La chronique d'Hugues Dayez en vidéo : "Danny Collins", le retour d'Al Pacino

Les sorties de la semaine :

Danny Collins

 

Danny Collins est une vieille rockstar sur le déclin, qui se repose sur ses lauriers depuis des lustres et qui vit, aigri, entre deux lignes de coke et des fiestas arrosées avec des jeunes bimbos… Pour son anniversaire, son agent lui a dégotté une incroyable surprise : une lettre manuscrite que lui a écrite John Lennon en 1971, après avoir lu une interview de Collins dans un magazine musical. Dans cette lettre, qui ne lui est jamais parvenue, l’ex-Beatle lui fait part de son admiration pour sa musique et lui enjoint à le contacter et surtout, à ne pas céder aux sirènes du show business…

Pour le vieux Danny, la découverte de cette lettre est un véritable électrochoc : s’il avait su ! S’il avait pu discuter avec Lennon ! Il décide alors de tout changer dans sa vie ; il interrompt sa tournée et part à la recherche de son fils, qu’il a eu avec une groupie et dont il ne s’est jamais occupé. S’installant dans un hôtel du New Jersey, il essaye de se remettre à composer de nouvelles chansons, lui qui s’est contenté d’interpréter des vieux tubes depuis 30 ans.

S’inspirant très librement d’une anecdote authentique (un musicien obscur a effectivement reçu, des années plus tard, une lettre de Lennon qui lui était adressée), le réalisateur Dan Fogelman signe avec " Danny Collins " une comédie plus profonde qu’il n’y paraît sur le versant sombre et désenchanté d’une carrière de rockstar… Al Pacino retrouve là un rôle en or, et il est très bien entouré par Christopher Plummer (l’agent de Danny) et la toujours impeccable Annette Bening (la directrice de l’hôtel), qui jouent des seconds rôles très bien écrits. C’est un des mérites de cette comédie aigre-douce : même si Danny Collins en est le centre, aucun des personnages n’est sacrifié dans le récit. Bref, voilà une attachante surprise.

Belle

 

Encore un film qui s’inspire d’une histoire vraie, plus précisément d’un tableau datant de 1779, un portrait de Dido Elizabeth Belle. Le film " Belle " retrace l’histoire de cette métisse, enfant naturelle d’un amiral de la Marine Royale, John Lindsay, qui va confier son éducation à son oncle, Lord Mansfield, président de la Haute Cour d’Angleterre. Or, ce magistrat renommé doit prendre une décision cruciale dans un procès où il est question de mauvais traitement d’une cargaison d’esclaves… Lors Mansfield va-t-il être influencé par la présence, sous son propre toit, d’une jeune fille qui fait l’objet de quolibets racistes dans la haute société qu’il fréquente ?

On retrouve dans " Belle " toutes les qualités du cinéma anglais actuel : un casting solide (Tom Wilkinson, Emily Watson, Miranda Richardson), une reconstitution d’époque tirée au cordeau, un scénario bien construit… Mais aussi certains de ses points faibles : une réalisation tellement classique qu’elle ne surprend guère, une sujet audacieux mais qui n’est pas relayé par une quelconque audace de mise en scène. Bref, " Belle ", c’est du beau travail, mais ce n’est pas du " grand " travail, qui resterait longtemps gravé dans les mémoires.

Profanation

 

Les Scandinaves ont-ils trouvé une formule magique ? Toujours est-il que, tant en littérature qu’au cinéma, ils enchaînent les polars à succès à un rythme d’enfer… Après feu Stieg Larsson (" Millenium ") et Camilla Lackberg (les enquêtes d’Erica Falck), Jussi Adler-Olsen a trouvé un nouveau filon : " Les enquêtes du département V ". Au départ, ce département est une voie de garage pour Carl, un flic dépressif et asocial ; il s’agit juste pour lui de classer les dossiers d’affaires non résolues… Mais Carl, pugnace et obsédé par son métier, décide de reprendre ces dossiers à zéro et remue de nombreux fantômes du passé.

Dans " Profanation ", deuxième volet de cette série portée à l’écran, Carl enquête sur un double meurtre datant de 1994 avec, en toile de fond, les secrets d’un pensionnat très huppé. Dans sa ligne de mire, un jeune garçon devenu depuis lors un des milliardaires les plus influents du pays…

L’idée récurrente de la série – des va-et-vient entre le présent et le passé, avec la sempiternelle question " Que sont-ils devenus ? " - est un bon ressort dramatique, mais n’est pas exempt de vieilles ficelles scénaristiques. C’est assez flagrant dans ce tome 2, mais comme la réalisation de Mikkel Norgaard est efficace, on ne s’ennuie pas une seconde. Ce film " de cinéma " reste du niveau d’une très bonne série télévisée (cfr " Broadchurch ", par exemple). Ni plus, ni moins.

Spy

 

Le réalisateur Paul Feig avait révélé le talent comique de Melissa McCarthy dans " Bridesmaids " en 2011. Il refait équipe avec elle dans " Spy ", parodie de film d’espionnage… Jude Law joue Bradley, un agent façon 007, racé, élégant, mais dont les moindres faits et gestes sont téléguidés via écran par Susan, une modeste analyste de la CIA. Grosse et timide, Susan n’ose pas revendiquer son véritable rôle auprès de ses chefs… Mais lorsque Bradley se fait assassiner, il faut un nouvel agent pour prendre sa relève. Susan saisit enfin sa chance.

Ce genre parodique a été fort visité ces dernières années : qu’on se souvienne de " Johnny English " avec Rowan Atkison ou, plus récemment, du très réussi " Kingsman " avec Colin Firth. Feig arrive avec un humour nettement plus américain, forcément différent du nonsense british. Comme dans " Bridesmaids ", c’est tantôt lourdingue, tantôt désopilant. Malgré des longueurs, Melissa McCarthy fait preuve d’une autodérision et d’un abattage réjouissants.

Et enfin

On voulait tout casser

 

Dans les années 70, Yves Robert a créé le " film de potes " avec " Un éléphant ça trompe énormément " et " On ira tous au paradis ". Dans les années 2000, Marc Esposito a commis des infâmes plagiats d’Yves Robert avec " Le cœur des hommes 1, 2 et 3 ". Aujourd’hui, Philippe Guillard (scénariste de " Disco " et autres " Camping ", des références !) plagie Esposito avec " On voulait tout casser ", portrait de cinq vieux copains dont l’un (Kad Merad, le stakhanoviste de l’écran) apprend qu’il n’a plus que quelques mois à vivre… Où cette série infernale de plagiats piteux s’arrêtera-t-elle ? C’est un des grands mystères du cinéma français !

 

Hugues Dayez