"Le tout nouveau testament", le retour gagnant de Jaco Van Dormael à Cannes

Dans le Tout nouveau testament de Jaco Van Dormael, Benoît Poelvoorde incarne Dieu..
Dans le Tout nouveau testament de Jaco Van Dormael, Benoît Poelvoorde incarne Dieu.. - © Tous droits réservés

Cannes, dimanche 17 mai. Il y a 24 ans, "Toto le héros" remportait la Caméra d’Or au Festival de Cannes et révélait Jaco Van Dormael. Le cinéaste ouvrait une voie royale pour le cinéma belge sur la Croisette. Aujourd’hui, Jaco revient avec son 4ème long-métrage, une comédie fantastique intitulée "Le Tout nouveau testament".

L’idée de départ du film, Van Dormael l’a eue avec le romancier Thomas Gunzig : Dieu existe et il vit à Bruxelles. C’est un parfait salaud ; son fils aîné J.C. est parti depuis belle lurette, et Dieu vit reclus avec sa femme, pauvre créature réduite à des tâches ménagères, et sa fille cadette de dix ans, Ea. Cette dernière, pour faire enrager son père, s’introduit subrepticement dans son bureau, s’empare de son ordinateur et révèle par SMS à tous les humains la date de leur mort…

On retrouve dans ce " Testament " tout ce qui faisait le charme de " Toto " : une narration en voix off par un enfant (ici, Ea), des trouvailles visuelles à chaque séquence, un mélange d’humour et de poésie, une saveur bruxelloise dans les décors et les ambiances…

Jaco continue ses interrogations existentielles : dans " Mr Nobody ", il abordait la question du choix dans nos vies ; ici il pose la même question différemment : si l’on connait la date de sa mort, que fait-on des jours qui nous restent à vivre ? Mais autant " Mr Nobody " était alourdi par un esprit de sérieux, autant " Le tout nouveau testament " donne dans la fantaisie plus que dans la métaphysique, et c’est ce qui rend le film très jubilatoire.

L’aspect hétéroclite du casting – avec Benoît Poelvoorde, François Damiens mais aussi Catherine Deneuve – renforce encore sa puissance ludique. Ces retrouvailles avec Jaco sont totalement réjouissantes. Le public cannois ne s’y est pas trompé, il lui a fait la fête.

Et pendant ce temps-là dans la compétition

Carol

Inspiré par un roman de Patricia Highsmith, le réalisateur indépendant américain Todd Haynes raconte une histoire d’amour interdite entre une belle bourgeoise new-yorkaise et une jeune vendeuse qui rêve de devenir photographe, dans l’Amérique bien-pensante du début des années 50.

Haynes est un esthète : sa reconstitution des fifties est sublime, et le duo Cate Blanchett-Rooney Mara sensuel et charismatique. Le film est magnifique, mais il est à craindre qu’il apparaisse comme trop sage pour la frange de la critique qui a porté ici-même aux nues une autre histoire d’amour lesbien, " La vie d’Adèle "…

Mon roi

Maïwenn, auréolée du succès de " Polisse ", revient à Cannes avec " Mon Roi ", une histoire d’amour passionnelle que se remémore une femme, en pleine période de rééducation après une grave chute de ski… Comment a-t-elle été attirée par Giorgio, un séducteur volage, incontrôlable, excessif, menteur ?

Vincent Cassel joue Giorgio avec naturel, comme s’il endossait ce rôle les mains dans les poches : il est parfaitement insupportable. Face à lui, Emmanuelle Bercot paye de sa personne pour jouer une femme tantôt dépressive, tantôt hystérique. Maïwenn ne nous épargne aucun cliché de la grrrande histoire d’amour, avec scène de sexe sur la table de la cuisine, alternances de scènes de séduction, de fous-rires et d’engueulades…Tout cela a déjà été filmé des dizaines de fois, par des cinéastes nettement plus inspirés. C’est du cinéma parisien dans ce qu’il peut avoir de plus superficiel et horripilant.