"La Grande Muraille": bienvenue à Chollywood

Monstres en pagaille, batailles homériques, débauche d'effets spéciaux et vedette américaine: "La Grande Muraille", une première superproduction Chine/Etats-Unis, marie épopée chinoise et techniques hollywoodiennes, avec tous les ingrédients pour plaire au régime de Pékin.

Le film en 3D, sorti en décembre en Chine et qui sera mercredi dans des salles françaises et suisses avant d'être à l'affiche le 18 en Belgique, a pour vedette Matt Damon, dans la peau d'un mercenaire anglais. En plein Moyen-Age, ce dernier se retrouve au pied de la Grande muraille de Chine au moment où celle-ci est attaquée par une horde d'immondes dragons sans ailes assoiffés de sang.

Heureusement, l'armée chinoise déploie des trésors d'ingéniosité pour défendre le pays - et même l'humanité tout entière.

Sans beaucoup d'hésitation, le personnage de Matt Damon se range aux côtés des vaillants défenseurs, qui brillent par leur sens de la discipline et du sacrifice. 

Le premier rôle donné à Matt Damon a suscité de rares critiques en Chine. Mais pour le Global Times, un quotidien proche du pouvoir et au ton volontiers nationaliste, "le vrai héros du film (...) ce sont les vertus chinoises de bravoure, d'abnégation et de sacrifice".

'Film popcorn'

Le film, tourné en anglais et en chinois, est signé Zhang Yimou, le plus célèbre metteur en scène chinois, qui reconnaît lui-même que le scénario ne brille pas par sa subtilité mais rêve d'une saga comme "La Guerre des étoiles", qui s'étendrait sur 15 ou 20 ans.

"Quand j'ai lu le scénario, je me suis dit que je ne voulais pas tourner ça. C'est typiquement un +film popcorn+", a-t-il confié au site internet Jiemian.

"Puis j'ai vu la possibilité de passer à une série de films qui feraient le tour du monde. Je me suis dit que c'était une bonne occasion de répandre la culture chinoise", a ajouté Zhang Yimou, apprécié depuis de nombreuses années par le régime communiste, qui lui avait confié la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques de 2008.

"La Grande Muraille" est le film le plus cher jamais tourné en Chine, avec un budget de 143 millions d'euros.

Il devrait rentrer facilement dans ses frais: malgré des critiques parfois acerbes, il a raflé 781 millions de yuans en juste dix jours sur les écrans chinois (107 millions d'euros). Et la sortie aux Etats-Unis n'est que pour le 17 février.

Impossible de tourner sur le site même de la vraie Grande Muraille. Il a donc fallu reconstituer des tronçons du monument dans des studios en construction à Qingdao, dans l'est de la Chine.

Ces derniers sont au coeur d'une gigantesque "Cité orientale du cinéma" établie et financée par le conglomérat Wanda, propriété d'un des hommes les plus riches de Chine, Wang Jianlin, avec pour objectif de concurrencer les studios américains.

Siniser Hollywood?

Wanda, qui ne cache pas par ailleurs son ambition de siniser la production d'Hollywood, a également fait couler beaucoup d'encre ces dernières années en investissant massivement dans le secteur du cinéma aux Etats-Unis.

D'abord en devenant le plus gros exploitant de salles du pays, puis en rachetant les studios Legendary Entertainment (Jurassic World, Batman, Godzilla). Une filiale de cette société, Legendary East, est l'un des producteurs de "La Grande Muraille".

Pour Hollywood, produire des films au contenu chinois permet de contourner le quota qui limite à une trentaine le nombre de films étrangers distribués chaque année en Chine.

Le marché chinois est en passe de devenir le premier du monde: l'Empire du milieu vient même de passer devant les Etats-Unis pour le nombre de salles, après pas moins de 26 ouvertures en moyenne par jour en 2016.

"En ce qui concerne le cinéma et la télévision, il faut bien comprendre que les films tournés en langue anglaise dépendent des recettes réalisées en Chine", a averti Wang Jianlin courant décembre.

Nombre de studios hollywoodiens multiplient d'ores et déjà dans leurs superproductions les rôles dévolus aux acteurs asiatiques.

Mais les ambitions du patron de Wanda font grincer quelques dents aux Etats-Unis: en septembre, 16 parlementaires américains se sont ainsi alarmés d'une possible "extension du contrôle de la propagande (chinoise) aux médias américains", pointant les relations étroites entre Wang Jianlin et le régime communiste.

"La Grande Muraille" sort en Belgique le 18 janvier 2017.