Les critiques d'Hugues Dayez avec "Au revoir là-haut", le défi d'Albert Dupontel

Au revoir là haut
Au revoir là haut - © DR

Lauréat du Prix Goncourt en 2013, "Au revoir là-haut" de Pierre Lemaître est aussi devenu un phénomène de librairie, totalisant près d’un demi-million d’exemplaires vendus. Parmi ses lecteurs enthousiastes, l’acteur et réalisateur Albert Dupontel, qui s’est attaqué à l’adaptation de ce "roman classique contemporain".

 

Au revoir là-haut

A la fin de la Guerre 14-18, à quelques heures de l’Armistice, Albert et Edouard, deux braves Poilus, sont victimes de la folie belliqueuse de leur supérieur qui les envoie une dernière fois au casse-pipe… Edouard en ressort défiguré, devenant une "gueule cassée", Albert survit miraculeusement, mais dégoûté de tout. Après la guerre, les deux hommes se retrouvent et imaginent leur revanche en concoctant une grosse arnaque : vendre, sur esquisses, des monuments aux morts, et empocher l’avance sans jamais les fabriquer…

En s’attaquant à un roman de cet ampleur, Albert Dupontel se l ance dans son projet le plus ambitieux : après ses comédies burlesques (le pénible "Le vilain" et le plus réjouissant "Neuf mois ferme"), il adapte pour la première fois l’univers d’un autre. La bonne surprise du film, c’est l’ambition de sa mise en scène : la reconstitution historique est pleine de brio, et le casting truffé de belles performances (Dupontel lui-même, mais aussi Niels Arestrup ou Laurent Lafitte). Mais "chassez le naturel, il revient au galop" : fan d’humour noir et de grotesque, Dupontel tire "Au revoir là-haut  exclusivement vers la farce caricaturale et le jeu de massacre. Le revers de la médaille, c’est un déficit d’émotion : difficile de ressentir une empathie profonde pour des personnages qui en sont réduits parfois à devenir des marionnettes aux mains d’un metteur en scène démiurge. En ce sens, "Au revoir là-haut" fait penser à l’adaptation d’"Un long dimanche de fiançailles" de Sébastien Japrisot par Jean-Pierre Jeunet : c’était un bel objet de cinéma, mais qui laissait le spectateur de marbre. On peut faire le même constat avec le film de Dupontel.

L’école buissonnière

En 1930, Paul, jeune orphelin, est recueilli dans un vaste domaine en Sologne. La femme est domestique chez Monsieur le Comte, son mari est le garde-chasse du domaine et traque sans répit le braconnier du coin, Totoche. Entre ce dernier et le petit garçon, une vraie complicité va naître et Paul, citadin d’origine, va s’ouvrir aux merveilles de la forêt…

Nicolas Vanier, aventurier devenu cinéaste ("Le dernier trappeur", "Loup", "Belle et Sébastien"), est un malin singe : il a décidé d’occuper un créneau autrefois sillonné par Yves Robert et Jean Becker, à savoir entonner la rengaine "Qu’elle était belle ma France d’antan !". C’est bien simple : "L’école buissonnière" ressemble à un remake d’un vieux film des années 50, où François Cluzet reprendrait le rôle d’un braconnier autrefois dévolu à Gabin ou Ventura, et où François Berléand joue un aristocrate à la Pierre Fresnay… Seulement voilà, "L’école buissonnière" n’est pas un remake, c’est un scénario "original" signé Vanier et Jérôme Tonnerre. Le tandem s’installe donc dans un genre, le "néo-vieillot  qui ravira les spectateurs de " hasse, pêche et traditions  et les mamies nostalgiques des " eaux films d’autrefois qui charriaient de si belles valeurs . Les fans de François Cluzet préfèreront sans doute le revoir dans des films autrement plus ambitieux comme "Médecin de campagne" ou "La mécanique de l’ombre".

Lumière, l’aventure commence

Des frères Lumière, les inventeurs du cinématographe en 1895, on connaît quelques films comme "L’entrée du train en gare de La Ciotat" ou "L’arroseur arrosé"… Et c’est à peu près tout. Or, à l’Institut Lumière à Lyon, des dizaines de petits films – avoisinant chacun les 50 secondes en plan fixe -, tournés par eux-mêmes ou leurs opérateurs, ont été soigneusement conservés et restaurés.

Thierry Frémaux n’est pas seulement le délégué général du Festival de Cannes, il est aussi le directeur de l’Institut Lumière. Il a eu l’idée de collationner une centaine des (très)courts-métrages des frères Lumière (parmi les quelques 1422 films existants) dans "L’aventure commence" pour faire redécouvrir ces Incunables du 7ème art sur grand écran. L’idée est méritoire mais hélas, Frémaux ne s’arrête pas là, et commente chaque film en "décodant" ce que l’on voit à l’écran. Ces commentaires parfois pédants lassent, hélas, sur la distance.

Le vent dans les roseaux

Arnaud Demuynck est producteur et réalisateur belges de courts-métrages d’animation. Et il a eu une excellente idée : au lieu de réserver la vision de ces films à des festivals ou d’éventuels passages en télé, il a compilé cinq films, d’auteurs et de styles différents, pour constituer un programme d’une heure à destination des salles de cinéma.

Les parents et les enfants à partir de cinq ans pourront donc savourer ensemble des films dont le graphisme est très éloigné de la norme "images de synthèse 3D"  qui domine aujourd’hui. Chacun aura son film préféré dans ce programme ; en ce qui me concerne j’opte pour "La Licorne" de Rémi Durin, une parfaite réussite esthétique.