Le 7e Art français brille en Chine, mais veut y rayonner davantage

Le "Lucy" de Luc Besson a été l'un des huit longs métrages français à être distribué en Chine, où il a fait un carton au box office
Le "Lucy" de Luc Besson a été l'un des huit longs métrages français à être distribué en Chine, où il a fait un carton au box office - © VASILY MAXIMOV - AFP

Les films français feront près de 17 millions d'entrées en Chine cette année, trois fois plus qu'en 2013. Une percée pour la France, qui essaie d'élargir son accès à l'immense marché chinois, ultra verrouillé.

Une importante délégation de responsables du cinéma hexagonal a conclu ce week-end à Pékin un nouveau round de négociations autour des quotas draconiens imposés par la Chine.

Étaient notamment présents UniFrance Films (organisme chargé de promouvoir le cinéma français à l'étranger), la SACD, le CNC, Gaumont, UGC ou Canal+.

Tous unis par une conviction: promis à devenir bientôt le premier du monde, le marché du cinéma chinois est incontournable, y compris pour les "majors" américaines: dorénavant c'est en Chine que se décide si "Pacific Rim" aura ou non une suite car c'est là que le film a rapporté le plus d'argent.

Or, face à Hollywood, la France croit avoir un modèle à conseiller à Pékin, modèle dont s'est par exemple inspiré la Corée du Sud pour préserver son industrie nationale.

"Le cinéma chinois et le cinéma français croient dans leur cinéma et veulent une part de marché intérieur extrêmement forte. De ce point de vue, on a un peu les mêmes objectifs économiques", souligne Frédérique Bredin, présidente du CNC.

En France, où 200 films américains sortent par an, le cinéma national conserve 45% de part de marché, une spécificité qui intrigue les autorités chinoises.

"Eux, pour arriver à 50% de part de marché, ils sont obligés d'instaurer des quotas extrêmement draconiens", explique Jean-Paul Salomé, président d'UniFrance.

D'où la stratégie des Français de vanter leur modèle de diversité et de soutien à la création face au rouleau compresseur d'Hollywood et à l'exploitation centrée sur le "formatage" et la "confiserie".

"L'idée de créer un réseau estampillé art et essai, pour des films de prestige, commence à faire son chemin" en Chine, se félicite M. Salomé.

Pas question de concurrencer "Transformers" mais d'offrir une place à des cinéastes tels que les frères Dardenne, Claire Denis, Michael Haneke ou Olivier Assayas.

Cinéma d'auteur dans 7 salles à Pékin

Le Bureau chinois du film s'est ainsi engagé à diffuser, dans sept salles pékinoises, des oeuvres autres que des blockbusters, Shanghai ayant déjà pris des mesures identiques.

Cette année, seulement huit longs métrages français ont été distribués en Chine, où près de 14 nouveaux écrans ouvrent chaque jour.

"Lucy" de Luc Besson a réussi ici un carton au box office, lui permettant de devenir le plus grand succès du cinéma français à l'international.

Et "Le promeneur d'oiseau", tourné avec des acteurs chinois mais sous la direction du Français Philippe Muyl, a été choisi, de façon inattendue, pour représenter la Chine à l'Oscar du meilleur film étranger.

Des succès qui restent modestes sur le plan commercial par rapport à la machinerie d'Hollywood, qui s'adjuge plus de 40% du marché chinois.

Sur la question des quotas, la France et son exception culturelle a conscience de ses limites, sans pouvoir recourir à l'OMC. Paris demande officiellement à bénéficier d'un quota de 12 films commerciaux.

"Le vrai problème est que les Chinois sont, face aux Américains, sur des négociations extrêmement dures, et que tout ce qu'ils lâchent pour nous, ils seront obligés de le lâcher pour les Américains", résume Jean-Paul Salomé.

Mais les Français veulent convaincre leurs homologues chinois des retombées économiques qu'ils obtiendraient en attirant de nouveaux spectateurs.

En France, les plus de 35 ans remplissent la moitié des salles. En Chine, le public du 7e Art a entre 18 et 28 ans. D'où les énormes gisements de spectateurs qu'il pourrait séduire en élargissant l'offre.

Une équation qu'a ainsi décrite Richard Patry, président de la Fédération nationale des cinémas et lui-même exploitant de salle en Normandie, après avoir rencontré une homologue chinoise: "Moi, dans mon cinéma de cinq salles à Rouen, je passe 27 films. Elle, dans son cinéma de cinq salles à Pékin, passe trois films. Elle m'a dit: "Je voudrais passer des films mais avec ce problème des quotas, je ne peux pas"".

Les Français veulent également mieux exploiter le filon des coproductions, qui échappent au couperet des quotas.

Début 2015, sortira "Le dernier loup", la plus grosse coproduction franco-chinoise à ce jour, tournée par Jean-Jacques Annaud dans la steppe mongole.

Et le cinéaste chinois Lou Ye envisage d'adapter "La Condition humaine", célèbre roman dans lequel Malraux relate les convulsions de l'ancien Empire à Shanghai, sur fond d'insurrection communiste.

 

AFP Relax News