"Le fils de Saul", le premier choc de la compétition

Le réalisateur Laszlo Nemes (au centre) lors du photocall pour "Le fils de Saul"
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Le réalisateur Laszlo Nemes (au centre) lors du photocall pour "Le fils de Saul" - © AFP PHOTO / BERTRAND LANGLOIS

Cannes, vendredi 15 mai, l’évènement médiatique, c’est le retour de Woody Allen sur la Croisette, avec son nouveau film, "Irrational Man" présenté comme de coutume hors compétition. Mais le véritable évènement, c’est la présentation dans la sélection officielle d’un premier long-métrage saisissant signé par un jeune réalisateur hongrois Laszlo Nemes : "Le fils de Saul".

Le fils de Saul

 

Le film nous replonge à la fin de l’été 1944 à Auschwitz, et suit le parcours d’un homme, Saul Ausländer, membre du Sonderkommando, un groupe de prisonniers juifs isolé du reste du camp et forcé d’assister les nazis dans leur plan d’extermination… Saul travaille dans un des crématoriums et, pendant ses travaux de nettoyage, croit reconnaître le cadavre de son fils. Il n’a plus alors qu’un seul but : procurer à l’enfant une sépulture décente, et trouver un rabbin pour procéder à l’enterrement…

Comment filmer l’holocauste ? Comment montrer l’inmontrable ? Cette question agite régulièrement le cinéma de fiction. Dans " Le livre de Saul ", Laszlo Nemes évacue tous les poncifs utilisés habituellement dans les drames historiques sur Auschwitz. Chez lui, pas de photo en noir et blanc esthétisante, pas du musique, pas d’effets. Juste une caméra qui ne quitte pas Saul d’une semelle dans sa quête éperdue, tandis que les pires horreurs se déroulent près de lui. La caméra, derrière le personnage en gros-plan, montre l’entrée dans les chambres à gaz, l’amoncellement des cadavres, les exécutions sommaires… Mais c’est une caméra allusive, beaucoup d’évènements se déroulent hors champ, et ce sont les sons qui renseignent souvent le spectateur sur ce qui se passe.

Nemes évite les pièges de la " reconstitution " : son film est une évocation, la restitution réaliste d’une journée dans la vie d’un homme, placé contre son gré entre les victimes et les bourreaux, qui traverse tout cela comme hébété, assommé par tant de violence.

Ce premier film frappe par sa maîtrise et son intelligence. Si le jury fait correctement son travail, " Le livre de Saul " devrait se retrouver au palmarès de ce 68ème Festival de Cannes.

 

Hugues Dayez

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