"Le Capital au XXIe siècle", une leçon d'économie peu nuancée

"Le Capital au XXIe siècle", une leçon d'économie peu nuancée
"Le Capital au XXIe siècle", une leçon d'économie peu nuancée - © Tous droits réservés

Adapté du best-seller de Thomas Piketty, le documentaire dresse un constat effrayant sur la situation économique actuelle et à venir, mais manque de nuances et d'idées.

Ambitieux projet que celui du “Capital au XXIe siècle” : le sujet est encore plus vaste que son titre ne le suggère. S'il est effectivement question du capitalisme au XXIe siècle dans le dernier tiers du film, la première heure du documentaire de Justin Pemberton est plutôt consacrée à retracer l’histoire économique des trois siècles précédents. Accompagné par les explications de Thomas Piketty, ainsi qu'une poignée d'historiens et de spécialistes, on va de la Révolution française à Ronald Reagan à toute vitesse. Au risque de passer à côté de nombreuses subtilités.

Visiblement pressé par le temps, le film met souvent de côté les nuances et les contradictions de l'histoire : tout est construit pour servir les idées de l'économiste français, y compris les interventions des autres experts qui s'expriment dans le documentaire, présents avant tout pour renforcer la crédibilité de ses arguments, qui sont d'ailleurs souvent présentés comme des faits. Si l'entendre parler des inégalités entre paysans et nobles français n’a rien de surprenant, difficile de ne pas être saisi lorsque les années 1950 sont décrites comme un idéal économique et social auquel il faudrait revenir. Principalement préoccupé par le sort de la classe moyenne, et par quelques pays occidentaux comme la France, l'Angleterre et (surtout) les États-Unis, “Le Capital au XXIe siècle” offre un regard très étroit sur notre monde économique.

Le film gagne en force lorsqu'il entre dans le vif du sujet, à savoir la situation actuelle et à venir. De manière succincte mais parlante, le documentaire énumère les maux du capital (les comptes à l'étranger, la spéculation boursière, les inégalités entretenues grâce aux héritages, les grosses fortunes, etc.) et les lie au passé. La comparaison entre les grands propriétaires du XVIIIe siècle et les spéculateurs immobiliers ne manque pas d'intérêt, tout comme le parallèle entre la montée de l'extrême droite et les inégalités économiques. L'histoire se répète nous dit “Le Capital au XXIe siècle”, et l'avenir n'est guère prometteur.

Face à ce constat, Piketty n'a pas vraiment de solutions. Il évoque brièvement l'idée d'un impôt progressif sur les grosses fortunes mondiales, mais semble peu enclin à une vraie remise en cause du système qu'il critique. Un film révolutionnaire, "Le Capital au XXIe siècle" n'est pas, ni dans son propos, ni dans sa forme.

Conçu pour toucher un grand nombre de spectateurs, le documentaire ressemble à une leçon d'histoire économique donnée par un professeur particulièrement désireux d'être écouté. Musiques pop, montages visuels élaborés et extraits de films s'enchaînent pour mieux faire passer la pilule — des stratégies qui rendent le long-métrage divertissant, mais pas nécessairement convaincant. Une fois la leçon achevée, le sentiment qui prévaut est que le professeur aurait sans doute dû passer moins de temps à nous montrer "Les Misérables", et plus de temps à exposer d'autres points de vue que le sien.

 

"Le Capital au XXIe siècle" est disponible en Belgique sur la plupart des plateformes VOD.