"La tête haute", portrait d'un délinquant en ouverture de Cannes

La tête haute, en ouverture du Festival de Cannes
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La tête haute, en ouverture du Festival de Cannes - © Tous droits réservés

D’habitude, le Festival de Cannes s’ouvre avec un film glamour (comme "Grace" avec Nicole Kidman ou "Gatsby" avec Leonardo Di Caprio). Rien de tel cette année avec "La tête haute", drame social d’Emmanuelle Bercot, qui sera projeté au Gala d’Ouverture, et sort simultanément en salles.

La tête haute

 

" La tête haute ", c’est le portrait de Malony, un enfant de six ans natif de Dunkerque, abandonné par une mère aimante mais irresponsable, balloté de foyer en foyer… Adolescent, Malony sombre rapidement dans la délinquance, multipliant les vols de voiture et les petits délits. Seules deux adultes essayent de le sortir de cette spirale infernale : Florence (Catherine Deneuve), une juge de la jeunesse très à l’écoute, et Yann (Benoît Magimel), un éducateur marqué par sa propre enfance très difficile.

Emmanuelle Bercot filme le parcours du combattant de Malony avec une volonté totale de réalisme. Ce parti-pris a des qualités, mais aussi les défauts de ses qualités.

A l’actif du film, un casting très convaincant. Rod Paradot, un jeune issu des banlieues, insuffle la nervosité nécessaire au personnage de Malony, " qui a la haine " en permanence. Sara Forestier (inoubliable dans le film " Suzanne ") joue sa mère issue du Quart monde avec justesse. Catherine Deneuve parvient à faire oublier son statut d’icône du cinéma français, et Benoît Magimel retrouve un vrai bon rôle après une traversée du désert.

Au passif du film, un scénario qui n’évite pas les redites et tourne un peu en rond à l’image de son personnage principal. Ensuite, le dernier quart d’heure esquisse une rédemption un peu artificielle. " La tête haute " s’inscrit dans le sillage du cinéma des Dardenne, mais Bercot n’a pas la rigueur d’écriture des frères, qui arrivent souvent à la beauté d’une épure dans leurs portraits. Ici, le résultat reste inégal, mais la réalisatrice – qu’on retrouvera actrice dans " Mon roi ", le film de Maïwenn en compétition à Cannes – s’impose comme une très bonne directrice d’acteurs.

Mad Max, fury road

 

Après le drame social, Cannes renouera avec le grand spectacle et une montée des marches glamour en invitant " Mad Max ", présenté jeudi hors compétition. Le film sortira également le 14 mai en salles en Belgique. A 70 ans, le cinéaste australien George Miller (à qui l’on doit des films pour enfants comme " Babe " ou " Happy Feet ") revient à la saga qui a fait sa gloire. " Mad Max, fury road " n’est pas un remake, ni un reboot, (un retour aux origines du mythe), mais plutôt une nouvelle variation sur des thèmes explorés dans la première trilogie : une terre désertique, où les ressources naturelles se raréfient (ici, c’est l’eau qui est rare et source de toutes les rivalités), et des clans qui s’entretuent avec sauvagerie.

C’est l’acteur anglais Tom Hardy (vu dans " Locke " et le 3ème " Batman " de Christopher Nolan) qui reprend le nom de " Mad Max ", même si son personnage est assez éloigné de celui de Mel Gibson. Hardy ne démérite pas, mais il se fait voler la vedette par Charlize Theron. L’actrice sud-africaine incarne Furiosa, une énigmatique guerrière qui s’échappe avec un groupe de femmes, le " harem " du dictateur local. Grande, charismatique, les yeux perçant sous un maquillage charbonneux, c’est la belle Charlize LA star du film.

Et le scénario ? De l’action, des courses-poursuites, des carambolages de motos, de bagnoles, de camions, des cascades hallucinantes… A une époque où le cinéma d’action a recours jusqu’à plus soif à des effets spéciaux réalisés en images de synthèse, Miller a mis un point d’honneur à travailler avec des véritables cascadeurs, pour mettre en scène des authentiques scènes d’action. Le résultat à l’écran, bénéficiant en outre d’une direction photo magnifique, est souvent impressionnant. Le scénario reste rudimentaire, mais dans le genre " série B de luxe ", ce " Mad Max, fury road ", atteint son objectif n°1 : en mettre plein la vue ! A un âge où beaucoup de cinéastes songent à prendre leur retraite, George Miller a l’air de s’amuser comme un gamin qui provoquerait des collisions avec ses Dinky Toys.

Sortent également en salles

Un pigeon sur sa branche (réfléchissant à l’existence)

 

Ce cinquième long-métrage d’un autre cinéaste septuagénaire, le Suédois Roy Andersson, est le chapitre final de " The living trilogy ", et a remporté le Lion d’Or au dernier festival de Venise. Le film est une fresque à multiples personnages. Certains servent de fil rouge, dont un tandem de colporteurs qui tentent, sans grand succès, de vendre les articles de farces et attrapes qu’ils transportent inlassablement dans leur petite valise…

" A pigeon ", c’est une sorte de " Monty Python Flying Circus " nordique, mais comme réalisé sous Xanax : c’est une succession de sketches truffé d’humour absurde et dérisoire… Mais les cadres sont tellement statiques, le rythme est tellement lent, que le rire suscité par les premiers gags et les images insolites, cède vite le pas à un ennui irrépressible. Comment cette interminable plaisanterie surréaliste a-t-elle décroché le Lion d’Or ? Une fois de plus, les choix du jury, comme les voies du Seigneur, s’avèrent impénétrables.

The farewell party

Des vieux amis, pensionnaires d’une maison de retraite à Jérusalem, ne supportent plus de voir l’un des leurs agoniser dans des souffrances interminables. En secret, l’un d’entre eux bricole une " machine à euthanasier " : il suffit au patient d’appuyer lui-même sur un bouton pour libérer un liquide mortel qui s’insinue dans ses veines… Mais cette invention, au départ destinée à leur ami, commence à exciter des convoitises d’autres vieillards en fin de vie…

Y a-t-il moyen de réaliser une comédie sur un thème aussi délicat que l’euthanasie ? " Oui " ont pensé les réalisateurs israéliens Sharon Maymon et Tal Granit. Leur film, qui aurait pu rapidement verser dans le mauvais goût, réussit à se maintenir en équilibre sur le fil entre cocasserie et gravité, entre burlesque et pathos. La performance mérite d’être saluée, même si " The farewell party ", paradoxalement, cherche un peu sa fin dans la dernière partie du film. Les comédiens, inconnus chez nous, sont pour beaucoup dans la justesse de ton du film.

 

 

 

Hugues Dayez