Les César, toute une histoire

Ce vendredi 12 mars se tiendra à l’Olympia, la célèbre salle de spectacle parisienne, la 46e Cérémonie des César, récompensant le meilleur du Cinéma français. Une cérémonie qui a vu le jour il y a 45 ans déjà.

"Bon ben alors je dis la phrase…" La voix grave et posée de Jean Gabin résonne encore dans l’Histoire de la Cérémonie des César. Le regard amusé derrière ses lunettes aux verres légèrement fumés, le sourire en coin, Monsieur Gabin continue, "ce soir, pour la première année, on va remettre les récompenses du Cinéma français, les César. Comme il se doit, je déclare la cérémonie ouverte. Voilà !"

C’était le 3 avril 1976, dans un tonnerre d’applaudissements et sous les cuivres triomphants et autres instruments à cordes d’un orchestre jouant en live toutes les musiques de l’événement, la première Nuit des César était organisée et lancée. À l’époque, cette soirée s’appelait comme cela, la Nuit des César. Tout avait commencé l’année précédente sous l’impulsion du producteur français Georges Cravenne avec la création de l’Académie des arts et techniques du cinéma. Pour célébrer le Cinéma français comme il se doit, Cravenne voulait encore une cérémonie à l’américaine comme les Oscars avec un prix visuellement fort et tout aussi glamour que la statuette décernée à Hollywood. Avant cela, en France, il existait déjà des Étoiles de Cristal ou le Grand prix du Cinéma français voire les Victoires du Cinéma français pour honorer le 7e Art hexagonal mais, si je puis me permettre, rien d’aussi prestigieux que les Oscars.

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Jean Rochefort fût le premier acteur à recevoir un César (qui n’avait pas encore la forme qu’on lui connaît aujourd’hui), 1976 © Académie des arts et techniques du cinéma

Pour réaliser cette fameuse récompense, Georges Cravenne a donc demandé à son ami le sculpteur César. Au départ, l’artiste marseillais avait imaginé une bobine de laquelle sortait un film s’enveloppant autour de la silhouette d’une star. Trop complexe, peu emballante, l’idée fut vite abandonnée. En 1977, travaillant sur une série de compressions, César imagina LA chose en bronze poli (et creux), haute de 29 cm (avec une base de 8 sur 8 cm) pour 3,5 kilos. Le César était né, un beau bébé quand même. Juste comme ça, un Oscar mesure 34 cm pour un petit 3 kilos. Recouverte d’Or 24 carats, la statuette de l’Homme chauve tenant une épée entre ses jambes (et baptisé ainsi par l’actrice Bette Davis qui voyait en ce prix une belle ressemblance avec son mari Harmon Oscar Nelson) coûte 690 euros. Vous devez compter plus du double pour un César. Avec un tel prix, Cravenne était aux anges… d’autant plus que "César" ça sonne comme "Oscar".

Et les nominés sont…

Encore quelques petits détails, sans vouloir jouer au Maître Capelovici de l’article internet, on ne dit pas "les nominés" mais bien les "nommés". D’après la légende, cette erreur de français, qui aujourd’hui est malgré tout entrée dans le langage courant et qui est même tolérée voire acceptée, serait due à Romy Schneider. Ne trouvant pas l’équivalent dans la langue de Molière du vocable anglais "nominee", l’actrice d’origine autrichienne l’aurait tout simplement francisé. L’expression "and the nominees are…" est donc devenue dans la bouche de Sissi "et les nominés sont…" ! Romy Schneider que l’on retrouve sur l’affiche officielle de ces César 2021 avec ces autres mots tout aussi délicieux à lire qu’à prononcer, encore plus quand on évoque le Cinéma, "je t’aime" !

Quant au pluriel, si les César s’écrivent sans "s", les Oscars, eux, en prennent un. Pourquoi ? Parce qu’en anglais, contrairement au français, les noms propres peuvent s’écrire au pluriel, tout simplement !

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Michel Piccoli et Romy Schneider présents sur l’affiche officielle de la 46e Cérémonie des César 2021, une image tirée du film "Les choses de la vie" de Claude Sautet © Académie des arts et techniques du cinéma

Au-delà de ces quelques précisions linguistiques, après le "on se lève et on se casse" de l’auteure Virginie Despentes inspiré par le geste fort de l’actrice Adèle Haenel suite aux récompenses décernées en 2020 au réalisateur Roman Polanski, reste à savoir ce que cette 46e édition nous réservera, en pleine crise de la Covid-19, avec un président de cérémonie comme Roschdy Zem, une maîtresse de cérémonie comme Marina Foïs et les plumes acérées de Blanche Gardin et Laurent Lafitte pour écrire les sketches proposés entre chaque remise de prix ? Réponse vendredi soir…