La critique cinéma d'Hugues Dayez : "Dark Places", l'après "Gone girl"

L'affiche de Dark Places
L'affiche de Dark Places - © Tous droits réservés

A l’automne dernier sortait sur nos écrans "Gone Girl", polar brillantissime de David Fincher d’après le roman de Gillian Flynn. Surfant sur le succès de ce film, voici "Dark Places", adapté par le réalisateur français Gilles Paquet-Brenner d’un autre roman de Flynn.

En 1985, une fillette de huit ans, Libby Day, assistait impuissante au double meurtre de sa mère et de sa sœur. Trente ans plus tard, Libby reste traumatisée ; elle a cessé toute visite à son frère Ben, qu’elle a accusé de ce massacre, et qui purge encore sa peine. La jeune femme est alors contactée par le " Kill Club ", un groupe de passionnés de faits-divers, qui entend bien faire la lumière sur certaines zones d’ombres qui entourent cette affaire… Libby se retrouve, un peu malgré elle, à devoir replonger dans son douloureux passé et à y remuer des fantômes.

" Gone girl " adapté par Gillian Flynn de son propre roman pour David Fincher était une formidable réussite : à l’ingéniosité du scénario s’ajoutait la maestria subtile de la mise en scène de Fincher… Mais le réalisateur Gilles Paquet-Brenner (" Elle s’appelait Sarah " ou encore " U.V ") n’est pas David Fincher, loin s’en faut. Il rejoint cette cohorte de cinéastes français qui partent faire leur " film américain, et qui copient tous les tics de Hollywood pour " faire à la manière de ". Charlize Théron – qui ne correspond pas à l’héroïne du roman, mais Paquet-Brenner avait " trop envie de travailler avec elle " - vient apporter un glamour de star à un film qui, commercialement, en a bien besoin. Car le style plat du réalisateur français ne parvient jamais à générer une atmosphère envoûtante pour ce polar basé sur des secrets de famille un tantinet abracadabrants. Bref, " Dark Places " a beau essayer de surfer sur le succès de " Gone girl ", il ne tient pas la comparaison très longtemps.

Atlantic

Dans un petit village de la côte marocaine près d’Essaouira, Fettah vit modestement du produit de la pêche. Sa passion ? La planche à voile. Chaque été, il partage cette passion avec des touristes européens qui débarquent dans son village, avec lesquels il noue des amitiés éphémères. Cet été-là, Fettah tombe amoureux d’une belle Hollandaise, qui le regarde visiblement avec une certaine tendresse… Il n’en faut pas plus pour que le jeune Marocain s’embarque dans un projet fou : traverser les centaines de kilomètres qui le séparent de l’Europe sur sa planche à voile…

Voilà, sur le papier, un beau thème pour un premier long-métrage, l’occasion de réussir à la fois un portrait psychologique, un drame social et une épopée… Le problème, c’est que le réalisateur hollandais Jan-Willem Van Ewijk s’emmêle les pinceaux. A voir "Atlantic ", on ne sait pas trop ce qui l’intéresse : filmer des belles séquences de surf, parler du fossé entre les riches Européens et le pauvre Marocain, dépeindre les coutumes d’un petit village ? Son film hésite en permanence entre les genres, accumule les maladresses – dont une " voix off " prétendument poétique qui devient vite horripilante – Résultat final : " Atlantic ", au lieu d’émouvoir ou d’émerveiller, épuise la patience du spectateur.

La tierra roja

Pierre, un Belge installé dans la région de Missiones en Argentine depuis trois ans, dirige une exploitation forestière. Il a tout fait pour bien s’intégrer au pays : il rétribue décemment ses ouvriers, il entraîne une équipe de jeunes au rugby, il ne ménage pas sa peine… Pierre est tombé amoureux fou d’Ana, une enseignante locale. Mais c’est un amour devenu impossible : Ana milite aux côtés d’un médecin pour dénoncer les ravages des produits agrotoxiques sur la population. Or, Pierre utilise abondamment ces produits, mais refuse d’en reconnaître les effets néfastes… Une prise de conscience de sa part est-elle possible ?

Après deux films intimistes d’une épouvantable prétention (" La marea ", " La chanteuse de tango "), le cinéaste argentin basé à Bruxelles Diego Martinez Vignatti change de genre et empoigne – enfin ! – un vrai sujet intéressant dans " La terre rouge ". Mais comme le réalisateur d’ " Atlantic ", il déçoit parce qu’il n’a pas les moyens de sa politique : la mise en place des principaux protagonistes (Pierre, Ana, le médecin, etc…) et des différents enjeux est poussive et laborieuse. A mi-chemin entre la fiction – le dilemme d’un Européen plongé dans une situation qui le dépasse – et le documentaire – la dénonciation des ravages des agrotoxiques -, " La tierra roja " ne choisit jamais vraiment son camp ni son style. Hésitation fatale.

Hugues Dayez