La recette de la crème brûlée d’Amélie Poulain

Sortie le 25 avril 2001, il y a 20 ans, la magie d’Amélie Poulain opère encore et toujours. Pour célébrer ce fabuleux destin, en guise de "Petit plat dans l’écran", voici la recette de la crème brûlée tant aimée par notre héroïne…

Amélie cultive un goût particulier pour les petits plaisirs… Briser la croûte des crèmes brûlées avec la pointe de sa petite cuillère…

Depuis, nous aussi, nous l’avons tous fait. Depuis, avouons-le, nous avons surtout découvert cet autre petit plaisir, ce grand bonheur, à savoir ce film "Le fabuleux destin d’Amélie Poulain". Souvenez-vous, c’était le 25 avril 2001. Oublié le bug de l’An 2000 qui ne s’est jamais produit, oublié le siècle passé. Nous venions d’entrer dans une nouvelle ère avec nos questions et d’autres inquiétudes. Et voilà que le réalisateur français Jean-Pierre Jeunet nous proposait sa vision hyperstylisée de Paris, sa version ultra-poétique d’une époque et ses couleurs d’autrefois. Bref, il enchantait notre quotidien avec cette histoire d’amour pas comme les autres.

Et pour tous ceux qui ne la connaîtraient pas encore, qui est Amélie Poulain ? Amélie, serveuse dans un bar de Montmartre, passe son temps à observer les gens. Sa spécialité ? Laisser divaguer son imagination. Elle s’est fixé un but : faire le bien de celles et ceux qui l’entourent. Elle invente alors des stratagèmes pour intervenir incognito dans leur existence. Cette quête du bonheur amène Amélie à faire la connaissance de Nino Quincampoix, un drôle de prince charmant…

Dans cette quête, dans cette mission (mise en musique par Yann Tiersen, écoutez cette BO, elle vous transportera ailleurs), nous croisons une multitude de beaux personnages comme la jeune femme au verre d’eau, comme le tromboniste ventripotent, comme le souffleur de rue… ou comme Lucien, l’employé de l’épicier Collignon ("Collignon, tête à gnons…"). C’est vrai que Lucien n’est peut-être pas un génie mais Amélie l’aime bien. Elle aime sa façon de saisir les endives comme si c’étaient des objets précieux qu’il devait manipuler avec respect. C’est sa manière à lui de manifester son amour du travail bien fait. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est raconté dans le film de Jeunet. Il y a encore ce nain de jardin globe-trotter et ses Polaroids envoyés des 4 coins du monde. Sans oublier Raphael Poulain, le papa d’Amélie, lui qui n’aime pas sortir de la piscine et sentir son maillot de bain qui lui colle à la peau (on peut le comprendre) mais qui adore par-dessus tout arracher de grands morceaux de papiers peints (allez comprendre) ?

3 images
Rufus, son nain de jardin et Audrey Tautou sont les héros du "Fabuleux destin d’Amélie Poulain" de Jean-Pierre Jeunet © UGC Productions

Mais Amélie Poulain c’est aussi et surtout Audrey Tautou, l’un des plus beaux sourires du Cinéma français (et quel talent). La carrière de l’actrice a pris une autre dimension suite au succès de ce film. Un succès mondial avec plus de 23 millions d’entrées (c’est le 2e film français le plus vu sur la planète après "Intouchables" et ses 31 millions d’entrées). Un succès public mais pas critique. À l’époque, dans la presse, les réactions étaient toutes les unes plus négatives que les autres alors que le film, lui, proposait une vision positive de notre quotidien. Pour les Inrockuptibles, la Paris d’Amélie est "un Paris fantasmé". Pour Libération, il y a là "une esthétique publicitaire rétro, une poésie frelatée et des propos insignifiants". Au même moment, dans le magazine Marianne, le réalisateur répondait à ces critiques et assumait ses choix esthétiques. "Le réalisme m’ennuie", avait-il alors expliqué. "Je trouve parfaitement respectables les cinéastes qui le pratiquent, mais ce n’est pas mon truc. J’ai impérativement besoin d’un décalage poétique pour m’exprimer."

Et c’est ce qu’il a (bien) fait. Son film, rapidement devenu culte, a transformé Montmartre en lieu de pèlerinage. L’office du tourisme de Paris propose des itinéraires et autres circuits pour retrouver plus facilement les lieux du tournage. Juste comme ça, vous devez savoir que l’épicerie Maison Collignon a adopté son nom de cinéma à la suite du film. Mais le Café des Deux Moulins, dans lequel travaille Amélie Poulain, lui, il existait déjà avant le tournage. Jean-Pierre Jeunet était l’un de ses clients habituels. C’est là, entre deux repérages dans le quartier, qu’il prenait une pause. Depuis, le café est le point de départ d’un Amélie Poulain Tour prisé par les touristes cinéphiles de la planète. Petit conseil : commandez-y une crème brûlée et brisez sa croûte avec le bout de votre petite cuillère, c’est un délice.

3 images
Le Café des Deux Moulins, l’un des lieux cultes du Amélie Poulain Tour © Tout droit réservé

Et si vous ne passez pas par là, voici la recette de cette fameuse crème brûlée "à la Amélie" !

Les ingrédients sont faciles à réunir. Il vous faut 6 jaunes d’œufs, 40 cl de crème fraîche liquide (et entière), 25 cl de lait, 200 g de sucre, 1 gousse de vanille et du sucre roux.

La préparation, aussi, elle est toute simple. Dans une casserole, faites bouillir le lait. Hors du feu, ajoutez-y la crème et le sucre. Ouvrez votre gousse de vanille, raclez les graines et mettez-les dans la crème. Mélangez ensuite le tout aux jaunes d’œufs et remettez à chauffer. Tout doucement (surtout ne pas bouillir) ! Versez votre mélange dans de petits plats individuels (pouvant aller au four). Laissez cuire au four préchauffé à 180° pendant 10 minutes. Faites refroidir vos ramequins au réfrigérateur pendant 12 heures. Au moment de servir, saupoudrez le dessus des crèmes de sucre roux et faites brûler avec un chalumeau de cuisine (ou laissez le tout caraméliser sous le gril de votre four).

En dégustant ce merveilleux dessert, en vivant vous aussi à votre manière ce fabuleux destin, vous ne pourrez qu’être d’accord avec cette ultime réplique…

J’ai soudain le sentiment étrange d’être en harmonie avec moi-même, tout est parfait en cet instant, la douceur de la lumière, ce petit parfum dans l’air, la rumeur tranquille de la ville. J’inspire profondément car la vie me paraît alors si simple, qu’un élan d’amour me donne tout à coup envie d’aider l’humanité tout entière !