La réalisatrice Nicole Garcia veut "faire tomber le masque"

Nicole Garcia
Nicole Garcia - © MIGUEL ROJO - AFP

C'est à partir de 40 ans, en passant derrière la caméra, que Nicole Garcia a retrouvé une liberté qu'elle n'avait pas en tant qu'actrice. "J'ai eu envie de faire tomber le masque", confie à l'AFP la réalisatrice française.

Invitée des Avant-Premières, le cycle de cinéma français organisé à Montevideo et à Buenos Aires, début avril, Nicole Garcia y a présenté son dernier film, "Mal de pierres", qu'elle considère comme sa création "la plus personnelle".

"Je refuse complètement de penser que les femmes réalisatrices peuvent avoir un regard différent. Je me définis comme féministe. Je crois que les femmes n'ont aucun intérêt à ce qu'on les enferme dans un cinéma dit de femmes", déclare la réalisatrice.

"Jusqu'à présent, celui qui a le mieux parlé des femmes, c'est Ingmar Bergman, qui a sondé quelque chose de la psyché des femmes, de leurs contradictions", ajoute-t-elle.

Habillée en noir et bleu, baskets Hermès, elle hésite entre garder ou non ses lunettes pour l'entretien filmé. Nicole Garcia est connue en Amérique du Sud, notamment pour "Place Vendôme" (1998) et "L'adversaire" (2002). La veille de l'entretien, elle a rempli la salle de projection et a été ovationnée par le public. 

Adapté du roman éponyme de l'Italienne Milena Agus, "Mal de pierres" raconte l'histoire de Gabrielle, une jeune femme dans la Provence rurale des années 50, qui préfère écouter ses désirs plutôt que de penser au mariage. Elle fait scandale dans son village, où on la croit folle.

"Peut-être qu'à un autre âge de ma vie, c'est un rôle que j'aurais aimé jouer, mais je suis encore plus contente de l'avoir dirigé avec Marion Cotillard comme interprète", raconte cette femme née le 22 avril 1946 à Oran, en Algérie.

Elle dit avoir en commun avec le personnage de Gabrielle ce désir effréné et absolu de rencontre. Ainsi qu'une relation avec sa mère, qui n'a pas été celle qu'elle aurait aimée. 

"Il y a un manque d'amour, qui vient parfois du côté des mères, qui fait que les filles cherchent l'amour comme si c'était un objet perdu, quelque chose qu'on ne leur a pas donné et qu'elles réclament."

'Il faut se battre'

La réalisatrice a senti très tôt, comme Gabrielle, qu'elle ne pourrait pas vivre sa vie si elle ne faisait pas appel à l'imaginaire. Elle raconte que son envie d'être actrice lui est venue, telle une vocation, à l'âge de 13 ans, alors qu'elle rentrait du collège.

"Qu'est-ce que je cherchais à réparer de ma vie? Des choses d'enfance, sûrement, j'avais besoin de sortir de l'ombre et rentrer dans la lumière, de marcher à côté d'un imaginaire", dit-elle.

En tant qu'actrice, Nicole Garcia a travaillé avec de nombreux réalisateurs, d'Alain Resnais à Claude Sautet, en passant par Claude Lelouch, Bertrand Tavernier et Laurent Heynemann.

"Je suis sortie de l'enfance en pensant que je ne pouvais pas parler en mon nom propre. Et comme je voulais parler, je me suis dit que j'arriverais à le faire au travers d'un masque. J'étais très heureuse de jouer. Et, à un moment de ma vie, j'ai eu envie de faire tomber le masque et parler par ma voix", décrit Nicole Garcia.

Depuis "Un week-end sur deux" en 1990, cette figure du cinéma français a tourné huit longs métrages, dont trois ont été sélectionnés à Cannes: "L'adversaire", "Selon Charlie" en 2006 et "Mal de pierres"). 

"Justement, le grand bénéfice que j'ai trouvé en devenant cinéaste par rapport à mon statut d'actrice, c'était de me libérer d'un déterminisme du sexe. Ça a été une magie, à 40 ans, de découvrir l'univers de la mise en scène."

"Les femmes ont mis du temps à prendre le cinéma des mains des hommes, et c'est vrai du cinéma comme de tous les autres arts (...) Je pense qu'on ne peut pas exiger de la parité en art", estime la réalisatrice.

"Il y a moins de cinéastes femmes mais elles réussissent et, si elles le font avec des œuvres intéressantes, elles seront reconnues au même titre que les hommes. Il faut se battre, mais pas se victimiser."