"La passion Van Gogh" : les derniers jours du peintre dans un chef-d'oeuvre d'animation

"La Passion Van Gogh" de Dorota Kobiela et Hugh Welchman
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"La Passion Van Gogh" de Dorota Kobiela et Hugh Welchman - © Courtesy of La Belle Company

Le pari était osé mais le résultat est époustouflant : dans "La passion Van Gogh", dans les salles belges le 1er novembre, 130 toiles de Vincent Van Gogh prennent vie pour retracer les derniers jours du peintre dans un film d'animation aussi envoûtant qu'haletant.

Ce long métrage est né d'un rêve de la réalisatrice polonaise Dorota Kobiela : combiner son amour pour la peinture avec son travail dans l'animation.

Elle projetait de faire un court-métrage mais le producteur britannique Hugh Welchman, associé à l'aventure, l'a convaincue d'en faire un long. 

Vincent Van Gogh "peignait ce qui l'entourait, ce qui était vraiment passionnant pour moi, car je pensais que je pourrais m'en servir comme une fenêtre ouverte sur son univers", explique la réalisatrice.

Entièrement animé à la peinture à l'huile, à la manière du maître et épousant avec minutie son inimitable style coloré, le film bascule dans d'extraordinaires séquences de flash-back en noir et blanc lorsque le passé du génie néerlandais s'invite dans le récit.

"La passion Van Gogh" fonctionne comme un tableau géant — au format 4/3 — que cet artiste incompris de son vivant aurait peint et modelé sans discontinuer devant les yeux des spectateurs durant 94 minutes.

Très écrits, les dialogues ont été inspirés par la lecture de plus de 800 lettres rédigées par Van Gogh à ses amis et à sa famille, la plupart à destination de son frère Théo.

L'intrigue, mêlant pure fiction et faits historiques, repose sur ce courrier disséqué par les deux cinéastes, qui se sont concentrés sur les ultimes instants de l'artiste.

Dans une dernière missive adressée à son frère, écrite quelques jours avant sa mort, Vincent écrivait : "Eh bien vraiment nous ne pouvons faire parler que nos tableaux".

"Nous espérons avoir donné vie à ses tableaux pour raconter son histoire", indique Hugh Welchman.

65.000 plans

Le film débute un an tout juste après le décès du peintre — le 29 juillet 1890 — avec l'arrivée à Auvers-sur-Oise, où Van Gogh a rendu son dernier souffle, d'un jeune homme nommé Armand Roulin.

Fils du facteur Joseph Roulin, il vient remettre à Théo Van Gogh une lettre laissée avant sa mort par son défunt frère, mais qui ne lui est jamais parvenue.

Au gré des rencontres dans ce bourg au nord de Paris, le jeune homme commence à s'intéresser aux circonstances du décès de l'artiste. Et petit à petit, les langues des villageois se délient.

Le long métrage dresse le portrait d'un homme aussi peu loquace que sociable mais profondément attaché à sa famille. Surtout, il décrit un artiste rongé par une insondable solitude qui utilisait la peinture pour exorciser ses démons.

Van Gogh s'est-il donné la mort ou a-t-il été assassiné comme l'affirme une biographie récente ? Les réalisateurs prennent soin de ne pas trancher mais utilisent les deux hypothèses pour élaborer un polar finement ciselé.

"L'hommage est magnifique parce qu'on rentre dans les peintures de Van Gogh", salue l'acteur Pierre Niney, qui a prêté sa voix à Armand Roulin pour la version française.

Façonnés en Pologne et en Grèce durant sept années, les 65.000 plans — tous peints à la main — ont mobilisé une centaine d'artistes du monde entier. Les personnages sont campés par des comédiens, filmés dans des décors spéciaux ou sur fond vert, avant que les rushs ne soient peints.

L'un des nombreux défis relevés par l'équipe d'animateurs a été de combiner les différents styles du peintre afin de fluidifier le récit. Avec cette contrainte, certaines toiles ont été réimaginées de nuit ou durant l'été pour coller à l'histoire.

A chaque fois qu'un personnage apparaît pour la première fois, le premier plan n'est autre qu'un portrait original de Van Gogh.

"On avait parfois jusqu'à 20 peintres en même temps dans le studio. Les acteurs ont beaucoup collaboré avec eux car Van Gogh sublimait l'âme de ses modèles dans ses portraits", souligne Hugh Welchman.