Les chariots de feu, 40 ans de course sur la plage mais pas que…

Le film "Les chariots de feu" est sorti en salles le 30 mars 1981, il y a 40 ans. Si tout le monde connaît les 5 premières minutes de ce long-métrage et reconnaît les notes de Vangelis, que faut-il savoir sur le reste de cette histoire aux 4 Oscars dont celui du meilleur film ! ?

Nous pouvons fermer les yeux et nous souvenir de ces jeunes gens, le cœur rempli d’espoir… avec des ailes à leurs talons !

Des jeunes gens qui justement courent tout de blanc vêtu (avec l’Union Jack brodé sur leur tee-shirt) sur une plage. Cette course est filmée au ralenti avec au piano cette musique qui magnifie leur geste, souligne leur élégance dans l’effort, appuie leur joie de faire du sport en plein air et leur envie de se dépasser physiquement. Cette scène ouvre "Les chariots de feu" de Hugh Hudson, l’un des classiques parmi les classiques du Cinéma britannique. Une scène et une musique (celle de Vangélis) que nous connaissons tous par cœur, que nous avons tous, au moins, déjà vue/entendue sans même avoir regardé ce film dans son entièreté. Une scène culte du 7e Art maintes fois copiée, moquée, pastichée (par Mister Bean pour la cérémonie d’ouverture des JO de Londres en 2012). Mais "Les chariots de feu" raconte bien d’autres choses et nous sommes bien loin d’une séance d’entraînement des frères Borlée à Saint-Idesbald !

L’histoire de ces "Chariots" revient sur la rivalité sportive puis l’amitié de deux athlètes britanniques. Le premier, Harold Abrahams, est anglais et juif. Toute sa scolarité, il a souffert des remarques antisémites proférées à son encontre. Il court pour aller au-delà des préjugés et mieux les combattre. Le second, Eric Liddell est surnommé L’Écossais volant. Sa spécialité ? Le 100 mètres. Il y surpasse et dépasse tout le monde. Chrétien ultra-pratiquant, lui qui refuse de courir le dimanche, il court pour la Gloire de Dieu. Ensemble, malgré leurs différences, réunis au sein de la même équipe, voilà qu’ils participent aux Jeux olympiques de 1924 à Paris, avec un seul but : gagner !

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"Les chariots de feu", un film basé sur une histoire vraie… © 20th Century Fox

Si cette histoire démarre à Londres en 1978 avec cette commémoration du souvenir (d’où cette réplique citée en début d’article), un long flash-back nous ramène, dans les années 20, sur la plage anglaise de Broadstairs dans l’est du Kent (alors qu’en réalité, cette scène a été filmée à 800 kilomètres de là, en Ecosse, à West Sands St Andrews, pour des raisons économiques). Une plage où les deux hommes ont appris à se connaître. "Les chariots de feu" s’inspire de la véritable histoire de ces deux sportifs. Bon d’accord, même si ce film se permet quelques raccourcis et autres petits arrangements avec l’Histoire, en gros, il est plutôt fidèle aux événements et aux convictions de nos coureurs. Ce qui compte d’abord c’est de mettre en avant les valeurs humanistes d’Harold et d’Eric. Ensuite, il y a encore dans ce drame biographique un patriotisme britannique des plus vifs. Pourquoi ? Vers la fin des années 70, le Cinéma britannique souffre de la concurrence du Nouvel Hollywood d’Outre-Atlantique. Ce nouveau genre cinématographique US a révélé de jeunes réalisateurs comme Martin Scorsese, Francis Ford Coppola, Michael Cimino voire George Romero (et ses zombies). Ils signent des œuvres très personnelles, anticonformistes, virulentes. Ils filment la vie, la vraie, celle vécue au coin de la rue. Pour les Britanniques, il est donc temps de redorer le blason de leur Cinéma et de proposer à nouveau des films de qualité, des films qui marqueront les esprits. La relève est prête avec les talentueux Alan Parker ("Midnight express"), les frères Tony et Ridley Scott (la saga "Alien") et Hugh Hudson, le réalisateur des "Chariots") qui signera encore plus tard une nouvelle version des aventures de Tarzan avec "Greystoke" !

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Rowan Atkinson alias Mister Bean et sa vision des "Chariots de feu" pour la cérémonie d’ouverture des JO de Londres en 2012 ! © Tous droits réservés

Rappelons encore qu’à cette époque, le tout nouveau Premier ministre est… une toute première Première ministre. Son nom ? Margaret Thatcher ! Celle qui deviendra la Dame de Fer veut relancer le royaume, tant économiquement que socialement parlant (la suite de cette politique, vous la connaissez, entre capitalisme exacerbé, grèves et une non-réforme des soins de santé). Donc quoi de mieux qu’un film sur le dépassement de soi, l’exploit physique et deux sprinters pour imager et souligner tout cela ! ? Oui mais voilà, alors que le film célèbre ce royaume… uni, il gomme les conflits ethniques et religieux de l’époque.

En attendant, le résultat final (de la réalisation au montage, en passant par le choix d’excellents comédiens, débutants ou shakespeariens comme Ben Cross et Ian Charleson) est assez classique mais terriblement efficace. Ce film traverse le temps comme Abrahams et Liddell courent le 100 mètres, avec facilité ! La musique du compositeur grec Vangelis Papathanassiou y est pour beaucoup. Une musique pour laquelle il recevra l’Oscar de la Meilleure composition. Et quitte encore à parler de cette cérémonie de remise de prix, le film repartira d’Hollywood Boulevard avec 3 autres statuettes dont celle du Meilleur film.

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"Les chariots de feu", un film sur une rivalité sportive au message antiraciste fort… © 20th Century Fox

"Les chariots de feu" (dont le titre est inspiré du poème "Jérusalem" de l’auteur préromantique londonien William Blake, "Apportez-moi mon arc d’or incandescent… Apportez-moi mes flèches de désir… Apportez-moi ma lance ! Ô nuages, déchirez-vous… Apportez-moi mon chariot de feu…") reste donc un film important dans l’Histoire du Royaume-Uni mais aussi dans l’Histoire du Cinéma vu le fort message antiraciste qu’il véhicule ! Un film qui connaîtra une suite ou presque avec, en 2017, "Les ailes de la victoire" qui revient surtout sur la deuxième partie de la vie d’Eric Liddell, qui abandonne sa carrière de sportif pour devenir missionnaire en Chine. Mais ça, c’est une autre histoire (vraie)…