Le Japonais Kore-Eda se dévoile dans une nouvelle chronique familiale

"Les répliques sont celles que ma mère aurait pu me faire...": cinéaste des rapports familiaux, le Japonais Hirokazu Kore-Eda a puisé dans sa propre histoire pour réaliser "Après la tempête", portrait tout sauf mélancolique d'un homme immature et de sa famille.

"La cité (HLM) du film est celle où j'ai vécue, le décor ressemble trait pour trait à mon expérience intime", ajoute le réalisateur de 54 ans dans un entretien à l'AFP.

"Est-ce que quelqu'un qui n'appartient pas à mon cercle familial trouvera cette histoire universelle?", s'est-il demandé en se lançant dans ce film, hanté par le deuil, auquel il réfléchit depuis plus de 15 ans.

Grand habitué du Festival de Cannes, Hirokazu Kore-Eda s'est fait connaître en 2004 avec "Nobody knows" sur quatre enfants laissés à leur sort, seuls, dans un appartement. Il avait remporté le Prix du jury neuf ans plus tard avec "Tel père, tel fils".

Présenté l'an dernier dans "Un Certain regard", "Après la tempête" se penche sur une famille marquée par un divorce et par la mort d'un aïeul, mais refuse tout pathos. 

Le film fait le portrait de Ryota (interprété par Hiroshi Abe), écrivain prometteur devenu détective privé pour assouvir sa passion du jeu, qui lui a coûté son mariage. Petites combines, planques et mensonges font partie de son quotidien. 

Pour récupérer l'argent dont il a besoin, il n'hésite pas à solliciter sa mère âgée ou à faire les fonds de tiroir. La mort de son père, lui aussi "accro" au jeu et que personne ne semble regretter, va faire vaciller son équilibre, déjà précaire.

Une nuit de tempête, il va se retrouver sous le même toit que son ex-femme, son fils et sa mère, qui espère secrètement reformer le couple. Un huis clos pudique qui va lui ouvrir les yeux sur son rôle de père, ses rêves de jeunesse et ses échecs.

Moins mélancolique

Comme Ryota, son personnage principal, Kore-Eda a grandi avec un père joueur, empruntant de l'argent à tout-va. A sa mort, sa mère est restée dans une cité HLM. 

"Du temps où il était en vie, je le détestais mais depuis qu'il est mort, je regrette de ne pas avoir plus parlé avec lui", souffle le réalisateur. "Il m'arrive de penser souvent à lui depuis qu'il n'est plus là, je me demande comment il réagirait."

Pour trouver la distance entre histoire personnelle et fiction, le réalisateur a choisi la carte de l'humour, et offre un film moins mélancolique que d'ordinaire, où il s'amuse des failles de ses personnages. Il n'hésite pas à montrer les chamailleries entre un frère et une sœur, pourtant adultes, ou les jérémiades d'une vieille femme faisant du chantage affectif.

Il s'est aussi entouré d'acteurs avec qui il a déjà tourné comme Hiroshi Abe et Kirin Kiki, qui jouaient déjà ensemble dans "Still Walking" en 2008, sur une famille qui n'arrive pas à se remettre, quinze ans après les faits, de la mort d'un enfant. 

Kirin Kiki, qui apparaît dans tous les films de Kore-Eda, "pourrait s'apparenter à une maman de cinéma". "Avec Abe, nous sommes à peu près de la même génération, avec des parcours qui se suivent, nous avons fait un film dans la quarantaine, un film dans la cinquantaine et peut-être un autre dans la soixantaine...", avance-t-il.

Mêlant veine sociale et description des rapports familiaux, Kore-Eda est souvent comparé au géant du cinéma japonais Yasujiro Ozu. Un compliment qu'il savoure poliment même s'il ne le revendique pas comme modèle, lui préférant le Britannique Ken Loach et sa façon de "sublimer des personnages ordinaires".

"Après la tempête" sort en Belgique le 3 mai 2017.