Le regard de Chantal Akerman au coeur d'un documentaire, I don't belong anywhere

Chantal Akerman dans le documentaire de Marianne Lambert
Chantal Akerman dans le documentaire de Marianne Lambert - © DR

Chantal Akerman est décédée ; elle s’est donné la mort, hier soir à Paris, annonce le journal Le Monde.

Chantal Akerman, née à Bruxelles en 1950, était une cinéaste radicale qui variait les tons et les genres. Elle passait de l'introspection à la comédie. Golden Eighties est une comédie musicale et Un divan à New York est une comédie romantique. La Folie Almayer est une adaptation du roman de Joseph Conrad, transposé dans les années 50.

Akerman avait la réputation d’être une cinéaste expérimentale ; elle était une femme libre, qui tournait ce qui l’intéressait. Réalisé en 1975, le film Jeanne Dielman, 23, Quai du Commerce, 1080 Bruxelles est une manière de manifeste. Chantal Akerman filmait en temps réel le quotidien d'une jeune veuve qui se prostituait à domicile. Le personnage était incarné par Delphine Seyrig qui était à l’époque l'égérie du cinéma d'auteur français.

Gus Van Sant dit avoir recueilli l’héritage de ce film qui influença notamment le temps et le rythme de Last Days.

Chantal Akerman meurt peu de temps après la disparition de sa maman. La réalisatrice avait un attachement viscéral à la mère. Elle rappelait souvent les racines juives de sa famille. Les parents avaient émigré de Pologne. Son tout dernier film No home movie est un document sur sa mère. Elle l’a filmée dans son appartement. Le film se termine dans une chambre qu’elle quitte en fermant le rideau.

Chantal Akerman avouait qu’elle avait l’impression de n’avoir plus à rien à dire depuis la mort de sa mère. Le film est projeté à Flagey, à l'occasion de la sortie du documentaire de Marianne Lambert.

 

I don't belong anywhere est un documentaire consacré à la cinéaste Chantal Akerman, réalisé par Marianne Lambert et co-écrit par Luc Jabon. (Le film est une production : La Cinémathèque de la Fédération Wallonie-Bruxelles et Artemis Productions en coproduction avec la RTBF / Proximus et le CBA)

(Il sera diffusé ce mardi 6 octobre à 21h15 sur la Trois)

Comment approcher le cinéma d'Akerman qui a varié les tons de l'introspection à la comédie musicale en passant par l'adaptation du roman de Conrad, transposé dans les années 50, dans La Folie Almayer ? Comment rendre le rythme et le temps propres à l’œuvre de Chantal Akerman ?

Marianne Lambert travaille dans le cinéma depuis le début des années 90. Régisseuse tout d’abord, elle a également travaillé en tant que directrice de production, notamment sur La Folie Almayer. La documentariste parvient à restituer le regard que Chantal Akerman pose sur les corps de ses personnages dont elle filme les gestes avec précision et lenteur. Un cinéma sans concession, ancré dans l'interrogation sur le sens de l'existence.

 

Marianne Lambert est au micro de Pascal Goffaux

Extraits du documentaire

Face à New York, la réalisatrice parle de "carrière" :

"Je pense que le mot carrière n'est pas adéquat à ma vie, parce que quand tu as une carrière, tu as un plan, et j'ai toujours fait que ce qui me plaisait, et m'intéressait. Et je me disais qu'à partir du moment où ça m'intéresse, je ne vois pas pourquoi ça n'intéresserait pas les autres."

Le tournage du Divan à New York avec William Hurt

Une cinéaste nomade qui avait commencé à travailler comme caissière dans un cinéma porno

Pour réaliser un documentaire, il faut être une éponge, y aller sans idées..

Chantal Akerman écrivait pour sa mère, et contre sa mère