son chien, bien plus intelligent que lui. Park a raflé une manne d’Oscars avec ce duo devenu légendaire… Après un long silence, Nick Park avec "Cro Man", long-métrage toujours réalisé au sein du Studio Aardman, la référence ultime de l’animation en plasticine.

Comme son titre l’indique, "Cro Man" se déroule à la Préhistoire. Dug, chasseur dans une brave tribu évoluant à l’âge de la pierre se voit menacée par une tribu rivale, qui évolue déjà à l’âge de bronze. Pour sauver sa peau et celle des siens, Dug va devoir affronter l’autre tribu dans un grand match de foot qui décidera de leur sort…

Si on peut saluer le courage de Park qui, au lieu d’exploiter confortablement la série "Wallace et Gromit" jusqu’à plus soif, préfère se lancer dans une aventure complètement différente, on ne peut cacher sa déception face à "Cro Man". Si le début du film ne manque ni d’humour ni de charme, la suite est assez poussive. Et surtout, la technique de l’animation en pâte à modeler ne semble pas la plus appropriée pour faire vivre les nombreux protagonistes d’un stade de football. Cela dit, si "Cro Man" ne satisfera sans doute pas les vrais fans d’Aardman, il devrait plaire au public familial.

Lucky

"Lucky" ne raconte pas grand-chose : c’est le portrait d’un cow-boy solitaire qui, à 90 ans passés, fait sa gymnastique matinale, fréquente inlassablement le même milk-bar et soliloque avec ses vieux potes au saloon du coin… Les amateurs du cinéma minimaliste "à la Jim Jarmusch" ont adoré "Lucky", signé John Carroll Lynch. En réalité, le principal – et seul ? – atout de ce film indolent est la présence d’Harry Dean Stanton, figure mythique du "Paris Texas" de Wim Wenders, véritable "gueule" du cinéma américain pendant plus de 60 ans de carrière, et qui a tiré sa révérence en septembre 2017, peu de temps après le tournage…