Les 10 commandements d'une cérémonie de remise de prix (2ème partie)

Christophe Bourdon
Christophe Bourdon - © RTBF

C'est la saison : Golden Globes, Magritte, César, Oscar... Les cérémonies de remise de prix s'enchaînent, et se ressemblent. Avec leur lot habituel de bons moments. Mais aussi de comportements à éviter.

Pour ce que ces passages gênants, pesants ou énervants ne se produisent plus, une seule solution : amis artistes, il est temps de faire vôtre... les 10 commandements d'une cérémonie de remise de prix.
Voici les 5 suivants (et derniers).

6 Bonne figure en toutes circonstances tu feras

 

Il ne faut pas se voiler la face : ce que le public attend le plus d'une remise de prix, c'est de voir la tête de Leonardo Di Caprio quand il apprend qu'il va repartir une fois de plus, tel un DSK sortant d'un Sofitel, la queue entre les jambes.

George Clooney a déclaré lors des derniers Golden Globes : " 4 nommés sur 5 ne gagnent pas. Littéralement, 80% ne gagnent pas. Et là, vous êtes un loser. Vous allez à la soirée post-cérémonie, et personne ne vous regarde dans les yeux. Vous allez travailler le lendemain, et les gens de l'équipe viennent vous voir en vous disant " Désolé, vieux, ce sera pour la prochaine fois ". Mais pour rappel, si vous êtes dans cette salle, c'est que vous avez gagné. Car vous faites ce que vous avez toujours rêvé de faire et on vous célèbre pour cela. Et ça, ce n'est pas perdre ".
C'est beau, George. Mais c'est faux. Car dans la réalité, vous venez de vous faire humilier devant les spectateurs du monde entier. Et comme si cela ne suffisait pas, vos collègues de la profession vous ont fait passer un message clair et simple : " Tu es une grosse bouse, on ne t'a jamais aimé, alors que le gars qui est actuellement sur scène, lui on l'adore ". Quant à votre femme, elle demandera probablement le divorce et la garde des enfants dans la semaine, et le juge lui donnera entièrement raison, car il aura vu la cérémonie, et lui aussi saura que vous êtes une grosse bouse.

Voilà pourquoi nous ne pouvons que vous conseiller de faire bonne figure. Souriez quand vous apprenez que vous avez perdu. Applaudissez à tout rompre le vainqueur. Si vous en avez l'occasion, jetez-vous dans ses bras et félicitez-le en disant bien fort " Tu le méritais. Je suis heureux que ce soit toi ! ". Et si le gagnant vous remercie sur scène, du genre " Je tiens à saluer mes quatre collègues, c'est un honneur d'être nommé dans la même catégorie que vous, je vous admire tellement ", ayez l'air ému sur votre siège quand la caméra vous filmera en gros plan. Vous savez très bien que ce connard dit uniquement cela pour vous humilier encore plus, mais souriez. Souriez et applaudissez. Car quitte à tomber, autant le faire avec classe et élégance. Vous serez toujours une grosse bouse, mais une grosse bouse classe et élégante.

 

7 Essoufflé sur scène tu arriveras

 

On n'a jamais vraiment compris pourquoi, mais quand vous y faites attention, vous remarquerez que certains acteurs ou actrices récompensés montent sur scène en étant essoufflés. Sachant qu'entre leur siège et le pupitre, il doit y avoir à tout casser 20 mètres et 3 marches à monter, cela reste un grand mystère dans l'histoire des cérémonies de remises de prix. En général, l'essoufflement est aussitôt suivi d'un " Oh mon Dieu ", prononcé en levant les yeux vers le haut. Pourquoi ? Les scientifiques de l'Université de Bourrèche-en-Gonade se sont penchés sur la question, et n'ont toujours pas trouvé la réponse. Parmi les pistes explorées, on notera néanmoins celle du " Parce que ce sont des comédiens, donc ils jouent à la personne essoufflée pour se donner un petit genre " ainsi que la piste du " Eux-même ne le savent pas, ce sont des comédiens, pas des Prix Nobel de Science, hein ! "

 

8 En larmes tu seras

 

Conseil essentiel pour les actrices, de préférence jeunes. Toujours fondre en larmes quand vous recevez votre prix. On ne sait pas pourquoi vous faites ça, et pour être franc, c'est un peu embarrassant, mais ça crée un moment de télé. Et c'est tout ce qui compte. Alors, mesdemoiselles, sanglotez, tremblotez, tressaillez, le réalisateur de la cérémonie sera aux anges. Évitez toutefois le déluge à la Noé. On se souvient ainsi d'Anne Parillaud recevant un César pour Nikita lors de la 16ème Cérémonie des César en 1991, et remerciant Luc Besson, lui-même en larmes. Elle a tellement chouiné qu'on n'a pas compris la moitié de son discours, et les spectateurs ont du être évacués de la salle en barque.

