Le Piano, partenaire haut de gamme du Cinéma

Le Concours Reine Elisabeth de Piano se termine le 29 mai prochain. Un concours à suivre via écran interposé (mais aussi en radio), faute de public dans la salle. Donc, quitte à évoquer ce magnifique instrument et nos écrans, nous vous proposons, le temps d’un article, une partition de films mettant à l’honneur le piano. Une liste (non exhaustive) à découvrir allegro ma non troppo

En vitesse mais pas trop… Si je vous dis "Piano et Cinéma", même si vous ne l’avez pas vu, là, tout de suite, maintenant, vous pensez à "La leçon de piano" de Jane Campion (Palme d’Or en 1993). De magnifiques images pour une très belle histoire balancée entre lyrisme et poésie, le tout enrobé de cette musique soulignant parfaitement les émotions d’Ada. Une musique à travers laquelle elle s’exprime plus que jamais, elle qui était chanteuse d’opéra avant de sombrer dans le mutisme le plus complet suite à la mort de son mari.

Si j’insiste encore et que je vous répète cette association d’idées, "Piano et Cinéma", vous allez aussi penser au "Pianiste". Oui mais lequel, laquelle ? "La pianiste" ou "Le pianiste" ? Les deux réponses sont bonnes. "La pianiste" est un drame aux allures de thriller réalisé en 2001 par l’autrichien Michael Haneke avec Isabelle Huppert dans le rôle-titre (il reçut le Grand Prix et les Prix d’interprétation féminine et masculine à Cannes cette année-là). Alors que "Le pianiste" est un drame historique réalisé en 2002 par le français Roman Polanski (Palme d’Or lui aussi). Conclusion : le Festival de Cannes et le Piano vibrent à l’unisson pour les mêmes notes.

Quand il ne sert pas à souligner une émotion, le Piano au Cinéma joue le premier rôle. Un rôle de taille. Un rôle de poids. Bref, un rôle lourd de conséquence comme chez Laurel et Hardy. Dans "Les déménageurs" (connu encore sous le titre "Livreurs, sachez livrer" ou "The music box" en VO), notre duo doit livrer un piano mécanique. Oui mais voilà, avant d’y arriver, il faut gravir un escalier gigantesque. Sorti en 1932, ce film hilarant reçut l’Oscar du Meilleur court-métrage. Le seul Oscar décerné à ces stars du burlesque.

Autre moment drôle, autre duo avec cet humour en noir et blanc comme les touches d’un clavier exploité à merveille par les brothers Chico et Harpo Marx dans "Le grand magasin" (1941). Jouée à quatre mains, leur partition est admirable et fantastiquement farfelue. Notez que chez les Marx, que ce soit Groucho, Harpo, Chico, Gummo ou Zeppo, ils sont tous multi-instrumentistes. Mais les talents de musicien de Chico sont bien au-dessus de ceux de ses frères.

Un piano burlesque voire grotesque ou plutôt moqueur et taquin comme cet instrument maltraité par Jean-Paul Belmondo dans "Le Magnifique" (1973) ! Tout est dit avec un titre comme celui-là et puis cette scène où Bob Saint-Clar joue du Bach pour épater Tatiana en lui avouant encore ceci…

- Comme votre peau va bien avec Bach…

- Haendel !

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Jean-Paul Belmondo est magnifique… au piano © Simar Films

Pour un piano tout aussi drôle que séduisant (mais aussi un poil loufoque), je ne peux que vous conseiller "7 ans de réflexion" de Billy Wilder (1955). Alors que sa femme et son fils sont en vacances, Richard (Tom Ewell) se retrouve seul chez lui, à New York. Il doit travailler mais n’y arrive pas car il fait trop chaud. La ville connaît une canicule sans précédent. C’est là qu’il rencontre sa nouvelle voisine (Marylin Monroe). La jeune femme est tellement waouwissime que Richard remet en cause son mariage, sa fidélité et voit sa libido se hisser au top de ses plus bas instincts. Il rêve même de l’emballer en lui jouant le deuxième concerto pour piano de Rachmaninov. Dans cette délicieuse comédie sur le couple, il n’y a pas que la scène de la robe blanche et de la bouche de métro qui est culte…

Le Piano ne fait pas que rire. Il peut également faire pleurer ou en tout cas jouer sur nos sentiments, calmer le jeu et apaiser nos émois comme dans "Voyage au bout de l’enfer" de Michael Cimino. Ce film revient sur les vies fracassées d’une bande d’amis dont les illusions ont été broyées au Vietnam. Le temps d’une scène, magnifique moment suspendu, avant de s’engager (et de partir vers l’enfer), ils sont là dans un bar à écouter l’un d’eux jouer du Chopin au piano et semblent tout oublier.

Au Cinéma, le Piano peut être violent comme dans "La tourneuse de page" (2006) où notre Déborah François nationale se sert de cet instrument pour assouvir une vengeance. Il peut être enragé comme dans "Danny the dog" (2004) ou sanglant comme dans "De battre mon cœur s’est arrêté" (2005) avec un Romain Duris véreux doublé d’un grand artiste. Il peut être encore mortel comme dans "Tirez sur le pianiste" (1960) de François Truffaut avec Charles Aznavour dans le rôle de cette cible vivante.

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Charles Aznavour pianiste et cible vivante © MK2

Par facilité et/ou fainéantise, j’aurais pu encore vous citer tous les films consacrés aux grands compositeurs comme "Amadeus", "Ludwig van B.", "Malher" (voire "Mort à Venise"), "Rachmaninov" ou "Ma vie avec Liberace". Sans oublier ceux consacrés à ses plus grands interprètes comme "Ray" (Charles) ou "Great balls on fire" (excellent biopic sur Jerry Lee Lewis). Je n’ai pas non plus évoqué cet extraordinaire film d’animation japonais "Le piano de la forêt". Ou bien encore la façon dont Bill Murray apprend à jouer du piano comme un virtuose en 24 heures dans le cultissime "Un jour sans fin". Non, en fait, j’avais juste envie de conclure cet article sur cette grande star du 7e Art qu’est le Piano avec cette prestation démesurée, celle de Tom Hanks dans "Big".