Le Cinéma au Pays du Matin calme

Alors que nous célébrons cette année le 120e anniversaire des relations diplomatiques entre la Corée et la Belgique, intéressons-nous, le temps d’un article (non exhaustif), au Cinéma made in Korea. Un 7e Art où tous les genres sont dignement représentés par quelques chefs-d’œuvre comme "Parasite", "Old Boy" et "Locataires", entre révolte, indépendance et critiques douces-amères !

L’histoire du Cinéma coréen commence en pleine occupation japonaise dans les années 1920. Na Un-gyu est l’acteur, le scénariste et le réalisateur de ce que la Pays du Matin calme considère comme son premier film. Intitulé "Arirang", ce drame revient sur l’arrestation et la torture par la police nippone de Yeong-jin après avoir participé à une marche indépendantiste. Un jeune homme devenu fou suite aux sévices subits. Sorti le 19 octobre 1926, le film connaît un incroyable succès populaire, soufflant sur son passage un nouveau vent de révolte, de soulèvement et de liberté. On raconte que la chanson générique du film était reprise en chœur par chaque spectateur à la fin de chaque séance, devenant par la même occasion, un hymne à l’indépendance.

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Voici l’affiche du film "Arirang", une œuvre hélas disparue aujourd’hui © Droits réservés

Après la Seconde guerre mondiale, synonyme de la fin de l’occupation japonaise, et jusqu’à la Guerre de Corée (1950-1953), le Cinéma coréen propose surtout des œuvres réalisées dans la lignée de son premier succès populaire "Arirang", soit des films sur la libération du joug nippon. Dans les années 60, après le coup d’État du général Park Chung-hee, le Cinéma passe sous la tutelle du gouvernement (militaire). Tout y est réglementé (comme l’obligation de produire 15 films par an) et strictement contrôlé, pour ne pas écrire censuré. Passant rapidement les années, dès 1980, un nouveau vent de liberté se fait sentir, une nouvelle rage d’indépendance gronde. Luttant contre la dictature militaire, les étudiants sortent dans les rues. Dans les campus, une nouvelle vague cinématographique déferle. Après un long régime militaire, en 1987, la première élection présidentielle au suffrage universel direct s’organise.

Soyez les bienvenus à Hallyuwood !

En 1988, le Cinéma coréen s’émancipe avec des productions tantôt sociales, tantôt historiques mais toujours critiques envers l’ordre établi. On parle aujourd’hui de Hallyuwood. C’est le surnom de l’industrie cinématographique de Corée (du Sud). Le tout inspiré par le hallyu, soit la mise en avant (et le succès toujours plus grandissant) de la culture populaire coréenne que ce soit au cinéma (comme avec ce drame romantique adoré là-bas "A moment to remember"), à travers la musique pop ou les séries télévisées. Une culture qui a conquis la planète entière. Demandez à vos enfants, ils connaissent tous le nom d’un groupe de K-Pop (pour Korean-Pop, la pop coréenne), ces Boys et Girls bands qui enchantent leurs baladeurs numériques. En attendant, on estime que les trois industries cinématographiques les plus influentes de la planète sont Hollywood (pour les États-Unis), Bollywood (pour l’Inde) et Hallyuwood !

Dans les années 80, ils ont 20 ans et ils se nourrissent de cette rébellion, de cette envie de changement, de cette délivrance. Ils ? Ce sont les trois (futurs) plus grands réalisateurs de Corée du Sud. Ils se nomment Kim Ki-duk, Park Chan-wook et Bong Joon-ho. Leurs cinématographies résument bien les qualités du Cinéma coréen. Honneurs au plus ancien, Kim Ki-duk (décédé en 2020 des suites de la Covid-19). Son cinéma est fantasmagorique et poétique, entre violences et paix intérieure. Avec "L’île" (2000), il propose un drame sentimental à travers lequel la propriétaire d’un hôtel situé au cœur d’îlots de pêche tombe amoureuse d’un voyou en cavale. Il y a de la tension, de l’autodestruction et une zénitude antagoniste (due au lieu, à cette île) dans ce film. Dans "Printemps, été, automne, hiver et… printemps", on retrouve cette zénitude au sein d’un temple bouddhiste où un maître et son disciple dissertent du sens de la vie. Voilà certainement l’œuvre la plus onirique de Kim Ki-duk. La moins facile (d’accès) aussi. Mais quoi qu’il arrive, vous devez absolument voir "Locataires". On y suit les aventures de Tae-suk. Sans domicile fixe, le jeune homme squatte des appartements vides, enfin non occupés par leurs propriétaires partis en vacances. Il ne vole rien, non il habite là, juste comme ça. Il fait même la vaisselle et la lessive. Un jour dans l’une de ces habitations, il va rencontrer Sun-hwa, une femme mariée… Tout aussi beau que sensible, laissez-vous embarquer dans cette passion.

Park Chan-wook est le plus philosophe des trois… et son cinéma le plus violent. Sa trilogie dite de la vengeance est parfaite, à la fois esthétique, noire, radicale, cruelle et sanglante. Donc, dans l’ordre, vous devez absolument voir "La vengeance d’un homme", "Old Boy" (où d’après le manga éponyme dont il s’inspire, il revisite l’histoire du Comte de Monte-Cristo mais d’une manière ultra-violente, la scène du massacre au marteau vous glacera d’effroi) et "Lady vengeance". Notez que Park Chan-wook est aussi le réalisateur de l’excellent "JSA", un thriller politique sur les relations entre les deux Corées.

Bong Joon-ho, lui, il a touché à tous les genres avec bonheur et succès. D’abord, il y a le polar avec "Memories of murder" inspiré d’une histoire vraie, celle d’un tueur en série. Ensuite, il a réhabilité le film de monstres (en Asie c’est surtout une spécialité japonaise avec la saga Godzilla) avec "The host". Fantastique thriller fantastique, ce monstre-là dénonçait surtout la présence des forces militaires américaines en Corée du Sud. Ensuite, il nous a encore proposé "Le Transperceneige" avec Chris Evans ("Captain America") et surtout son acteur fétiche Song Kang-ho. Notez encore le drame "Mother" et puis surtout l’incontournable "Parasite" (2019) récompensé partout où il est sorti avec sa Palme d’or, son prix du Meilleur film en langue étrangère aux Golden Globes, ses 4 Oscars (dont ceux du Meilleur réalisateur et du Meilleur film) et son César du Meilleur film étranger.

Mais le Cinéma coréen nous a aussi proposé des films d’horreur comme le cultissime "Dernier train pour Busan" (un film de zombies) ou le western déjanté "Le Bon, la Brute et le Cinglé". Bref, si vous désirez faire un petit mieux connaissance avec ces productions pas comme les autres, je ne peux que vous conseillez de visiter le Festival du Film coréen de Bruxelles, organisé du 22 au 30 octobre prochain (aux cinémas Galeries et à Bozar mais aussi à Gand, à Anvers et au Luxembourg), avec la découverte d’une vingtaine de films inédits et autres films d’animations.