 

9 Plomber l'ambiance tu éviteras

 

On a bien compris : pour vous, recevoir un prix peut être une forme de catharsis. Il n'empêche : une cérémonie n'est PAS une séance chez votre psy. Évitez donc, quoi qu'il arrive, de plomber l'ambiance.
Ainsi, ne vous aventurez pas dans le " Je dédie ce prix à mon père qui vient de mourir. Papa, tu me manques tellement. J'aurais aimé que tu sois encore avec nous pour partager cette joie avec moi. Mais tu n'es plus là. Je ne te verrai plus jamais. Tu me manques. Papaaaaa ! "

Tout d'abord, à part vous, personne dans la salle et devant la télé ne connaît votre père, aussi charmant et sympathique qu'il puisse avoir été. Ensuite, pensez à l'animateur de la cérémonie qui doit enchaîner là-derrière. La référence dans le genre reste Annie Girardot recevant un César pour " Les Misérables " de Claude Lelouch, et disant, en larmes, " Je ne sais pas si j'ai manqué au cinéma, mais le cinéma m'a manqué ". Je vous raconte pas la tête de tous les gens dans la salle en train de se dire " Ah ben oui, maintenant qu'elle le dit, c'est vrai que ça fait des années qu'on ne veut plus l'engager, parce que nous sommes inhumains et sans pitié ". Sachez juste que si vous faites ça, les gens voudront encore moins vous parler après car ils seront très mal à l'aise.

A la place, privilégiez une petite blagounette du style " Comme c'est le César du meilleur court métrage, je vais essayer de faire court " (ah ah ah) ou encore " Oh, ben dites donc, il est lourd, celui-là. Je parle du trophée, hein ! " (eh eh eh)

 

10 Surprenant tu seras

 

Sans nul doute le commandement le plus important de tous. Une cérémonie de remise de prix est avant tout un spectacle. Et un spectacle, cela se prépare. Même pour vous, le nommé. Alors, évitez l'insupportable " Je n'ai rien préparé " et son petit frère " Je ne m'y attendais pas ". Vous êtes nommé, vous avez donc une chance sur cinq de monter sur scène ! Ne venez pas dire que vous ne vous attendiez pas, espèce de couillon intergalactique ! Alors oui, je vous entends dire d'ici : " Oui, mais bon, je ne prépare rien par superstition, de peur d'être déçu si je ne gagne pas, et tralala ". L'excuse classique, quoi. En attendant, vous avez pensé au téléspectateur, gros égocentrique que vous êtes ? Ben voilà. Résultat des courses : si vous gagnez et que vous n'avez vraiment rien préparé, vous allez vous retrouver à remercier la terre entière (cf commandement 2). Ou sans voix. Ce qui est mieux que de remercier tout le monde, cela étant.

Alors, non, mille fois non, ne venez pas les mains dans les poches. Préparez un truc. Et si possible, un truc SURPRENANT. Parce qu'on vous le répète, c'est un spectacle. Et on n'a pas envie de voir le même numéro pendant toute la soirée. Donc, évitez le classique " Je ne serai pas long ". Le rabâché " Je suis tellement heureux " Le surfait " Si j'ai oublié quelqu'un, j'espère qu'il ne m'en voudra pas ".

Faites dans l'originalité, bon sang ! Sinon, payez-vous les services d'un auteur, qui vous pondra l'idée du siècle à peu de frais (vu que c'est un auteur). On compte sur vous les gars.
Pour vous aider, voici un petit exemple.
Nous sommes en 1975 aux Bafta Awards, l'équivalent des Oscars en Angleterre. Dans la catégorie meilleurs acteurs, on retouve Jack Nicholson pour " Chinatown " et " La dernière corvée ", Al Pacino pour " Serpico ", Albert Finney pour " Le crime de l'Orient Express " et Gene Hackman pour " Conversation secrète ". Rien que ça, c'est déjà la classe internationale. Jack Nicholson gagne, mais n'est pas présent, car retenu sur le tournage de " Vol au dessus d'un nid de coucous ". Et il va envoyer un message depuis le plateau du film. Oui, c'est bien Danny De Vito est à ses côté. Et oui, le résultat est tout simplement parfait.

 

Christophe Bourdon